‹ Pour l'Irlande [microforme]Chapitre 15 sur 21 · RER · texte numérisé non relu

RER

en 50 — ennemis qu'ils ont été injustes dans le passé, mais je conteste assurément qu'ils aient été justes dans leurs réformes agraires des temps modernes; je leur prouverai par des faits que l'appauvrissement de l'Irlande n’est pas dû au sol, mais aux hommes qui possèdent le sol; je commencerai cette enquête vers 1845, alors qu'il n’y avait pas de crise agraire sur le continent ni de Land-League en Irlande. La détresse qui sévit de nos jours en Europe n’est qu'un nouveau facteur ajouté à ceux qui ont

déjà appauvri l'Irlande.

Le Zzmes de Londres écrivait le 26 juin 1845 : « L'’explication du dénuement de l'Irlande atteint le ridicule de la simplicité; cela touche même au lieu commun. Le peuple n’a pas de quoi manger. Z/ souffre d'une famine artificielle, mais réelle. La nature fait bien son devoir, elle est assez fertile, l'Irlandais est disposé à travailler. En fait l’homme et la nature produisent ensemble abondamment. L'île

est remplie et surabonde de nourriture pour

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PT l'homme ; ais quelque chose s'interpose toujours entre la bouche affamée et ce banquet splendide. La victime du besoin étend la main vers ces viandes que son industrie a placées devant elle; mais par une mystérieuse sentence, elle les a à peine touchées qu'elles s'évanouissent. Un décret perpétuel de « sc vos non vobis » le condamne à travailler sans jouir du fruit de son travail. »

La population de l'Irlande était alors de 8 millions ; or le sol de l'Irlande d’après sir Robert Kane, dans son livre /zdustrial Ressources, est capable par une culture sage de nourrir 20 millions d'habitants; M. de Beaumont dit 25 millions, et Arthur Young, dans son Zour in {reland (vol. I], partie II, p. 24), 100 millions !

En effet la fertilité de l'Irlande a toujours provoqué la continuelle surprise des écrivains anglais et étrangers. Arthur Young disait des comtés de Limerick et Tipperary en 1768 :

« Ceci est le sol le plus riche que j'ai vu. »

Wakefield, dans ses Sfatshical Account of {reland (1812), écrit : « L’Irlande peut être considérée comme une terre de qualité excellente. De Lavergne (Æssay on Rural Economy) la proclame supérieure à l'Angleterre comme sol. M. Mac Culloch (Sfaérstics of the British Empire) nous assure que la richesse des pâturages et les moissons abondantes d'avoine qui croissent dans les parties les plus misérables attestent la fertilité extraordinaire de l'Irlande. M. Mac Lagan M. P.

nous répète les mêmes affirmations. Tous ces écrivains sont étrangers à l'Irlande. Chose étonnante, M. de Mandat-Grancey n’a rien pu voir de cette fertilité, mais il nous enseigne « comment les Anglais pêchent à la ligne. »

Li] Comme étude « agraire » ce n’est pas suffisant.

Ainsi donc l’homme faisait son devoir de travailleur, le sol était fertile; mais l’Irlandais n'était pas propriétaire. Le propriétaire de ces vastes domaines n'habitait pas l'Irlande,

il n'y reriplissait pas les devoirs sacrés de

OT

of patriote et de citoyen (1). L'Irlandais n'était être tenancier qu’à volonté, sans bail fixe ; sa redecel- vance annuelle dépendait des caprices, des Eco- | dépenses de son propriétaire à Londres ou erre de son agent dans le pays.

