‹ Pour l'histoire de la science hellèneChapitre 121 sur 209 · CHAPITRE VIII. — HIPPA60S ET ALCMÉON · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. — HIPPA60S ET ALCMÉON

ces couples de contraires, et, par une extension que son précurseur n'aurait sans doute pas contredite, il entend que ce « tempérament » des contraires détermine l'homme tout entier, aussi bien au moral qu'au physique.

Ainsi Parménide, pour les sensations, n'a point suivi les expositions d'Alcméon; il l'a singulièrement dépassé par la portée de ses affirmations, mais il ne se trouve nullement en opposition avec lui. Loin de là, ils semblent bien appartenir à une même école, et, si peut-être il y avait entre leurs écrits des contradictions de détail, on doit probablement les imputer au peu de précision des concepts et de la langue de leur temps.

Si par exemple on nous dit (Aétius, IV, 5) que Parménide plaçait le principat (to yjy^ovixcv) dans la poitrine, Empédocle dans le sang, Alcméon dans le cerveau, comme il est certain qu'aucun d'eux n'a employé l'expression dont se sert le doxographe, et que ces prétendues opinions ont été déduites de passages qui avaient un sens beaucoup plus vague, il est impossible de conclure à une contradiction voulue.

9. Mais il est temps d'arriver au sujet spécial traité, de part et d'autre, avec assez de détails pour qu'il eût été possible d'en conclure si, de fait, Parménide avait suivi Alcméon au moins dans certaines parties de son ouvrage. Ce sujet, c'est celui de la génération humaine et en particulier de la cause qui détermine le sexe dans l'embryon.

Censorinus, qui est la source à consulter dans l'objet, constate l'accord de Parménide et d'Alcméon sur deux points capitaux : l'un que la femme donne une semence qui contribue, comme celle de l'homme, à la formation de l'embryon ; l'autre que le sexe dépend des conditions du mélange des deux semences. A ne comparer que les deux données de Censorinus sur ce second point, on pourrait même croire que l'accord était complet ; mais il n'en est rien, quoiqu'on puisse ramener à un sens très voisin de l'opinion d'Alcméon les vers latins traduits de Parménide que Gaelius Aurelianus a conservés (1). En effet, Censorinus lui-même, Aétius

(*) Femina virque simul Veneris quum germina miscent

Unius in formam diverso ex sanguine, virtus Temperiem servans bene condita corpora fingit ; At si virtutes permixto sanguine pugnent Nec faciant unam, permixto in corpore dirae Nascentein gemino vexabunt semine sexum.

216 pour l'histoire de la science hkllknk.

et un vers (v. 150) de Parménide conservé par Galien nous attestent que TÉléate avait émis une autre opinion assez difficilement conciliable avec la précédente, et d'après laquelle le côté du corps d'où provient la semence détermine le sexe qu'elle tend à donner, masculin pour la droite, féminin pour la gauche.

Cette opinion qui, plus ou moins modifiée, fut appelée à une assez grande vogue parmi les successeurs de Parménide, est évidemment une simple hypothèse a priori; mais elle frappe par son caractère pythagorien. C'est l'application risquée de la corrélation entre les deux couples de contraires, droit-gauche, mâle-femelle. Nous savons aussi que Parménide avait établi de même une corrélation entre les deux couples mâle-femelle, froid-chaud, mais en considérant les femmes comme plus chaudes que les hommes, tandis qu'Empédocle, en retournant la relation, se conforma plus exactement au parallélisme pythagorien.

Si ces rapprochements étaient suffisants pour asseoir une opinion, on pourrait dire que Parménide a certainement connu l'ouvrage d'Alcméon et qu'il l'a utilisé, mais sans s'astreindre aucunement à le suivre, qu'il a même négligé ce que cet ouvrage pouvait contenir d'observations scientifiques, pour en exagérer la partie conjecturale en poussant logiquement à bout les tendances pythagoriennes.

10. Avant de quitter Alcméon, il ne sera pas hors de propos d'ajouter quelques remarques sur ses opinions physiologiques.

J'ai déjà remarqué que la question du principat de l'âme est bien postérieure au Ve siècle; de fait, elle appartient aux stoïciens (Diog. L., VII, 133), et le chapitre qui concerne ce sujet, dans Aétius (IV, 5), n'est certainement pas emprunté à Théophraste. L'opinion, deux fois attribuée par le compilateur à Alcméon sur le siège de ce principat, ne peut donc être tirée que d'un manuel stoïcien ayant la prétention de traiter la question historiquement, mais elle y a été insérée simplement sur le vu du témoignage de Théophraste relatif à la théorie des sensations d'après le Crotoniate.. Ce document n'a donc aucune valeur.

Nous devons dès lors refuser toute créance à la donnée d'Aétius (V, 17) d'après laquelle Alcméon aurait regardé le cerveau comme la première partie qui se forme dans l'embryon. Ce même chapitre d'Aétius, très écourté, est entaché d'une autre erreur patente au sujet d'Aristote: le passade correspondant «le Censorinus (V, 5

Page 1