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mes n'ont-ils pas la beauté physique ? Pourquoi y a-t-il des infirmes, des bossus, des sourds-muets, des borgres, des aveugles ?
— D'un autre côté, il y a trop d'ordre, trop d'harmonie dans le monde visible pour qu’un homme raisonnable puisse parler de 4asard.
Admets donc un Dieu Créateur de toutes choses ; une divine Providence qui surveille
et gouverne toutes choses ; une vie future où
chacun sera récompensé selon \ses œuvres ; une chute originelle qui a gravement affaibli et vicié la nature humaine; un Dieu Sauveur qui a racheté l'homme déchu et lui a donné les moyens de reconquérir l'héritage céleste ; admets ces vérités et tu pourras résoudre tous les redoutables problèmes que nous offre l’humanité,
— J'admets volontiers que ton système est d'une logique rigoureuse : tout s'y tient et s'enchaîne. S'il y a quelque chose de vrai en fait de religion, c’est la doctrine catholique. Mais.... nous parlerons de cela plus tard. Maintenant, au revoir. Il faut que je m'en retourne.
Les trois compagnons se séparent. Vaughan
retourne chez sir Henry, tandis que Lam:rande et Leverdier regagnent leur hôtel.
— Tu avais bien raison, dit Leverdier ; c'est un grand malheureux plutôt qu'un monstre. Si nous pouvions apprendre aux hommes à croire comme nous leur apprenons à lire !
-- La foi est un don gratuit que Dieu accorde à qui Il veut. Remercions-le de ce qu'il a daigné nous faire ce don inestimable, tandis que tant d’autres, qui en auraient fait peut-être un meilleur usage que nous, ne l'ont pas reçu. Prions surtout pour ceux qui n'ont pas la foi. Ils sont comme les paralytiques dont parle l'Evangile qui ne pouvaient pas se porter d'eux-mêmes à la rencontre du Sauveur pour être guéris : il leur fallait le secours de voisins charitables. Les autres malades, qui représentent les pécheurs qui ont la foi, pouvaient se rendre sans aide aux pieüs du Christ. Si grandes que fussent leurs infirmités, si horribles que fussent leurs plaies, ils étaient moins à plaindre que les paralytiques, puisqu'ils pouvaient se placer sans aide sur le chemin de l'Homme- Dieu et crier : Jésus, Fils de David, ayez pitié de nous! Imitons les âmes chari-.
tables de la Judée qui transportaient les per-
clus aux bords des chemins où Jésus devait passer. Portons les perclus spirituels, ceux qui n'ont pas la foi, portons-les par nos prières et nos bonnes œuvres au-devant du divin Maître afin qu'Il les guérisse !
Pendant que les deux croyants s'entretenaient ainsi en regagnant leur appartement, Vaughan s’en allait lentement du côté cpposé. Il était pensif. Les paroles de Lamirande l'avaient étrangement bouleversé. Un malaise vague, indéfinissable, comme le pressentiment d'un malheur, l'oppressait. Des aspirations confuses, qu'il ne pouvait pas analyser, agitaient son âme.
George Vaughan avait rencontré Lamirande plusieurs années auparavant dans un voyage à Québec. Dès les premières paroles échangées il s'était établi entre eux une vive sympathie. Tous deux possédaient un caractère franc, loyal, ouvert ; tous deux énrouvaient de l'attrait pour la vraie politique et une invincible répulsion pour cette politique de contrebande dont la base est la corruption et dont le principal moyen d'action est l'intrigue, Mais là se bornaient la ressemblance entre eux.