{he La famine éclata donc; mais remarquez bien: esse | famine de pommes de terre seulemené, car V'Irintes lande était pleine de bestiaux et de denrées. s les : - Mais les uns et les autres étaient vendus pour raot- | payer la rente capricieuse du propriétaire à LP, Londres.

s ces Pendant les trois années de famine 1847- “hose 1848-1849, l'Echiquier britannique recevait en

en pu taxes irlandaises 13.293.681 livres sterling, et

eigne les Irlandais exportaient en Angleterre pour ne. » payer leur rente 395.926 bêtes à cornes, sant. | 839.118 moutons, 698.021 porcs, 959.640

« quarts » de froment, 3.658.875 « quarts »

1. Ceux qui habitaient alors l'Irlande faisaient leur dere de voir. dit l'histoire selon M. de Mandat-Grancey. — « Tous mes élèves sont des génies », disait un maître d'école. « Combien en avez-vous? » dernanda un curieux. « Trois ». Mieux aurait valu garder le silence.

RTE VE d'avoine et de farine. Et cependant ce peuple, qui voulait payer ses rentes et ses taxes, mourait de faim, parce que la seule nourriture qu’on ne lui enlevât pas (la pomme de terre) avait manqué (1). Et les propriétaires voulaient leurs revenus en temps de famine comme en année d'abondance. 50.000 familles (1849) furent mises à la porte par les landlords; 270.000 fermes, la plupart bâties par les pauvres, furent démolies afin de priver de tout refuge les familles évincées (1841-1861); 3.200.000 Irlandais furent expulsés de leur pays (1849-1881). Ceux qui restèrent passaient à travers les champs comme des squelettes ambulants, proscrits dans leur propre patrie. Cependant les émigrés qui avaient laissé derrière eux leurs vieux parents tächaient par leur travail de payer la rente que ceux-ci devaient au seigneur irlandais. Ces fils dévoués, ces pauvres filles en

service envoyèrent en Irlande, de 1848 à 1864,

1. Ces braves Irlandais, s'ils sont des communards, ont une méthode unique d'appliquer leur théorie!

TT ple, 13 millions de livres sterlings; de 1851 à 18617, nou- 31 millions de livressterlings (la livre sterling u’on vaut 25 francs). Ces énormes sommes passaient vait de l'Irlande à Londres sans qu’un seul sou eurs servît à l'amélioration des terres, des chemins nnée ou du pays.

rent

),000 M. de Mandat-Grancey' me paraît donc ou rent mal informé ou injuste quand il avance que les s fa- causes de la pauvreté irlandaise viennent du rlan- sol et sont analogues à celles des autres pays 881). européens. Le sol irlandais se serait-il donc s les desséché sous ses pas?

pro-

t les M. Boyd Kinnear M. P. qui, le 7 juin 1886, leurs vota contre le Home-Rule bill de M. Gladil de | stone, écrivait en juin 1884 : « De 1800 à 1870, pneur il y a eu quarante bills de coercition passés les en contre l'Irlande. De 1814 à 1830, cinq com- 1864, missions royales et comités spéciaux furent

chargés d'examiner la situation et le dénuement RSS de l'Irlande (triste examen qui vous briserait , On 4 à :

le cœur); de 1829 à 1869, vingt-sept bills et

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résolutions furent présentés par des membres irlandais sur la question agraire, et {ous furent rejetés. Et cependant chacun de ces bills était d’un caractère modéré. Peu importaient leurs propositions! des députés irlandais ne pouvaient être entendus par un parlement anglais. Et pourtant cette question agraire entraînait la vie et la mort de 6 wzlions d’Irlandais, et sur ces 6 millions une moitié devait oumourir de faim ou être évincée depuis 1845 ! »

Voici le tableau fidèle de ces évictions :

Familles Familles réadmises

évincées. pour garder la maison.

1849-51 263.000 73.000 1852-60 110,000 28.000 1861-70 47.000 8.000 1871-80 41.000 6.000 1881-82 21,000 4.000 Total 33 années. 482.000 119.000

Ainsi le nombre de personnes évincées de la sorte était (en comptant une moyenne de 5 par famille) de plus de 2.000.000, c'est-à-dire de 70.000 par an ou environ 35 0/0 de la popula-

tion.

ises ison.

en BT:

Ces évictions ont été appelées avec raison des sentences de mort. Pour mieux faire comprendre toute l’atrocité de ces mesures, je citerai les deux ou trois faits suivants; le premier nous est raconté tout au long par Mgr Nulty, évêque de Meath :

« La première année de mon ministère (20 février 1871), je fus témoin oculaire d’une éviction cruelle et inhumaine.

