SCENE V
JEANNOT puis FRANÇOIS.
JEANNOT (seul).
Voyons! combien de lignes qu’il me reste à faire encore ?.. (11 compte tout bas).
François (entrant doucement).
Jeannot!...je suis venu t’aider!...C’est trop d’valeur que tu restes seul, ici, pendant qu’on s'amuse dehors.
JEANNOT
Oh! ça ne me fait pas grand’chose, François! Ne perds pas ta récréation pour moi! On aura Lien le temps de s'amuser, v’là les vacances qui arrivent!
FRANÇOIS
Oui! c’est vrai, mais j'vais t'aider et cela ira plus vite! Passe-moi ton cahier, un instant; j'écris plus vite que toi!
JEANNOT
Non, non; va done jouer avec les autres? Je vais écrire ce qui reste.
FRANÇOIS
Donne-done, hein ? (il écrit).
JEANNOT
Tiens, François! J’m’en vais faire un marché avec toi: Jérémie travaille fort pour arriver le premier en bons points, et je sais qu’il te chauffe pas mal! Moi, je sais bien que je ne décrocherai pas un gros prix. Eh bien! les points que j'ai, ils sont à toi, si tu les veux?
FrANÇoIs (ému).
Mon cher Jeannot! Viens donc dire que je suis bon pour toi, après ceia! Mais ce que tu veux faire, me surpasse! Heureusement que je n’ai pas besoin de me servir de ton offre.
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mé dttinnisret énaiés-tens ie
Tu sais! des points, j'en ai pas mal! Depuis quelques semaines, j’en achète d’un côté et d’autre des élèves, sans qu’ils se doutent de mon idée, et, en fait de points, je suis presque certain d’arriver troisième!
FRANÇOIS (riant).
Ah! ah! ah! C’est pour ça que tu vends tes jouets et toutes ces choses?
JEANNOT (riant aussi).
Oui! Et ne sont-ils pas nigauds, hein ?
(On voit une tête apparaître à la fenêtre du fond» c'est Jérémie qui regarde dans la classe).
FRANçÇois.
Je compte à peu près le même nombre de points
que Jérémie, puis, j'en ai trois cents dans une enveloppe dans mon pupitre; je vais les remettre à
‘M. Laverge à la fin de la classe. Cela me placera
bien en avant de Jérémie!
JEANNOT
Bien sûr! Car Jérémie m’a montré ce matin les points qu’il avait à donner au professeur, et il n’en
a que deux cents. Tu le devances donc d’une centaine?
T'rançois.
Vois-tu, Jeannot, je tiens beaucoup à arriver le premier: mon oncle m’a promis en récompense de m'envoyer à une école plus avancée, en viile
JEANNOT
Tu fais bien, François! Tu as ni père, ni mère, et c’est ton oncle qui t’élève....Ca m’fait ben d’l: peine, moi, de n’pas pouvoir apprendre comme toi, mais j’n’ai pas d’talent!
FrANçÇoïs.
JEANNOT
Il est trop tard cette année pour que je me mette sérieusement à travailler….mais, l’année prochaine!..
FRANÇoïs.
Il est tard, oui, pour affecter le résultat de l’année scolaire qui finit, car il n’y a pas que les points que tu achètes qui comptent, mais il n’est jamais trop
tard pour apprendre...pour faire bien!..Mets-toi donc à l’œuvre immédiatement et rattrape aussi vite que possible le temps perdu.
JEANNOT (résol ument).
Mon bon François, tu as raison! Kt pour con.mencer par le commencement, comme on dit, donnemoi mon cahier, que je termine ma pénitence, moimême!....D’autant plus que voici l’instituteur qui r’vient, me semble!
FRANÇOIS
Alors, je m’sauve! (il sort).