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CHAPITRE XIII. — EMPÉDOCLE D'AGrIGENTÊ

soulevée, sans avoir recours à la providence du Noos, qui aurait de la sorte rendu la terre habitable. Il est trop clair qu'Empédocle n'a nullement modifié l'hypothèse d'Anaxagore, qu'il a simplement prétendu donner une explication mécanique de l'inclinaison supposée.

On nous dit d'autre part (15) qu'Empédocle n'admettait même pas pour sa voûte éthérienne une forme rigoureusement sphérique, qu'il la comparait à un œuf. La raison que met en avant Éd. Zeller pour repousser cette indication est sans valeur; Empédocle pouvait, sans la moindre difficulté relative au mouvement du ciel, l'imaginer comme un sphéroïde soit aplati, soit allongé aux pôles. La comparaison avec l'œuf, le terme technique de TrXaTOç (latitude) employé dans le texte, d'ailleurs assez obscur, du doxographe pour désigner la dimension la plus étendue, enfin la convenance, dans les idées d'Empédocle, de ménager un espace vide à l'équateur plutôt qu'aux pôles pour y loger le Neikos rejeté hors du cosmos, paraissent indiquer qu'il avait plutôt choisi la seconde alternative.

Quoi qu'il en soit à cet égard, le nom du Sphéros peut être aussi invoqué comme motif de penser qu'Empédocle croyait devoir attribuer au cosmos une forme différente, peut-être sous l'influence des traditions orphiques, qu'indique la comparaison avec l'œuf. D'autre part, il attribuait toujours à la lune, de même qu'Anaxagore, la forme d'un disque. Il y a donc des raisons sérieuses pour douter au moins de son opinion relativement à la terre. Peut-être, au reste, ne l'avait-il pas énoncée dans ses vers.

Pour les étoiles, feux isolés au milieu de l'éther, dont il attache les uns à la voûte de « crystal » (fixes), dont il fait flotter les autres au-dessous (planètes), il s'en tient à la conception d'Anaximène. Pour la lune, au contraire, comme je l'ai dit, Empédocle adopte la doctrine d'Anaxagore; c'est un corps obscur par lui-même, qui reçoit sa lumière du soleil, qui est d'ailleurs opaque et peut dès lors éclipser l'astre du jour. Toutefois, l'Agrigentin ne reconnaît point ce corps comme de nature terreuse; c'est une concrétion formée par de l'air nuageux.

Quant au soleil, j'ai déjà indiqué (page 236) la conception toute particulière que s'en faisait Empédocle et j'ai montré comment elle se reliait à celle de Parménide.

Tout en ne voyant dans cet astre qu'une image lumineuse de la terre éclairée par le feu du jour et reflétée sur la voûte céleste de crystal, qu'un phénomène qui n'existe que pour les yeux qui peu-

vent le contempler en face (cf. v. 242), Empédocle revenait de fait accidentellement à une opinion du vieil Anaxirnandre, en ce sens qu'il rejetait le soleil aux confins du monde (10). C'est d'ailleurs probablement grâce à lui que cette idée d'identifier le rayon de l'orbite solaire avec celui de la sphère céleste s'est perpétuée en Sicile et qu'Archimède, dans son Arénaire, la présentait encore comme courante.

Celle de supposer le disque du soleil égal à la terre (comme l'image est égale à l'objet dans les miroirs plans) est propre à Empédocle, mais la place qu'il assigne à la lune (deux fois plus loin du soleil que de la terre) paraît correspondre à une combinaison numérique où il aura peut-être voulu imiter Anaxirnandre, pour préciser à l'imagination la répartition dans le cosmos des grandes masses distinctes, comme il avait prétendu aussi préciser, par exemple, la composition des os. Il est clair, en effet, que pour lui, d'après la nature qu'il attribue à la lune, celle-ci se trouve à très peu près à la limite supérieure de l'atmosphère terrestre.

Anaxirnandre avait placé les étoiles au tiers, la lune aux deux tiers de la distance de la lune au soleil ; Empédocle devait naturellement intervertir la position assignée à la lune en la plaçant au tiers de la distance (d), le reste de l'intervalle n'étant réservé que pour les planètes. Si les mathématiciens de l'école de Pythagore avaient déjà spéculé, eux aussi, sur les intervalles de ces dernières, Empédocle aurait eu beau jeu pour les imiter; mais il ne semble aucunement l'avoir fait.

9. L'aperçu qui précède suffit, en somme, pour prouver que la cosmologie d'Empédocle ne présente pas une véritable originalité et que sa doctrine neuve sur les éléments ne lui a nullement donné l'occasion d'apporter quelque modification sérieuse et valable aux conceptions antérieures. On en peut dire autant de ses opinions sur les phénomènes de la nature inorganique; mais ce ne sont pas les sujets qui le captivent davantage. 11 s'attache surtout

(4) En supposant la terre sphérique, en admettant qu'Empédocle prit, (ouiiiif Thaïes, le diamètre du soleil pour la sept cent vingtième partie orbite, enfin en prenant approximativement, connue les anciens Grecs, 3 pour le rapport de la circonférence au diamètre, il s'ensuivrait, d'après les indications mentionnées, que le rayon de l'orbite solaire serait d'environ 240 rayons terrestres el le rayon de Torbite lunaire de 80 rayons terrestre-. >i ce dernier chiffre n'est guère supérieur que d'un quart à la réalité, il n'y a évidemment la qu'un simple hasard,

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