‹ Pour l'histoire de la science hellèneChapitre 61 sur 209 · I. — Une Thèse de Pythagore · texte numérisé non relu

I. — Une Thèse de Pythagore

1 . Après Anaximandre, l'ordre chronologique est incertain ; si l'on s'en rapporte à Apollodore, Xénophane aurait même été plus âgé que le Milésien; toutefois, il est incontestable qu'il connaissait non seulement la doctrine de ce dernier, ce que remarquait déjà Théophraste (Diog. L., IX, 24), mais encore celle de Pythagore (fr. 18 = Diog. L., VIII, 36). D'autre part, c'est surtout Anaximène qu'on ne sait où placer; comme, cependant, ni Pythagore ni Xénophane ne paraissent avoir connu aucune de ses opinions, comme celles-ci semblent plutôt d'une date plus récente, il s'ensuivrait que c'est au Samien que reviendrait désormais le premier rang.

J'ai dit, dans l'introduction de ce livre, pour quels motifs je m'abstiendrai de lui consacrer une monographie complète; il y aurait, d'ailleurs, à lui assigner sa place suivant l'ordre des temps, une difficulté sur laquelle il convient au moins de s'expliquer.

On admet généralement que les doctrines pythagoriennes sont restées longtemps secrètes et n'ont été divulguées que lors de la publication des écrits de Philolaos, vers le commencement du ive siècle av. J.-G. Si cette opinion était rigoureusement exacte, comme une doctrine secrète ne peut avoir aucune influence sur l'élaboration extérieure des concepts, comme elle subit au contraire le contre-coup de cette élaboration, il vaudrait mieux retarder l'examen du pythagorisme jusqu'à l'étude de l'époque où les dogmes en ont été révélés.

Mais la légende du mystère gardé sur ces dogmes ne peut être acceptée sans réserves; car il est facile d'établir que le mystère

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en question n'a jamais concerné que certains points particuliers, tandis que, pour le reste, les opinions de Pythagore ont été, dès le premier jour, publiées par lui-même et par ses disciples immédiats, sinon dans des écrits, au moins verbalement.

S'il est admis qu'Heraclite vivait au temps de Darius, même si l'on recule, avec Éd. Zeller, la composition de son « logos » après 478, il y a, dans la façon dont il parle de Pythagore et de Xénophane (Diog. L., VIII, 6, et IX, 1), une preuve suffisante de la divulgation d'opinions du premier, comme aussi de la rapidité relative avec laquelle les doctrines philosophiques se transmettaient, à cette époque, dans tous les pays de race hellène. D'autre part, il est à peu près certain que c'était du vivant même de Pythagore que Xénophane dirigeait ses railleries contre les croyances du Samien à la métempsycose.

Mais si ce dogme célèbre était déjà public, quels pouvaient être les points réservés? Il n'est guère probable qu'on le sache jamais exactement; toutefois, j'ai essayé de montrer, dans la Géométrie grecque, que le secret s'appliqua aux découvertes mathématiques, sans qu'il y eût d'abord de règles formulées à cet égard, mais uniquement parce que ces découvertes étaient naturellement enseignées à un cercle restreint, à une élite jalouse; vers la fin de la vie de Pythagore, un disciple, Hippasos, s'étant attribué certains travaux, une scission éclata dans l'École à ce propos, et ceux qui restèrent fidèles au Maître s'astreignirent formellement au secret; cependant, dès le milieu du ve siècle, le groupe des mathématiciens, manquant de ressources au milieu des persécutions et des guerres civiles, battait monnaie en publiant une géométrie, la Tradition suivant Pythagore , qu'Eudème de Rhodes dut avoir entre les mains et qui fut le plus ancien prototype des éléments d'Euclide.

En dehors de cet enseignement spécial, le secret dut encore être gardé, et cela dès l'origine, sur toute une série de symboles mystiques que nous entrevoyons plus ou moins complètement, mais dont le sens et la portée nous échappent. Ce symbolisme, qu'Ai'istote attestait nettement de Pythagore lui-même, a dû se développer, après le Maître, parmi les initiés, beaucoup plus facilement que la géométrie. Si donc c'est là surtout ce qui a été révélé par Philolaos et après lui, il es! difficile de se prononcer sur le véritable degré «l'ancienneté des doctrines supposées sous ces voiles mystérieux.

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