‹ Pour dire devant le mondeChapitre 71 sur 82 · LA CHARITÉ RÉCOMPENSÉE · texte numérisé non relu

LA CHARITÉ RÉCOMPENSÉE

Sur ce grand chemin d’Espagne, où les belles filles et les beaux garçons, bras dessus bras dessous, revenaient de la corrida, le jeune mendiant, bien drapé dans sa cape en loques, demandait l’aumône en disant qu’il n’avait pas mangé depuis deux jours ; et malgré la santé ferme de la chair de son buste, si halée qu’elle semblait d’or aux déchirures des haillons, on devinait qu’il ne mentait pas, rien qu’à considérer son air lamentable et ses joues creusées par le jeûne. Cependant, les gens ne s’inquiétaient guère de lui, occupés

de chansons et d’amour. Le laisserait-on mourir de faim, le beau mendiant, sur la route ?

Seules, trois filles s’arrêtèrent, vingt ans, grasses, rieuses, et le prirent en pitié.

La première lui donna un réal.

— Merci ! dit-il.

La seconde lui donna une piécette.

— Dieu vous le rende ! dit-il.

— La troisième — la plus pauvre et la plus jolie, — n’avait ni piécettes ni réaux : elle lui donna un baiser sur la bouche. L’affamé ne prononça pas une parole; mais avisant un marchand de fleurs qui passait, il paya de tout l’argent mendié un gros bouquet de roses, et l’offrit à la jolie fille.

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