ACTE Illy SCÈNE V
Rien n'y fera, sanglots, prières ni menaces.
Et, sache-le, malgré tes colères d'enfant On n'allumera pas ce bûcher, moi vivant*
CONSTANTIN
Vivant I... Quelle parole avez-vous prononcée? Vivant!... Oh I quelle atroce et sanglante pensée Ëclose en mon cerveau le torture et le mord ?
MICHEL
Je ne te comprends pas... Me voudrais-tu voir mort?
CONSTANTIN
Je songe en ce moment que vous devriez l'être, Et d'une mort infâme, et de la mort du traître I
MICHEL
Tu dis ?
CONSTANTIN
Je me souviens qu'à l'heure où nous parlons, Othorgul et ses Turcs entrent dans nos vallons, Que chaque instant perdu me rend votre complice. Et je songe au devoir qu'il faut que je remplisse.
MICHEL
Quel devoir?
CONSTANTIN
Je me dis que, très injustement.
J'ai voulu vous sauver du dernier châtiment, Et que votre existence à la hache échappée Est un malheur pour tous... et que j'ai mon épéel
MICHEL
Toi I Ton épée I
CONSTANTIN
Elle a, vierge de tout affront, bu détourner un jour la mort de votre front, Et ma chair porte encor trace de la blessure... Mais puisque Tâcre envie et l'ignoble luxure Ont fait un scélérat du héros de jadis, Puisque, au mépris de tout, près de ces Turcs maudits Vous allez mendier la couronne usurpée.
Elle s'indigne alors, ma pure et noble épée.
Et, d'un éclair vengeur jaillissant du fourreau. Elle m'ordonne ici d'être juge et bourreau.
JI tire son épée.
MICHEL, dégainant à son tour.
J'ai mon épée aussi, qui ne craint pas la tienne.
CONSTANTIN
Je défends mon pays et l'Europe chrétienne,
Mon devoir de soldat, l'honneur de ma maison.
Et vous ne combattez que pour la trahison.
Dieu nous voit et préside au champ clos. Qu'il décide!...
A mort le traître I
Constantin fond sur son père. Les épées se croisent un moment. Michel reçoit un coup en pleine poitrine et chancelle.
MICHEL
Ahl