« 700 êtres humains furent chassés de leurs demeures en un seul jour et dispersés à travers le monde pour satisfaire au caprice d’un seul.

« Car m'oublions pas que pas wn seul shilling n'était dû sur cette propriété, si vous exceptez un unique tenancier en retard de paiement.

« La brigade des démolisseurs travailla donc avec un zèle magnifique du matin jusqu’au soir. Vers la fin un incident vint les distraire dans leur occupation barbare.

« Ils s'arrêtèrent épouvantés en apprenant que la fièvre typhoïde régnait dans deux mai-

£. ns, et ils demandèrent à l'agent d'épargner

ces deux maisons pour quelques jours. L'agent

fut inexorable et insista pour la démolition des deux demeures. Il usa même d’une ingénuité digne de son cœur. Il fit envelopper les malheureux attaqués du typhus dans des draps protecteurs et ordonna ensuite à ses gens de poursuivre la démolition des maisons.

« Heureusement que ces infortunés étaient en délire et ne pouvaient s’apercevoir de l’opération dont ils étaient victimes!

« Quand ils furent ainsi protégés sous les draps, l'agent murmura : « Je préfère encore « les abriter ainsi, pour ne pas me donner la « peine de faire une enquête après leur mort, »

« J'administrai l’extrême-onction à quatre de ces malades, et ils passèrent la nuit par une pluie battante sans autre abri que leur couverture, car les démolisseurs n'avaient laissé

de toit sur aucune des maisons des environs, »

Je le demande au nom du ciel, qui est le plus

coupable? des assassins de lord Cavendish ou de ce landlord ?

L'évêque continue en ces termes : « L'évic-

des tion que j'ai ainsi décrite et dont j'ai été le ténuité moin oculaire ne doit pas être considérée mal- comme un fait exceptionnel, isolé, qui ne se iraps produit que là où l'opinion publique ne peut s de l'atteindre ni le flétrir.

« C’est tout le contraire.

aient « Tout comté, toute baronnie, et même ’opé- | toute paroisse a vu bien des évictions entou-

rées de circonstances et de traits souvent plus

s les noirs et d’une atrocité plus révoltante. » core er la Voici une autre scène décrite par M. Sullirt. » van (Mew-freland).

uatre Balbycohey est une ville du comté de Tipr une perary. Dans l'été de 1868, elle était encore cou- habitée par un nombre considérable de tenana1SSÉ ciers dont les ancêtres s’y étaient fixés depuis ns, » une centaine d'années. Ils étaient industrieux, Hi paisibles et bons; ils payaient ponctuellement vou leur fermage, et s'étaient toujours entendus l'amiable avec leurs landlords successifs jusqu'à ce que M. William Sculley, quelques évic- 1 années avant l'événement qui suit, devint

La Ur acquéreur de Balbycohey. M. Sculley inventa un nouveau bail pour ses tenanciers, qui en le refusant se condamnaient à l'expulsion. Ce document était extraordinaire : les tenanciers devaient payer d'avance une moitié de leur rente annuelle; ils devaient payer par quartier; ils devaient donner possession à la fin de n'importe quel quartier après une notifica- : tion de 21 jours.

Ce nouveau code fut mis à exécution à force armée, car la police protège ces propriétaires modèles. Dans une des rencontres, M. Sculley fut blessé en sept endroits. Il y a des victimes

plus intéressantes.

