‹ Pour la couronne: drame en cinq actes, en versChapitre 17 sur 65 · ACTE I, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE V

MILITZA

Le tien, sans cloute, sais pas prier.

CONSTANTIN

Ton pays?

MILITZA

La grandVoute.

CONSTANTIN

nnille?

MILITZA

Ma mère errait sur le chemin, [ait et lisait les signes de la main.

CONSTANTIN

aimait?

MILITZA

Qui sait? J'étais souvent battue; rsque j'eus quinze ans, la vieille m'a vendue, elle qui m'apprit à danser.

CONSTANTIN

Et depuis ?

is, mon beau soldat, je vis comme je puis, agrin dans le cœur et le fard sur la joue, nasse mon pain n'importe où, dans la boue...

niroir m*a fait honte, un jour; je l'ai cassé; pleure, la nuit, après avoir dansé.

26 POUR LA COURONNB

CONSTANTIN, déliant les mains de Militia.

Allons^ sois libre... Adieu I

MILITZA

Quoi, ta main me délivre 1 CONSTANTIN, lui donnant sa bourse.

Oui, prends ma bourse, tiens, et tâche de mieux vivre... Car ta beauté m'afïlige et ton charme est navrant. Pauvre fille qui fais le mal en l'ignorant.

La débauche t'a prise, enfant à l'œil sincère, Dans l'horrible tribut payé par la misère.

Si jeune, tu rougis de pudeur sous ton fard ; Un reste d'innocence éclaire ton regard; Et la fleur dans la fange et de tous méprisée Garde encor, du matin, sa goutte de rosée.

MILITZA

Donc, un homme, — c'est vrail — pour !a première fois, M'a parlé sans dégoût dans l'âme et dans la voix! Et cet or que voici, cet or n'a rien d'infâme I... Qui donc es-tu, soldat aussi doux qu'une femme. Qui ne me connais pas et me fais tant de bien?

CONSTANTIN

Ton frère, si tu veux, pauvre fille, un chrétien.

MILITZA

Mais tu vois qui je suis.

Je sais la chair fragile

ttILITZA.

'^"' t'a rendu si bon?

lATTTÎ I, SCÈNE V 2J

'CCWSTANTIN.

Wa mère et l*Évangile.

MILITZA

Je n'ai fait quie^ le mal.

CO-NSTAKTIN.

Puisse Dieu t'éclairerl

MILITZA

Je vis dans le ruisseau.

CONSTANTIN

Le ciel peut s'y mirer.

MILITZA

L'homme pur me repousse en me disant : Arrière!

CONSTANTIN

Qui donc est sans péché, pour te jeter la pierre ?

Eh bien, toi qui m'osas donner le nom de sœur, Toi dont la voix m'emplit de paix et de douceur, Écoute-moi. Veux-tu vraiment que je remonte Le courant qui m'entraîne à jamais dans la honte? Alors, laisse-moi vivre ici, reprends ton or. Tu m'as sauvé la vie, eh bien, fais mieux encor : Garde-moi près de toi comme une humble servante. Car,''d*après le passé, Tavenir m'épouvante.

Que vais-je devenir, quand je serai, demain.

Toute seule et livrée aux hasards du chemin ? Ah ! dans ces temps mauvais, dans ce pays sauvage,

La liberté, pour moi, c'est le pire esclavage. O maître, ne sois pas charitable à moitié.

Garde-moi ; laisse-moi ma place, par pitié, Au coin le plus obscur du logis, et supporte Que je couche, le soir, en travers de ta porte!... Ah I je baise tes mains I Dis, garde-moi, veux-tu ?

CONSTANTIN

Pauvre oiseau, du premier coup d'orage abattu, Soitl Je te ferai chaude et paisible la cage.

MILITZA

Tu consens... Oh! merci 1... Mais il me faut un gage De ♦a promesse... un rien qui me sera si cher, Quelque chose de toi pour porter sur ma chair... C'est l'usage, vois-tu, des filles de Bohême.

CONSTANTIN

Quoi?... Mon collier? ma bague?... Enfin, choisis toi-mêm

MILITZA, désignant un des poignards passés à la ceinture

du jeune homnie.

Eh bien, c'est ce petit poignard que je voudrais.

CONSTANTIN, le lui donnant, Pourquoi?

MILITZA

Pour me tuer, soldat, si tu mourais.

Acclamations au dehors.

CONSTANTIN

Ces clameurs?...

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