‹ Pour la couronne: drame en cinq actes, en versChapitre 39 sur 65 · ACTE III, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE V

Je veux sauver -^ car Dieu m'en demandera compte — Mon pays du malheur, mon père de la honte.

11 faut que l'incendie éclaire les sommets.

Place ! Je veux saisir cette torche.

MICHEL

Jamais.

CONSTANTIN

Mon père, songez-y I Mon père, prenez garde I

Car Dieu vous voit, le ciel étoile vous regarde!...

Je me suis demandé, quand j*ai pu tout savoir.

Ce qu'exigeait l'honneur, quel était mon devoir.

11 était clair, hélas I Dénoncer Tacte infâme.

Oui, vous dénoncer, vous et votre horrible femme l

Et démasquer ce Turc... Mais pour vous, malheureux!

C'était la mort après quelque supplice affreux ;

C'était, c'était surtout votre gloire passée

Par ce crime public en un jour effacée.

Devant cet effrayant devoir qui m'incombait,

J*ai vu, dans un éclair, la honte, le gibet.

Cette atroce action d'un fils livrant son père

M'a rempli de terreur, je n'ai pas pu la faire.

Non, je n'ai pas voulu que ce nom plein d'éclat

Fût méprisé, que tant de gloire s'envolât

Comme une feuille morte au souffle de la trombe.

Et qu'un jour le passant crachât sur votre tombe.

Je me suis tu. Le cœur dévoré de tourment.

J'ai tardé, reculé jusqu'au dernier moment.

Mais à présent, je dois agir, car le temps passe.

Je veux bouter la flamme au feu d'alarme. Place!

Apaisez la patrie et le ciel en courroux.

Songez qu'en me taisant j'ai détourné de vous La mort sur l'échafaud, les tortures prochaines. Sans moi, vous sentiriez déjà le poids des chaînes Et la main du bourreau sur vous s'appesantir... Mon père, n'allez pas m'en faire repentir!

MICHEL

Trop tard. Regrette donc d'avoir sauvé ma vie.

Il fallait, fils pieux, contenter ton envie

Et tout dire, et me voir, ainsi qu'un vil Judas,

Massacré sous tes yeux par mes propres soldats.

Tant pis pour toi. Ton cœur s'interroge et discute.

Mais ce qu'a résolu le mien, je l'exécute.

Qui n'a rien su prévoir ne peut rien empêcher,

Et je ne permets pas qu'on touche à ce bûcher.

CONSTANTIN

Vous abandonneriez notre vieille frontière I Les Turcs ravageraient l'Europe tout entière. Tout le monde chrétien I

MICHEL

Il fut ingrat pour moi.

CONSTANTIN

Et le Christ, votre Dieu I

MICHEL

Ce Dieu m'a-t-il fait roi> Malgré lui, je veux l'être, et le sérail

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