LIBRE PENSÉE
Dans le domaine de la Nature il ne faut pas observer bien longtemps pour se convaincre que tout change à chaque instant, se transforme, évolue; et cette évolution d’un degré inferieur à un degré supérieur constitue ce que nous appelons le progrès.
Or, le progrès, qui est le mouvement même, ne saurait être arrêté dans sa marche.
Il peut en être dévié, il peut manifester des retards, mais subir un arrêt complet ; non. Autrement, ce serait la mort absolue de tout ce qui existe.
Ce que nous observons sur le plan physique se produit également dans la sphère intellextuelle et morale, dans la sphère de la pensée, de l’esprit.
Aussitôt qu’une vérité est démontrée, on se met à la recherche d’une vérité nouvelle, et comme le champ des investigations est infini, la série des recherches se trouve être sans limites.
Chercher sans cesse, chercher toujours, se modifier de mal en bien, de bien en mieux, constitue le propre de la vie humaine.
Aussi restons-nous confondu quand il nous arrive d’entendre dire que sur le terrain de la libre-pensée il n’y a plus rien à faire croître ; que les religions étant détruite'i, le dernier mot de la perfection pour les Libres-penseurs est le matérialisme enseignant que la mort est la fin de tout être vivant, la fin de l’homme, conséquemment.
Il serait tout au moins sensé de garder le silence à ce sujet et d’attendre de l’expérience et du temps,, la solution du problème; autrement c’est couper court à tout esprit de recherche, à toute investigation de la pensée, c’est vouloir arrêter, en un mot, la marche du progrès.
N’y a-t-il pas d’autres états de matière que ceux que nous connaissons; et de ce que nous ne les voyons pas, s’ensuit-il qu’ils n’existent pas.
Le célèbre physicien anglais Crooks a découvert, il y a peu de temps, un de ces étals de matière que nous étions loin de soupçonner auparavant, et, pour ne parler que de celles-là, les expérience'^ modernes de magnétisme ne donnent-elles pas singulièrement à réfléchir.
Réservons donc la question, en nous met¬
tant à la poursuite de la vérité sur ce point comme sur bien d’autres.
Il ne faut pas que les Libres-penseurs songent seulement à détruire les religions — détruire ne sufût pas ; il faut remplacer, et l’affirmation doit succéder à la négation.
Or, la vérité est au-dessus de toutes les religions.
Et ces religions, nées, toutes, d’une meme souche, se sont toutes aussi appropriées une partie ce cette vérité, ce qui leur donne un fond commun.
Il n’y a qu’une et absolue vérité, seulement elle est perçue, rendue de dilîérentes manière suivant la différence des réceptivités intellectuelles, ou des intérêts particuli<3rs mis en jeu, d’où aussi la différence d’interprétation de cette vérité par les diverses religions.
La vérité une, absolue, a pour équivalent la moralité, et si nous faisons abstraction du dogme, dans toutes les religions nous trouvons un enseignement moral dont nous n’avons pas ici à apprécier la valeur.
Mais ce qu’il faut dire, c’est que si nous trouvons la vérité une, absolue, éternelle, sur laquelle nous puissions baser toutes les morales religieuses uniûées, purifiées et fondues dans une synthèse unique, nous pourrons hardiment briser, détruire toutes les religions avec leurs dogmes et leurs cultes, anéantir tous les clergés; nous aurons une lumière pour les remplacer, une boussole pour nous conduire : la morale découlant de la vérité, de la sagesse.
Et ainsi tous les hommes marchant sous la même bannière, n’ayant plus aucun sujet de division, n’auront plus aucune raison pour ne pas se considérer comme des égaux, se regarder comme des frères, quelle que soit leur différence de races et d’opinions.
Nos sociétés de Libre-Pensée s’étiolent dans une inaction inlellecluelle qui les désagrège et les tue moralement.
Aucun travail de pensée ne se fait en elles; donc aucune connaissance acquise, aucun progrès accompli, et ce fait se généralise chez tous les libres-penseurs, en général.
Pour mettre fin à cet état de chose si regrettable, à ce temps d’arrêt, nous les convions tous à marcher avec nous à la recherche de la vérité dans tous les départements delà Nature et de l’Etre, pour arriver à la connaissance de la matière et de ses lois, matière en dehors de laquelle rien n'existe.
C’est dans cet ordre d’idée que déjà nous avons présenté un travail spécial, au Congrès universel deo libres-penseurs, à Paris,
travail tiré de l’étude du Panthéisme antique dans sa conception grandiose, dans son lumineux ensemble, et son application sociale.
C’est cette doctrine Panthéistique si rationelle que l’Eglise chrétienne a poursuivi avec tant de fureur, en recherchant et détruisant tous les écrits qui en traitaient, en traînant ses adeptes sur les bûchers, témoin Giordano Bruno, en les calomniant pour chercherà déshonorer leur mémoire.
Pour continuer dans la voie que nous nous sommes traçée nous venons de contribuer personnellement à la fondation d’un organe spécial, où les discussions si stériles de la politique courante seront remplacées par des études scientifiques d’un genre spécial et des données sociologiques.
Cet organe, sous le nom de Lotus bleu, va paraître le 7 mars prochain.
C’est une Revue mensuelle qui s’adresse à tous les chercheurs désintéressés et de bonne foi qui, « las d’apprendre, veulent enfin savoir. »
A chaque personne qui en fera la demande, nous enverrons gratis et franco une brochure particulière qui, en les intéressant, nous en sommes sûr, les initiera au genre d’études que nous entreprenons.
Sera joint un prospectus qui renseignera plus amplement sur les sujets traités, sujets aussi étranges qu’étrangers à nos connaissances actuelles.
Nous sommes, du reste, à la disposition de tous ceux qui nous demanderont des explications.
Nous serions heureux si nous pouvions donner à nos groupes, et aux esprits librespenseurs une orientation nouvelle.
Dans cette fin de siècle où la Société semble craquer de toutes parts, où tout principe de justice est foulé aux pieds, où tout sentiment d’humanité, de solidarité est rejeté bien loin avec dédain, où l’égoïsme déborde, où l’immoralité règne en souveraine, c’est aux hommes de cœur, de conviction profonde, de résolution inébranlable, à réagir vigoureusement en éclairant la route à suivre pour l’amélioration du plus grand nombre et la conquête pacifique du bien être, du bonheur.
Nous voulons espérer que les libres penseurs sérieux et sincères nous comprendront en nous donnant leur aide.