Enfin l'hiver dernier 1887, à Glenbeigh, des évictions atroces eurent lieu. Je cite le fait suivant :

Thomas et Patrick Higgins, deux frères, vivaient dans deux maisons contiguës. Ces maisons avaient été bâties par eux-mêmes sans concours aucun du landlord. Par une après-

midi d’un hiver rigoureux, l'agent vit, accom-

venta en le 1. Ce aciers : leur quarla fin

tifica- :

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pagné du shérif et d’une troupe de gendarmes armés pour demander le payement de ses rentes exorbitantes. Thomas avait une femme et huit enfants, le plus jeune âgé de trois semaines seulement. Patrick avait une femme et six enfants. Patrick, en vendant une de ses vaches, et par raide de sa fille en service à Limerick, ramassa de quoi satisfaire l’agent. Il offrit la somme demandée. Le shérif luimême supplia l'agent de prendre cette somme et d'épargner la maison. L'agent refusa, parce que Thomas, l’autre frère, ne pouvait payer que dans trois mois. Il s’empara donc des deux demeures, y mit le feu avec du pétrole, et en fit renverser les murs fumants. Dix-huit êtres humains étaient dans le chemin en plein

hiver !

Les landlords commettent plus de délits agraires que les tenanciers ; ils ne tuent pas à

coups de fusil, ils tuent « à petit feu. » (1)

1. Même les endroits les plus stériles de l'Irlande qui se trouvent le long de la côte ouest deviendraient des centres

RCA

Fa

Mais n'y a-t-il donc pas de lois en Irlande?

N'y a-t-il pas de tribunaux en Irlande pour juger ces infamies ?

Nous savons quels sont ces tribunaux. Quant aux lois de 1860-1870-1881, nous allons voir que d’abord elles sont incomplètes; ensuite que leur application juste, impartiale, est trop souvent impossible.

Car, on ne peut le nier, il s’est rencontré parmi les législateurs anglais des hommes remplis de générosité envers l'Irlande; je suis même persuadé que si le peuple anglais était éclairé sur la question irlandaise, il demanderait en masse, comme il a déjà commencé à le faire, des mesures généreuses pour l'île sœur. (1) Malheureusement tous ces efforts vont aboutir au château de Dublin, et à une

administration locale qui gâte les meilleures

de prospérité, si un honnête et généreux encouragement était donné aux pêcheries qui sont aussi riches que celles du nord de l'Europe.

1, Mais n'oublions pas ces paroles de M. jules de Lasteyrie, qu'en matière de justice ce n'est pas assez de faire beaucoup, et qu'on n'a rien fait quand on n'a pas tout fait.

de? mesures. Toutefois parcourons un instant les

diverses phases de 12 auestion, en suivant l’ou-

r juvrage de M. Emmanuel Ferré.

uant de « La première tentative appréciable de ré- ER forme des lois agraires en Irlande date de trop 1860. Jusque-là, la situation du fermier vis-àvis du landlord était réglée, non par la con- HE vention, mais par la tradition. Elle résultait du seul fait de la tenure, non du contrat.

nmes . . , . . LA , « D'après les idées reçues, il y avait décom- > sui

; position de la propriété entre le propriétaire et le tenancier. Ils jouissaient tous les deux d’un Fe droit réel sur la terre. Le bailleur conservait un droit supérieu. ; il avait sur le domaine un droit de reversion qu’il pouvait exercer, à son gré, en l'absence de convention spéciale, ou, en cas contraire, à l’époque fixée par cette convention. De son côté, le pren 'r, tant que ement durait la tenure, pouvait user de son droit réel ous (tenant-right) sur la terre qu'il détenait, le e Las- vendre et le transférer. Voilà le principe; mais

ce principe était détruit dans la pratique,

car le propriétaire avait toujours le droit de refuser le nouveau fermier qui lui était présenté.

« Ïl jouissait, en fait, d’un priviiège plus exorbitant encore. Il pouvait, à sa volonté, en l'absence du bail, ou à son expiration, quand il en existait un, élever à son gré le chiffre du fermage.

