LA PAYSANDE ET L’ANE
Par la nicquenocque de sainct Guodegrin qui fut martyrisé de pommes cuictes, cuydez que les épices de maître Alcofribas Nasier (entendez Rabelays, calloïer des Isles Hyères), bien servies en un drageoir pretieusement adorné, estoyent chouses moult substantificques et souefves; et pour ce, petit fîllot fîllotant, lecteur, mon œil du ventre, je te veulx conter en viel languaigele beau conte du père guardian qui mesna son asne boyre dedans le ru de la Devinière, et vray bis, sy ne t’en esbaudis comme carpe qui basle, Je
te donne ho le vilain à cent mille pannerées de beaux diables, corps et asme, trippes et boyaux !
Adoncques s’en vinrent au ru le moyne trayant, l’asne brayant, ou, si l’aimez mieux, le baudet trayant, le beau père brayant, pour ce qu’on vit mainctes foys asnes charriottes trayre et moynes à Dieu brayre.
Ores, en cettuy lieu, soubs la fresche saulaye, se baignoit une jeune païsande, proprette, fluette, mollette, grassette, etsouefve de tout poinct comme ortolan beurré. De brief, estoyt le parangon de toutes les femelles d’iceluy pays tourangeau. Et voyre aimoit à dire, rire, frire, tire lire lire, notamment avecques les beaux moynes, cordebers, chaux ou deschaux, lesquels sont personnaiges de nature plus enclins à lutines mastiner qu’à matines lutriner.
En l’eaue doncques descendit l’asne, et le père guardian devalla jouxte la fille mal guardée. Pensez que ce fut pour boyre! Et