PS
fe Be If
— Ne trouvez-vous pas quelque chose d'étrange dans sa conduite ?
— Oui, quelque chose d’étrange, ou plutôt quelque chose de nouveau; mais ce quelque chose n’a rien d’inquiétant. Allons!
Et les deux amis partirent pour Ottawa, fermement convaincus que Lamirande les y rejoindrait bientôt. Mais ils ne le virent plus jamais, ni à Ottawa, ni ailleurs.
Le cinquième jour après les funérailles, l’inquiétude causée par la disparition de Lamirande était devenue très vive. On songeait sérieusement à descendre à Québec pour y commencer des recherches, lorsque Leverdier reçut. la lettre suivante :
New York, le 2 avril 1946.
“ Bien cher ami, — Vous devez être tous dans l'inquiétude à mon sujet. Soyez rassurés, il ne m'est advenu rien de fâcheux. Je suis en parfaite santé et sain d'esprit.
‘“ Je quitte le monde pour toujours. Ne me cherchez pas, ce serait inutile. Je saurai bien m'ensevelir de telle sorte que personne ne me trouvera jamais.
“ Cher ami, ce n’est pas un sentiment d’amer-
tume, rien qui ressemble à la misanthrcpie qui me fait prendre cette détermination. Mon cœur n'a pas cessé d'aimer les choses terrestres. Le bonheur légitime d’ici-bas a toujours pour moi un attrait puissant. J'entrevois un avenir qui me sourit : une position élevée dans la patrie ; la confiance, l'estime, la reconnaissance de mes concitoyens ; de nouveaux liens domestiques qui m'uniraient plus étroitement encore à toi ; une femme admirable : de blondes têtes d'enfants... Ah! ne t'imagine pas que ce doux rêve me laisse indifférent, et qu'il ne m'en coûte pas d'y renoncer! Mais lorsque tu auras appris du Père Grandmont certains événements que je t'ai cachés, tu admettras que celui qui.a été l'objet de faveurs si extraordinaires ne doit pas rester dans le monde. Quand un homme a vu ce que j'ai vu, entendu ce que j'ai entendu, souffert ce que J'ai souffert, il ne lui reste plus qu'une chose à faire ici bas : prier, en attendant que Dieu l'appelle à Lui.
“Si je ne vous ai pas fait connaître d'avance ma détermination, à toi, à Vaughan et à Houghton, c’est que je voulais nous éviter des discussions qui auraient été probablement
pénibles et certainement inutiles. J'ai consulté le Père Grandmont qui m'approuve entièrement. Ne le questionne pas sur ma destination, il l'ignore.
“ Et maintenant, avant de te dire adieu, un mot, un dernier mot de politique, et un mot d'affaires. Le Père Grandmont te remettra ce que j'appelle mon testament politique. Tu en donneras communication aux amis, particulièrement à Houghton et à Vaughan. Vous y trouverez tout ce que j'aurais pu faire pour vous aider dans la tâche qui reste à accomplir : la séparation des provinces et l’organisation de la Nouvelle France. Je suis entré, ce me semble, dans tous les détails de ces deux grandes questions. Pesez le tout devant Dieu, et prenez en ce qui vous paraîtra utile. Quand même je serais resté au milieu de vous, Je n'aurais pu vous rien dire de plus. J'ai mis dans ce document tout mon petit bagage de savoir, d'expérience et de vues sur l'avenir. D'ailleurs, ce qui est surtout nécessaire, c'est, avec l'intégrité de la foi catholique, l'union intime de nos compatriotes. Or cette union, je le sens, se fera plus facilement autour de mon souvenir qu'autour de ma personne,
‘‘ Avec mon testament politique le Père Grandmont te remettra une procuration qui t'autorise à disposer de tout ce qui m'appartient. Je n’ai qu'un objet vraiment précieux : la statue miraculeuse de saint Joseph. J'aurais
voulu te la donner : le Père Grandmont me
l'a demandée avec tant d'instance pour la chapelle de Notre-Dame du Chemin que je n'ai pu la lui refuser. À toi je donne la feuille de lis qui en a été détachée par saint Joseph luimême.
‘“ Après avoir donné quelques souvenirs, à leur choix, à mes chers amis Vaughan et Houghton, tu feras de mes biens trois parts égales : une pour les pauvres, une pour ta sœur Hélène afin qu’elle puisse faire l’'aumône en priant pour moi, une pour le développement de l'œuvre que tu diriges.
‘ Enfin, saluez affectueusement pour moi tous les amis. |
‘Ami! Frère! adieu à tout jamais dans ce monde, et au revoir dans le beau ciel que Notre Seigneur Jésus-Christ. nous a conquis au prix de son très précieux sang. Ainsi soit-il. ” |
JosEPH LAMIRANDE.
à + LG
à | F ui: 1e Î M!
; ( L | ! 5 æ |! ff | .