‹ Pour dire devant le mondeChapitre 55 sur 82 · IDYLLE · texte numérisé non relu

IDYLLE

Ce fut votre faute, roses de la venelle, qui faites songer aux jeunes bouches écloses, mousses des bois qui donnez la pensée du sommeil à deux, sous la fraîcheur des branches, après les douces fatigues; ce fut ta faute, printemps ! Avec l’irrésistible fureur d’un faune qui emporte une dryade, le beau gars, vingt ans, buste d’Hercule adolescent, et les muscles qui saillent, entraîna la pauvre petite qui criait à peine, et ne résistait guère, ne savait ce qu’il voulait, simplette. Le pis c’est que l’aventure ne demeura pas ignorée.

Il s’en vanta, le dimanche, après boire, avec les camarades, accoudé entre les brocs de vin. Oh ! comme onia plaignit, tout le monde, dans le village, les femmes surtout, les vieilles, en hochant la tête d’un air attendri, les jeunes avec un geste d’effroi, et des rougeurs aussi : vous eussiez cru que la chose leur était arrivée à elles-mêmes ! Ce n’était pas seulement à cause de l’honneur perdu qu’on se sentait plein de pitié. On songeait à la peur qu’elle avait dû avoir, au mal qu’on lui avait fait. Oh ! quel monstre, ce beau garçon ! Elle était si frêle, si mignonne, pas plus de quinze ans, en vérité. Quand on racontait l’histoire, les tilles les plus aguerries avaient un frisson dans le dos. C’était comme si un ogre avait dévoré le petit Poucet, comme si le loup avait mangé le petit Chaperon-Rouge. La chose fit tant de bruit qu’enfin elle arriva aux oreilles de M. le curé; et, plein de colère contre le malfaiteur, il voulut consoler l’ingénue victime. 11 la fit venir. Elle entra. Elle était rouge

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