« En 1860, deux lois vinrent modifier la nature des relations du propriétaire et du fermier. Ce sera à l'avenir le contrat exprès ou tacite qui réglera ces relations. Le tenancier perd ainsi son droitdecopropriété, et devient comme notre fermier français, un simple locataire. Il sera toujours réputé s'être engagé par contrat à payer une rente annuelle, et à cette obligation est attachée une sanction nouvelle: le droit d'expulsion du fermier par le propriétaire en cas de non-payement.

« Le fermier, de son côté, se vit accorder le droit à une indemnité pour toutes les améliorations faites par lui pendant sa tenure, du

consentement du propriétaire.

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« Cette loi fut complétée par des dispositions ultérieures qui, au moyen de prêts à long terme, facilitèrent au propriétaire comme au tenancier les travaux destinés à améliorer la terre, tels que drainage, défrichements, constructions, etc.

« La loi de 1860 enlevait au fermier son tenant-right; mais le droit à indemnité qu’elle lui accordait et dont jouissaient déjà les fermiers en Angleterre, avait un grand intérêt pour l'Irlande, où les travaux d'entretien, d’amélioration et même de construction étaient le plus souvent laissés à la charge du tenancier, qui n'avait guère intérêt à améliorer la terre qu'il cultivait, puisque, en cas d'amélioration, le propriétaire élevait immédiatement le montant de la redevance. Malheureusement, comme il est arrivé souvent dans les concessions agraires faites à l'Irlande, ce droit était plus apparent que réel, puisqu'il ne résultait que des améliorations faites du consentement du propriétire, à la volonté duquel il était, en réalité,

subordonné.

de O6 Le

« La loi nouvelle avait un inconvénient pour le fermier : elle le mettait, en cas de non-payement de sa redevance, plus immédiatement à la merci du propriétaire qui pouvait l’expulser plus facilement et plus rapidement qu'autrefois. Néanmoins, telle qu'elle était, elle renfermait un principe fécond qui, avec le temps et les perfectionnements que la pratique eûtindiqués, aurait certainement produit d'importants résultats. Le principe, 1: liberté du contre: de louage, était bien supérieur au système de la tenure, qui livrait sans protection le tenant à l'arbitraire du landlord. Si, pour éviter les compétitions entre preneurs, et empêcher l’exagération du taux des fermages dans un pays où l'agriculture constitue à peu près le seul moyen de vivre, on eût, comme on devait le concéder quelques années plus tard, institué un tribunal spécial chargé de fixer la rente à payer annuellement, la législation nouvelle eût peut-être mis fin à l’antagonisme séculaire entre landlords et tenanciers. Avec la liberté du contrat de bail,

le respect mutuel des conventions, et pour le

fermier une jouissance sans entrave de la part

du propriétaire, chacun était à sa place, et les droits ainsi que les obligations des deux parties ne comportaient plus ni récriminations ni plaintes. Le propriétaire n'avait plus intérêt à expulse: pour obtenir une rente plus élevée de sa terre estimée par la commission agraire à un prix qui ne pouvait être dépassé, et les rigueurs encourues par le fermier pour inexécution de ses obligations perdaient tout caractère odieux.

« Telle était la situation lorsque, pour la

première fois, M. Gladstone prit possession du

pouvoir. Il s’occupa immédiatement de régler la situation respective des propriétaires et des fermiers de l'Irlande, et fit du premier coup un

pas sérieux dans la voie où il n’a cessé de mar-

cher depuis. Le premier, dans l’Acé qu'il pré-

senta au Parlement en 1870, il porta législativement atteinte au droit absolu de la propriété foncière, en affirmant nettement le droit réel du fermier, son éexant-right. Il proposait de

donner force de loi à la coutume de l’Ulster,

= 68 — et de l’établir partout où elle n'existait pas.

« Cette coutume comme nous l'avons vu, consacrait en principe le droit de copropriété du fermier, qui pouvait vendre à un tiers son droit d’exploitant.

