I. Ces articles étaient écrits en août
dès Etats de Finlande, diète à laquelle fut soumis un projet de réforme de la loi militaire, qui menaçait sérieusement les droits précieux garantis aux Finlandais vingt ans auparavant. Or, dès que les conseillers de l'empereur eurent clairement aperçu l'impossibilité de mener à bonne fin ce projet par les «voies légales», ils firent tout d'un coup une trouvaille remarquable. Jusqu'ici, disait-on, il y avait toujours eu une lacune dans la législation concernant le lien entre les deux pays soumis au sceptre du tsar. Comment procéder pour la solution des affaires intérieures de la Russie? C'était chose nettement fixée.
Comment procéder pour les affaires spéciales du grand-duché ? On avait,
pour se guider, les promesses jurées par Alexandre I"' et ses successeurs.
Mais les mesures qui intéressaient à la fois les deux pays, les affaires finlandaises qui touchaient de près aux questions vitales de l'empire, autant de points, disait-on, au sujet desquels avaient toujours manqué les dispositions précises.
Cet état de choses devait prendre fin, conseilla-t-on à Sa Majesté ; il semblait utile qu'EUe daignât remédier à cette situation défectueuse. C'est alors que parurent les règlements du 15 février :1e tsar, en considération de cette incertitude juridique, se reconnaissait tout d'abord à lui-même l'autorité nécessaire pour décider de ce qui devrait être rangé dans la ca-
POUR LA FINLANDE. ii
tégorie des « affaires communes ». En même temps, Sa Majesté promulguait un manifeste, approuvé par elle en séance du Conseil de l'Empire, en vertu duquel les affaires de ce genre seraient à l'avenir tranchées par ce conseil après consultation de la diète finlandaise.
Qu'on s'imagine vers 1880 une décision de notre roi et grand-duc alors régnant, et dans laquelle, prenant en considération le manque de dispositions organiques sur le traitement des affaires luxembourgeoises qui seraient liées aux intérêts essentiels du royaume des Pays-Bas, il eût commencé par se réserver le droit de déterminer l'étendue de ces affaires, et en eût ensuite confié le soin au conseil d'Etat des
Pays-Bas, après avis de la représentation du Luxembourg! Qu'on s'imagine une telle décision, et quel sentiment elle eût provoqué dans Tâme des Luxembourgeois : et Ton aura une idée assez exacte de l'émotion qui s'empara du peuple finlandais, lorsque celui-ci connut l'arrêt de mort du 1 5 février. En effet, si l'on veut dépouil- 1er un Etat de son caractère d'Etat, de son autonomie, de son gouvernement propre, le moyen le plus simple est bien celui que les conseillers de l'empereur ont, à l'égard de la Finlande, indiqué à leur maître. Enlevez aux organes suprêmes de gouvernement le droit, jusque-là exercé par eux, de fixer eux-mêmes en dernier ressort les limites de leur compétence ; transfé-
rez ce droit à un autre organe ou, s'il en est besoin, à la même personne qui auparavant « mettait les points sur les i », mais en Tentourant de conseillers étrangers. Alors le projet aura réussi j on ne saurait, en principe, atteindre plus sûrement le but. C'est ce que les Finlandais sentirent d'instinct. Cest ce que sentit le vieux procureur du Sénat de Finlande, Sôderhjelm, lorsque, dans un entretien particulier avec le gouverneur général russe BobrikofF, il cherchait à lui expliquer en ces termes l'inquiétude de ses compatriotes : c( Excellence, je puis perdre mon enfant, j'en serai profondément abattu, mais je ferai tout mon possible pour rester maître de moi; je puis conduire ma femme au tombeau, j'en
aurai le cœur brisé, mais je chercherai à me relever. Mais mon peuple ne peut perdre son droit à l'autonomie, sans être abattu, sans cesser d'être lui-même. »
C'est ce que sentit aussi l'éloquent vice-consul anglais à Vibourg, Eugène Wolff, lorsque, dans son allocution classique au ministre Procopé, il soulagea son cœur par ces paroles :
(( Dites à Sa Majesté que nous avons été accoutumés à supporter sans murmure de cruelles destinées. A d'innombrables reprises, les gelées ont passé sur nos champs avares de récoltes, et l'agriculteur s'est vu souvent dépouillé en une nuit du fruit des durs travaux d'une année ; nous avons humblement supporté ces épreuves, nous
aidant les uns les autres, et nous confiant en Tavenir. Mais jamais le peuple de Finlande n'a encore subi une gelée comparable à celle du 15 février. »
Cest le même sentiment qui fit tressaillir tout le peuple, quand les Finlandais réussirent en quelques jours à faire couvrir une adresse monstre à leur grand-duc, de plus d'un demimillion de signatures, soit une par cinq habitants, petits et grands. L'histoire de ce merveilleux mouvement de pétition est connue ; qu'il soit permis de la rappeler ici à grands traits.
A peine le manifeste du 15 février était-il promulgué par le Sénat, qu'un comité de douze personnes commençait à Helsingfors les préparatifs de l'entreprise. Trois membres se char-