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CHAPITRE I. — LES DOXOGRAPHES GRECS

des livres des deux recensions provient-elle simplement de ce qu'un auteur de catalogue aura compris dans la seconde un Abrégé en deux livres, qui, en tout cas, a été écrit de très bonne heure.

De ce volumineux ouvrage, il ne subsiste qu'un morceau vraiment entier, relatif aux Sensations, et quelques citations, la plupart de seconde main, et surtout dans Simplicius, qui les a empruntées à Alexandre d'Apluodisias. Il y a bien encore, sous le nom de Théophraste, dans le Pseudo-Philon Sur V incorruptibilité du monde, un fragment considérable; mais il provient plutôt du péripatéticien Critolaos, et expose, en tout cas, à côté d'opinions anciennes, des doctrines du Portique que Théophraste n'avait pas touchées; car, loin de descendre jusqu'à ses contemporains, il s'était arrêté à Platon.

Ces rares débris suffisent cependant pour nous apprendre qu'il avait suivi un ordre de matières méthodique, en classant même sur chaque question les opinions, non d'après la suite des temps, mais d'après leur caractère; à cet égard, le morceau sur les Sensations (*) donne un bon exemple de son procédé. Toutefois, au début de son ouvrage et à propos des principes, il avait successivement présenté au lecteur les divers physiciens dont il parlait, et donné alors quelques indications sur leur personnalité et leurs relations historiques.

D'autre part, suivant en cela l'exemple de son maître, à l'exposition des systèmes anciens, il avait joint leur critique d'après les doctrines de son école. Les renseignements qui proviennent de Théophraste sont donc, en principe, susceptibles des mêmes réserves que ceux que fournissent les écrits d'Aristote; il y a d'autres motifs de circonspection dans le respect que professe le disciple pour le maître et dans la façon dont il cherche à développer les idées émises par le Stagirite, bien loin de les contrôler et de les rectifier, s'il y a lieu.

deux recensions de l'ouvrage historique figurent, la plus volumineuse dans le premier (avec l'Abrégé en deux livres), l'autre dans le second catalogue. Le premier indique encore, comme titres analogues (V, 45 et 40) : Sur la nature, trois livres; Contre les physiciens, un livre; huit livres de Physique, (.çuffixôv). Ces derniers paraissent avoir correspondu à ceux de la Physique d'Aristote et avoir été abrégés en un seul livre (second catalogue). Quant aux dix livres nepfc puatx&v îoropttbv et aux huit 7tep\ «p'jcrrxtbv otïtiôv, qu'indiquent les éditions ordinaires, il faut lire çutixwv, car il s'agit des livres Sur les plantes, qui subsistent en grande partie. Enfin un livre Sur la nature (V, 50) apparaît encore au milieu des quelques autres qui suivent le quatrième catalogue. (!) Pages 499 à 527 des Doxographi grœci de Diels.

20 poub l'histoire de la science hellène.

2. L'ouvrage historique <lo Théophraste, de même que l'œuvre d'Aristote, ne se répandit guère, pendant la période alexandrino, en dehors du cercle restreint de l'école péripatéticienne. Cependant il servit, dans une mesure plus ou moins large, aux faiseurs de biographies et aux auteurs de Successi07is des philosophes qui commencèrent bientôt à fleurir. Il était évidemment facile d'extraire, soit du grand ouvrage, soit de l'abrégé, la suite méthodique des opinions professées sur chaque sujet par chacun des anciens physiciens et de présenter ainsi un tableau résumé de chaque système. Un pareil extrait, qui paraît assez fidèle (4), fait le fonds de ce livre des Philosophumeha faussement attribués à Origène et que l'érudition allemande s'accorde aujourd'hui, sans motifs bien décisifs, à mettre sous le nom de saint Hippolyte, évêque et martyr. Toutefois, le compilateur de ces Philosophumena, qui, en tout cas, vivait vers le commencement du 111e siècle, a également utilisé an abrégé biographique d'une valeur bien moindre, si ce n'est par les renseignements chronologiques qu'il renferme et dont j'aurai à parler dans le prochain chapitre.

D'autres abrégés de Théophraste, également par noms d'auteurs et de plus en plus éloignés de la source primitive, ont de même été utilisés :

1° Dans le fragment des Stromates du Ps.-Plutarque, conservé par Eusèbe (Préparation évangélique, I, 8): les opinions qui y sont recueillies ne concernent guère que les principes, le monde et les astres, à part quelques digressions sur Aristippe et Epicure qui, évidemment, ne proviennent pas de Théophraste;

2° Par Diogène Laërce, qui, d'ailleurs, à côté d'une compilation relativement détaillée, en emploie une autre beaucoup plumaire, laquelle ne dérive pas directement de Théophraste) mais d'un biographe quelconque;

3° Par divers auteurs ecclésiastiques, généralemenl tus brefs dans l'objet, comme Eusèbe (Prêp. èvang.. \, XIV, XV, pawim >. Théodoret, 1 renée, Arnobe, saint Augustin, Épiphane, etc.

Théophraste avait, il est vrai, composé, en dehors de son g] ouvrage historique, un certain nombre de monographies, mail tien n'indique qu'elles aient jamais été directement utilisées.

Il est évidemment impossible de déterminer à quelle époque ont

(*) L'ordre des matières rr-niin ■.■m. -ut suivi est : principe, dieu, monde, terre, mer, Rétives, Nil, ;»-tiv<. soleil, lune, voie lactée, étoiles Mantes, rent, ploie, grêle, neige, tonnerre, arc-en-ciel, tremblements de terre, animaux.

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