CHAPITRE X
L'ABANDON DBS USAGES PABLEMENTAIBES NE SERAIT PAS UN BEMiDB
Sommaire. — La preuve est dé^ faite sur ce point. Exemples de rAutriche, de la France.
Le premier point est peut-être établi de façon assez forte, quoique indirecte, par les développements qui précèdent. La démonstration tout au moins est faite dans la mesure suivante : les maux les plus durement imputés au parlementarisme existent dans presque tous les systèmes représentatifs; donc ils ne tiennent pas à la forme parlementaire; donc ils ne disparaîtraient pas si la forme parlementaire était abandonnée, et d'ailleurs quel remède appliquer aux régimes non parlementaires?
La preuve existe que la renonciation aux règles essentielles du régime parlementaire ne rétablit pas Tordre. Cette preuve est donnée très complète par TAutriche. Après une longue pratique du régime représentatif et parlementaire, ce pays a vu naître dans ses Chambres une crise dont la violence et la durée ont déconcerté toutes les prévisions.
Cédant à une véritable nécessité pratique plutôt qu'à un sentiment hostile au régime parlementaire, l'empereur s'est décidé un jour à ne plus se conformer aux indications parlementaires pour le choix de ses ministres; il a tenté de gouverner avec des hommes indépendants à Tégard des Chambres. La crise ne s'est pas arrêtée du coup ; le Gouvernement a dû user d'une prérogative faite pour les circonstances extraordinaires, et prendre sans le Parlement des mesures très importantes. L'expérience si longue et si douloureuse de l'xVutriche prouve que l'abandon de la responsabilité politique des ministres ne rend pas à un pays représentatif le calme dont il est privé.
Au contraire, la suppression du régime parlementaire, quand il s'est implanté, est d'ordinaire lo signal d'une agitation qui ne prend fm que par le retour aux traditions. En France, lorsqu'en 1877 le Président de la République crut pouvoir congédier ses ministres parlementaires et les remplacer par des membres de la minorité, une immense émotion s'empara de la nation entière et ne se calma qu'après la constitution d'un cabinet emprunté à la majorité des Chambres.
La suppression du régime parlementaire est plutôt une cause de désordre qu'un moyen de rétablir l'ordre dans un régime représentatif.