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D'abord, Acidalie ne voulut pas croire à son malheur. Elle reprit son élan ! Vaine tentative. Une puissance mystérieuse la maintenait de ce côté du chemin. Impossible de faire un pas en avant ; elle ne pouvait même pas tendre les bras vers le bonheur qui souriait endormi, si près, sous un buisson de roses. Alors elle se mit à pleurer. Quoi? c'était possible ? c'était vrai? Elle ne serait pas assise à côté du chasseur, tout à l'heure, quand il s'éveillerait? Il ne la conduirait pas, pour en faire sa femme, dans le magnifique palais du roi?
Elle leva ses yeux tout mouillés de larmes vers le fil de la Vierge qui allait de la cime du chêne à la plus haute branche de l'orme. Hélas ! si fin, si délicat, toujours prêt à s'envoler sous la brise. Un roitelet, d'un coup d'aile, l'eût cassé; il aurait fallu qu'un papillon fût bien léger pour s'y poser sans le rompre. Si Acidalie, après avoir grimpé à l'arbre, se confiait du bout du pied, à peine, à ce rien frémissant, elle tomberait sur les cailloux, s'y briserait les os; on la trouverait, là, expirée, toute sanglante. Eh bien! n'importe, malgré l'impossibiUté de la réussite, malgré le trépas assuré, elle tenterait la seule voie qui lui était offerte vers le bonheur si proche, et si lointain. Oui, toute petite, toute frêle, souvent pleurante à cause d'une piqûre d'abeille, elle aurait le courage de braver la douloureuse mort !
Elle grimpa au chêne, atteignit, de branche en branche, la cime feuillue et murmurante, se pencha vers le fil... Oh ! comme elle avait peur ! comme elle tremblait ! Mais elle n'hésita qu'un instant. « O toi qui dors, le sourire aux lèvres, sous les roses! beau jeune homme! cher bonheur ! adieu, adieu ! dit-elle. Je ne te connais point et je meurs pour l'amour de toi.
Adieu! Je tâcherai de ne pas crier en tombant, de peur que tu t'effrayes; puisse le bruit de ma chute être assez léger pour ne pas t'éveiller du rêve où tu songes à moi 1 » Puis, résolument, elle s'avança; et vous imaginez sans doute qu'elle s'abîma vers les pierres, à travers l'air? En aucune façon.
Avant d'avoir touché la frêle blancheur mouvante, elle fut changée, — par la bonne fée sans doute, et ce fut la digne récompense de sa bravoure, — en la plus petite des coccinelles^ qui, très vite, de ses pattes menues, courut le long du fil, de la cime du chêne à la plus haute branche de l'orme. Mais, après la traversée, elle redevint, de bestiole, jeune fille, s'assit à côté du chasseur, sous le rosier épanoui, et le neveu du roi lui mit les bras autour du cou en disant : « Vous êtes plus jolie encore que mon rêve! Voulez-vous, petite bûcheronne, être princesse dans mon palais? »
Car ainsi que ronronnait le rouet de la bonne vieille — c'est en vain que de jalouses puissances nous veulent priver des joies qui nous sont dues ; si l'on a assez de courage
pour mériter l'appui des bonnes fées, on ne manque jamais d'atteindre le bonheur qui attend de l'autre côté de la route.