« Le propriétaire ne pouvait expulser son fermier qui s’acquittait exactement des obligations qu'il avait contractées, et payait régulièrement le prix de son fermage.

« Encas de sortie du fermier, le propriétaire était tenu de l’indemniser de toutesles améliorations qu'il avait réalisées, même sans son consentement. — Il était également tenu à indemnité pour tout trouble apporté par lui à la jouissance du fermier.

« La loi de 1870 reconnaissait et donnait force législative à ces droits partout où ils existaient déjà comme dans l'Ulster, et les établissait là où ils n’existaient pas. Enfin, elle accordait des facilités au paysan pour acheter des terres, à l’aide d’avances qui lui étaient faites par l'État, et qu’il devait rembourser au moyen d’annuités.

as. « La législation nouvelle apportait en prinvu, cipe de grandes améliorations à la sitnation iété agricole en Irlande; mais comme toujours, la son pratique venait en restreindre et en paralyser

le bénéfice. Ainsi, le droit du tenancier, le

son fenant-right était toujours dans son usage iga- subordonné au consentement du propriétaire uliè- qui pouvait agréer ou refuser, à sa volonté, le

successeur qui lui était présenté, pour l’exploi-

aire tation de sa ferme. Le droit à indemnité à son élio- tour pour les améliorations réalisées ne devait son profiter qu’au fermier qui pouvait à la fois améà in- liorer sa terre et payer exactement sa redeà la vance. Celui accordé pour trouble causé par un acte du landlord entravant la libre jouissance

ait du fermier, était neutralisé par des exceptions

ils nombreuses qui lui enlevaient toute son effiéta- cacité, et permettaient au propriétaire de s’y , elle soustraire. Enfin, et là surtout était le point heter | défectueux de la loi, le propriétaire restait touaient jours armé du droit d'expulsion, en cas de noner au payement de la redevance, qu'il pouvait aug-

menter à sa volonté.

6 nl de

« Les propriétaires, qui se trouvaient lésés dans leurs intérêts par les droits divers que la loi nouvelle concédait au fermier, répondirent à cette loi en élevant le prix de leurs fermages. Le paysan qui ne pouvait vivre qu’en cultivant subittoutes les augmentations qu’on lui imposa, mais paya mal ou ne paya pas. Les expulsions succédèrent aux expulsions, la famine qui s'abattit quelqués années plus tard sur l'Irlande occidentale, dans le rude hiver de 1879-1880, vint encore compliquer la situation. Davitt venaît de créer la Zigue agraire qui avait pour but d'obtenir des réductions en faveur des tenanciers. Les propriétai- :ssont mis en quarantaine et leur terre est en interdit, quand ils refusent de réduire le prix de leur fermage.

Des crimes furent commis ; la terreur se répandit partout. Il y avait danger public.

« M. Gladstone, revenu au pouvoir qu’il avait momentanément quitté, présenta au Parlement le bill connu sous le nom d’Acé de 1881. Le

gouvernement se résignait à accepter les prin-

cipales revendications formulées par la Ligue

TI agraire, qui demandait que le fermier fût mis à l'abri de l'expulsion, de l'augmentation des fermages, et réclamait pour lui le droit d’aliéner librement son #rant-rioht.

« La loi, en effet, consacre notamment le droit encore mal défini de copropriété accordé au fermier, par l’act de 1870, et, malgré certaines restrictions et tout en lui laissant une

situation inférieure, elle en fait réellement un

| copropriétaire avec la liberté d’aliéner son prop

droit d’exploitant, au mieux de ses intérêts. Ce droit de vente qui est généralement estimé au cinquième de la valeur de la ferme est accordé aux détenteurs de terres sur lesquelles le propriétaire avait racheté le #vané-rivht.

