‹ Pour l'histoire de la science hellèneChapitre 129 sur 209 · III. — La Cosmologie · texte numérisé non relu

III. — La Cosmologie

9. C'est surtout dans sa cosmologie que Parménide parait avoir suivi les enseignements scientifiques de Pythagore ; le fait qu'on lui attribue, en même temps qu'au Samien, diverses découvertes capitales (la sphéricité de la terre, avec la théorie des zones; l'identification de l'étoile du soir et de l'étoile du matin) ne peut guère être expliqué que si on le considère comme ayant publié le premier ces vérités reconnues par le Maître.

J'ai déjà parlé (ch. VIII, 5, 7) de la sphéricité de la terre et de l'explication des phases de la lune; quant à la reconnaissance de la planète Vénus, il ne s'agit point sans doute d'une découverte faite par Pythagore lui-même, mais d'une donnée empruntée aux barbares (Chaldéens ou Égyptiens) en même temps probablement que la connaissance des autres planètes. Toutefois, ici Parménide ne serait point le premier écrivain qui aurait réfuté l'erreur populaire, si, comme l'affirme Achille, il a été devancé par le poète Ibycus de Rhégium.

Mais, en dehors de ces points spéciaux, l'ensemble du système, pour tout ce qui, de la part de Pythagore, ne pouvait être l'objet que de conjectures, paraît offrir une originalité propre ou, s'il donne lieu à des rapprochements, c'est surtout avec les conceptions d'Anaximandre. Ceci ne doit pas nous étonner; car, si les opinions physiques qui faisaient partie de l'enseignement exotérique ont été en majeure partie empruntées par Pythagore soit aux barbares, soit aux Hellènes, ainsi que semble l'indiquer le jugement que porte Heraclite sur lui, nul, plus qu'Anaximandre, ne pouvait lui offrir une mine précieuse.

Mais, d'un autre côté, si Parménide n'a nullement été ni le . disciple ni le continuateur de Xénophane, il en connaissait certainement les poésies, et celles-ci ont pu être un autre canal par où lui seront arrivées au moins certaines expressions du Milésien. Il y a là une possibilité dont il faut tenir compte, au point de vue particulier de la recherche que nous avons entreprise.

Ainsi, quand on nous dit (Aétius, II, 43 et 17) que, d'après Parménide, les astres sont « feutrés » de feu et qu'ils sont nourris des exhalaisons de la terre, l'influence de la tradition ionienne exercée par l'intermédiaire de Xénophane est assez probable; mais je ne puis apercevoir d'autres traces de cet intermédiaire.

Au contraire, si Parménide place la terre au centre du monde et qu'il explique son immobilité par le fait de cette situation centrale et l'absence d'un motif qui la ferait tomber d'un côté plutôt que d'un autre (13), nous retrouvons la pure doctrine d'Anaximandre et il est certain cette fois qu'elle ne vient point du poète de Colophon.

On pourra dire que ce point a pu être facilement réinventé en Italie; mais l'idée que le soleil et la lune se sont détachés (àzoy.p'Oï^ai) de la voie lactée (11), celle que le soleil et la voie lactée sont des soupiraux de feu (dwxzvo/jv, Anaximandre èxxvo^v), nous reportent également à la genèse et à la cosmologie du Milesien. Enfin l'hypothèse des couronnes de Parménide me semble aussi directement empruntée aux conceptions d'Anaximandre.

10. Le texte capital relatif à cette hypothèse (11) a en général été assez mal compris. La description, passablement confuse, permet certainement différentes interprétations; il est clair, en tout cas, que la première question à résoudre concerne la forme des couronnes.

Éd. Zeller, s'appuyant sur la sphéricité de la couche enveloppante qu' Aétius dit solide et qu'il appelle éther, ainsi que sur celle du noyau central (la terre), dit qu'on ne voit guère ce que pourraient être les couches intermédiaires si elles n'étaient des sphères creuses. Je crois au contraire qu'on doit les considérer comme affectant la forme de couronnes cylindriques emboîtées les unes dans les autres.

Cette représentation est exactement celle du mythe d'Ki au livre X de la République de Platon, et il ne me semble pas douteux que ce soit au système de Parménide que ce mythe fasse directement allusion. Le fuseau central de la Nécessité l'indique suffisamment; si la présence des sirènes est une marque de l'Nlhagorisme, elle peut seulement Bignifier soit les relations de Parménide avec l'École, soit plutôt l'origine des déterminations particulières que donne Platon et qui évidemment ne remontent pas à l'Éléate.

Page 1