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CHAPITRE XII. — ANAXAGORE DE CLAZOMÈNE

de ses diverses idées scientifiques, et il doit, avant tout, être considéré comme un pliysiologue.

Sa réputation comme géomètre n'est pas suffisamment assise; elle repose surtout sur un passage du dialogue platonicien les Rivaux, où il est parlé de lui et d'Œnopide, mais à propos d'une discussion en réalité astronomique. C'est d'après ce passage (et non pas d'après Eudème) qu'il figure, à côté d'Œnopide, dans la liste des géomètres de Proclus, avec la mention vague : « Il a abordé beaucoup de questions géométriques. » Évidemment on ne peut traiter de l'astronomie sans avoir des connaissances géométriques assez étendues, mais il ne s'ensuit pas de là qu'Anaxagore ait fait faire des progrès à la géométrie proprement dite.

D'après Vitruve (VII), il aurait écrit sur la scénographie, c'està-dire sur la perspective appliquée à la décoration théâtrale, sujet particulièrement intéressant à Athènes, où dès le temps d'Eschyle, un Agatharchos, auteur de la décoration scénique, avait écrit un commentaire à ce propos; c'est certainement à tort que l'on a voulu faire rentrer un traité aussi technique dans l'ouvrage Sur la nature; il est probable au contraire qu'il était conçu sous forme géométrique et que ce fut un des prototypes du livre assez imparfait qui nous reste d'Euclide sous le nom d'Optiques. Anaxagore aurait donc été le créateur de cette branche de la géométrie appliquée, mais le niveau très inférieur où elle restait encore bien longtemps après lui, montre assez qu'il ne s'éleva guère au-dessus des notions les plus élémentaires et que Démocrite, qui reprit la même question après lui, ne dut pas faire beaucoup mieux.

Enfin Plutarque (De exsilio) nous le montre s'occupant, dans sa prison, de la quadrature du cercle; mais ce peut être une légende sans authenticité. Cette question était certainement à l'ordre du jour parmi les géomètres du temps, et, dans une prison, la mathématique pure est encore l'occupation la plus facile; la légende semble donc au moins habilement conçue d'après le caractère d'Anaxagore, mais ce travail prétendu n'a, en tout cas, laissé aucune trace, exercé aucune influence véritable.

3. Pour l'astronomie, les titres d'Anaxagore sont mieux établis : il a l'immortel honneur d'avoir le premier donné l'explication véritable, sinon complète, des éclipses et des phases de la lune; mais il convient de remarquer que cette explication fut une hypothèse de physicien, non pas le résultat des observations d'un astronome.

J'ai déjà expliqué (ch. VI, 4, et VIII, 7) comment Anaxagore avait été conduit à cette hypothèse: d'une part Anaximène avait imaginé des astres obscurs dont l'interposition pouvait produire les éclipses; d'un autre côté, les pythagoriens (Alcméon, Parménide) regardaient déjà la lune comme ayant une partie obscure et une partie lumineuse toujours tournée vers le soleil, ce qui est l'explication chaldéenne des phases. Anaxagore n'avait donc qu'à remarquer qu'un corps solide obscur, tel que le supposait Anaximène, devait naturellement, par suite de son éclairement par le soleil, présenter précisément les phénomènes des phases, tels que les pythagoriens les avaient reconnus; la lune, considérée comme opaque, suffisait donc pour expliquer les éclipses de soleil. L'idée de tenir compte de l'éclairement conduisait d'autre part à tenir également compte des ombres; Anaxagore rencontra donc aussi de la sorte l'explication des éclipses de lune.

Comme physicien, il alla plus loin, trop loin même; il conclut que la lune est une terre semblable à la nôtre et habitée comme elle, que tous les astres, le soleil lui-même, sont des masses solides incandescentes. Ces hardis paradoxes attirèrent sur lui la première accusation d'impiété qui ait atteint les novateurs scientifiques; mais comme astronome, malgré sa découverte capitale, il resta relativement arriéré et maintint malheureusement contre les doctrines pythagoriennes les antiques croyances ioniennes.

Il croit encore la terre plate; tous les astres ont pour lui la même forme, en sorte que son explication des phases reste, en réalité, tout à fait insuffisante; il conserve l'hypothèse d'Anaximène sur l'existence de corps célestes obscurs qu'il croit encore nécessaire pour expliquer en partie, soit les phases, soit certaines éclipses lunaires; son opinion sur les mouvements propres du soleil et de la lune revient également à celle d'Anaximène.

Il suppose ces deux astres très rapprochés de la terre, et même à une distance si faible qu'il est difficile d'expliquer comment il n'a pas reconnu son erreur.

On ne peut guère non plus se rendre bien compte de la singulière hypothèse qu'il émettait relativement à la voie lactée: d'après lui, le soleil étant plus petit que la terre, l'ombre de celle-ci devait s'étendre indéfiniment; la trace de cette ombre sur le ciel serait précisément la voie lactée, parce que, disait-il, les étoiles situées en dehors, se trouvant, même pendant la nuit, dans la partie du ciel où parviennent les rayons solaires, leur lumière propre en est

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