« Le fermier peut, en outre, d’après la nouvelle loi, faire fixer le prix de sa tenure par une commission nommée à cet effet. Tout baïl ainsi établi doit avoir une durée de quinze ans. Le fermier se trouvait donc pour longtemps à l'abri de toute augmentation arbitraire des fermages. À sa sortie, soit pour fin de bail, soit

par expulsion judiciaire, il aura droit à une

— nm— indemnité pour les améliorations qu'il aura réalisées dans sa ferme.

« Enfin, la loi de 1881 donne au fermier de nouvelles facilités pour acquérir la terre qu’il cultive.

« En 1882, M. Gladstone, poursuivant son œuvre, déposa une loi sur lesarrérages, d’après laquelle, lorsqu'un locataire d’une ferme inférieure à 30 livres (75ofrancs), en retard de plusieurs années vis-à-vis de son propriétaire,

payait à celui-ci le fermage del’année courante

et celui de l’année précédente, l'Etat, interve-

nant en sa faveur, payait pour lui une année d’arriéré, et le propriétaire n'avait plus rien à réclamer, L'Etat a payé de son chef environ dix-neuf millions.

« Une dernière loi connue sous le nom de Ashôourne’s act fut votéeen 1885, pour mettre le petit fermier irlandais à même d'acquérir la terre qu'il loue. En vertu de cette loi, le fermier qui désire acheter sa ferme débat le prix avec le propriétaire. S'ils tombent d’accord,

ils s'adressent à une commission spécial {/and

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73 à commission) qui, après enquête sur la valeur de la propriété vendue, accorde ourefuse les fonds nécessaires. Dans le premier cas, le propriétaire reçoit les quatre cinquièmes du prix de vente, etle fermier s'acquitte vis-à-vis de l'État au moyen d'annuités calculées sur le taux de 4 0/0 l'an de la somme avancée, et s'étendant sur une période de 49 ans.

« Lorsque le fermier, par le service exact de ses annuités, a versé le cinquième du prix d'achat, le dernier cinquième dû au propriétaire lui est immédiatement payé. Ainsi, au bout de 49 ans, le fermier qui aura exactement payé son annuité de 4 o/o sera devenu propriétaire du terrain.

« Les paysans protestèrent contre les dispositions de la législation de 1881, qui garantissaient aux propriétaires l'exercice de leurs droits ; mais ils réclamèrent le bénéfice de celles qui accordaient la révision du prix des fermages. Les réductions accordées par la commission nommée à cet effet réduisirent d’un quart

les revenus de la propriété. »

ES um re

Voyons maintenant en détail comment ces nouvelles lois passèrent et fonctionnèrent, et nous nous convaincrons de plus en plus que la question agraire en Irlande ne ressemble en rien à cette dépression universelle qui actuellement pèse partout sur l’agriculture.

En 1880, les Communes d'Angleterre passèrent un act et un bill appelés : Xe/ref act et compensation for Disturlance-bill, ayant pour but d'indemniser les tenanciers insolvables évincés, en leur restituant les dépenses d’amélioration sur les propriétés. Toutefois ces amé-

liorations devraient excéder les rentes dues

et devraient être appréciées par un tribunal de comté. Cette sage mesure admise par la majorité des membres nous aurait épargné bien des malheurs et des évictions. Mais la Chambre des lords la rejeta par 282 voix contre 51!

Cependant, alors l'agitation avait tellement diminué en Irlande que l’on n'eut pas sujet de renouveler en juin l’acte de coercition.

Toutefois, restait comme stande consolation

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mn: De dé le bill de 188x, qui permettait aux tenanciers de faire réduire leur fermage par un tribunal spécial. {Voir plus haut.)

