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II. — Le Dualisme physique de Parménide

6. J'aborde maintenant l'examen des doctrines développées dans la seconde partie du poème de l'Éléate et que je regarde comme méritant une étude d'autant plus attentive qu'elles peuvent nous éclairer sur la nature des doctrines contemporaines dans l'école pythagorienne.

Comme Fa très bien reconnu Éd. Zeller, ce sont en effet des opinions étrangères, nullement les siennes propres, qu'expose Parménide en physique. Il est vraiment singulier que l'illustre historien ne se soit pas sérieusement demandé à qui appartenaient ces opinions, qui bien certainement n'étaient pas vulgaires. Le dualisme établi dès le début de l'exposition exclut les théories ioniennes et nous jette en plein pythagorisme.

Diels (l. c, p. 253) m'oppose que, malgré leur thèse monistique, les Milésiens, pour expliquer la formation du monde, recouraient à l'opposition de qualités contraires, comme le froid et le chaud (Anaximandre) ou le dense et le subtil (Anaximène), couples qui

s'identifiaient naturellement. Mais je ne vois nullement que la théorie ontologique de Parménide l'oblige à rejeter ces qualités, contre le témoignage très clair des sens. J'ai limité cette théorie aux bornes précises que lui assignent les fragments et il me semble impossible de l'étendre au delà, sans preuves bien convaincantes.

En tout «as, il est bien clair que l'on n'a pas à considérer sans plus toutes les opinions de Parménide comme pythagoriennes. Bien loin de là, il faut une critique minutieuse pour discerner sur chacune d'elles si l'on se trouve bien en présence d'un emprunt authentique fait à l'École, ou, comme l'indique Zeller, d'une réminiscence des poèmes cosmogoniques, d'une théorie venue de l'Ionie, d'une formule que Parménide aura voulu marquer de son sceau personnel. La comparaison déjà faite entre lui et Alcméon, au chapitre précédent, indique suffisamment comment peut être conduite cette critique et à quels obstacles elle se heurte.

Pouvons nous même espérer qu'elle nous conduise à la certitude historique? Il ne faut pas se faire d'illusions à cet égard; actuellement l'histoire du pythagorisme antérieur à Philolaos est purement conjecturale; il s'agit seulement d'émettre de nouvelles conjectures et on devra s'estimer suffisamment heureux si elles arrivent à être plus plausibles que les anciennes, si elles permettent de jeter un peu plus de clarté dans les ténèbres et d'imaginer un peu plus fidèlement et le mystérieux point de départ de la doctrine pylhagorienne, et la lente évolution qu'elle subit au sein de l'École, ayant de se trouver mûre pour la complète révélation.

7. J'ai déjà dit que le début de Parménide sur l'opinion (v. 113-121) nous jette en plein pythagorisme. Le dernier vers surtout me parait «ligne d'attention. Parménide veut faire connaître la science telle que la professaient ses contemporains ; mais, en Italie, seuls les pythagoriens avaient une réputation de science. Tant que nous n'aurons pas de preuve décisive que l'Éléate se préoccupe des Ioniens, nous axons droit «I;1 penser qu'il ne vise que jes Italiques. Quant au vulgaire, je ne puis vraiment concevoir comment VA. /«'lier (II, p. 57) y pense; le vulgaire tt'est certes pas particulièrement dualiste et il y a une singulière exagération à dire que la perception sensible et l'opinion commune voient en toutes choses l'union de substances et de forces opposées.

Mais cela serait-il vrai, que la réduction de toutes les oppositions à une seule fondamentale constituerait un pas immense, et rien

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