Quel était ce tribunal? Sur 7o à 80 commissaires il n’y avait que deux ou trois tenanciersfermiers ; le reste était composé d’ugenés, de landlords et d'avocats peu favorables au peuple. C’étaient les agents qui jugeaient dans leur propre cause; et même dès qu'ils commenrcèrent &faire leur devoir, la Chambre des lords constitua un comité d'enquête (1882) pour les surveiller et les intimider. Les malheureux tenanciers n'avaient pas d'argent pour traduire leurs landlords en justice, soutenir l'appel de ces messieurs en une cour supérieure, et vivre en attendani la décision. Car ce tribunal fut bloqué par les tenanciers, et jusqu'à présent 120.000 tenanciers seulement ont obtenu réduction de leur fermage, Bien plus, ce bill ne s’occupait pas de ceux qui sous la pression du landlord et par crainte de l’éviction avaient fait un bail pour un certain nombre d’an-

nées. Or, les landlords, prévoyant bien ce qui

sn 76 — allait arriver, avaient usé largement de ce moyen ævant l'adoption du bill de Gladstone.

Bien plus, certaines rentes sont devenues irrécouvrables et le 77#%es lui-même admet que c'est le cas pour 538.000 propriétés (évaluation de sir James Caird, citée par ce journal).

Les demandes respectueuses des tenanciers

pour cbtenir une réduction sur leur fermage

furent accueillies de la part des landlords par

une pluie d'ordres d'expulsion. Aïnsi à Portunna, en mars dernier, quiconque demanda la réduction reçut ordre de quitter les terres dont il n'avait pu payer le loyer; et le pauvre homme qui venait de recevoir du tribunal une réduction de £ 15 sur sa rente exorbitante de £ 30, était aussitôt mis à la porte et privé du bénéfice de la nouvelle loi.

Non seulement ces bills agraires, arrachés par l'agitation au gouvernement anglais, n’arrêtèrent pas les évictions, ni n’empêchè-

rent les propriétaires d'enchérir leurs fer-

mages, mais deux circonstances vinrent démontrer comment en Irlande ces mesures de

justice tardive étaient dénaturées.

Comme nous l'avons vu, une loi avait été portée donnant droit aux tenanciers expulsés pour insolvabilité ou fin de baïl de recevoir une indemnité pour leurs améliorations sur les terres. Hélas! le tribunal des Zand commissioners, coinposé d’un 74e, d'un agené et d’un landlord, déclara que cette loi voulait simplemerit dire que les tenanciers n'auraient pas à payer supplément de fermage pour les améliorations dont eux-mêmes auraient fait profiter le domaine du landlord!

Le cas fut porté en cour d'appel (Adams V Dunseath), et les juges décidèrent : 1° que toutes les améliorations faites avant l'acte de 1870 appartenaient au landlord; 2° que l’amélioration du sol appartenait au landlord; 3° que la loi ne visait que les améliorations prévues par le bail, ou nécessitées par la nature du ter-

rain; et que si un tenancier construisait une

villa sur sa propriété, le landlord pouvait, en conséquence, s’en emparer sans indemnité aucune.

Cette décision sans appel remettait ainsi entre les mains du propriétaire des millions de valeurs tenancières que le Parlement avait cru sauver de ses griffes. Le Parlement anglais se soumit à cette décision, par crainte de la Chambre des lords.

Oui, pour bénéficier de cet acte, des tenanciers illettrés et sans le sou avaient à lutter contre des avocats rusés, des agents roués, et des landlords sans cœur, etc. Pendant une session, le 17 janvier 1884, le juge baron Dowse fit observer que, tandis que le souscommissaire légal M. Mac Devitt avait noté dans son /vre une certaine rente comme fixée, son greffier certifait que ce cas avait été retiré et que rien n'avait été décidé!

(M. Healy.)

Cependant le tableau de la réduction des fermages prouve jusqu’à quel point les land-

lords avaient été injustes dans leurs préten-

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tions. (1) Voici un tableau où les noms des tenanciers sont suivis du montant des fermages, soit avant, soit après la réduction

judiciaire.

1. Ets'il est vrai, comme l’affirme M. de Mandat-Grancey, que le sol irlandais soit si pauvre que, même sans avoir de fermage à payer, ies tenanciers mourraient de faim, au nom de quelle justice, de quelle culture, les landlords de-

mandaient-ils de pareils loyers?

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