Pourquoi nous sommes français [microforme]
Les deux dernières parties de cette étude, sauf qu''ques passages, ont été lues dans un concert donné au profit des bles sés français à St, Hyacinthe, le 4 Septembre dernier, et à St. Césaire, le 11 du méme mois. Sous sa forme actuelle, ce travail a été Lu devant l’Institut des Artisans de Montréal, le 14 Octobre, à l’ouverture des classes dun soir de cette société.
Mgr. Bourget assistait à cette séance. Le président de l'Institut est M. Napoléon Bourassa.
MONSEIGNEUR, Mesdames et Messieurs,
Appelé à lire quelque chose devant l’Institut des Artisans, j'ai dû subir, dans le choix d’un sujet, l'influence des préoc- Cupations que causent à tout le monde les graves évènements dont l'Europe est depuis deux mois le théâtre sanglant. Le conflit franco-prussien à son écho dans toute l'Amérique ; il réjouit les uns, il attriste les autres. Pour nous, Canadiens- Français, nous en éprouvons une douleur profonde. Nous aurions pu peut-être apprendre le triomphe des armes françaises sans émotion vive : le fait aurait semblé si naturel ! mais la France 2 essuyé des revers terribles, et du jour où elle
a perdu sa première bataille, du jour où elle a été envahie par l'étranger, le sang français qui, auparavant, coulait dans nos veines, je dirais, si je l’osais, presqu’à notre insu, nous l'avons senti s’échauffer et bouillonner. Parcourez aujourd'hui, notre Province d’un bout à l’autre, vous ne trouverez pas un seul d’entre nous qui ne fasse des vœux pour la France dans la guerre actuelle.
Et pourquoi ces sympathies en tiveur de la France plutôt qu’en faveur de la Prusse ? Pourquoi ? la raison en est simple ; c’est que nous ne sonimes pas Prus siens, mais Français, Dieu merci !
Je n'ai pas, non plus, l’idée de rechercher les causes de nos sympathies pour la France, qui est le pays de nos pères ; ce serait se demander pourquoi l’on aime ses parents, sa famille : je voudrais plutôt savoir comment il se fait qu'après un siècle de domination anglaise, nous soyions encore Français par la langue et les mœurs ; je voudrais savoir à quels mo-
tifs l’on doit attribuer notre oostination courageuse à garder et défendre les institutions qui nous sont propres, à rester, en un mot, un groupe national à part sur cette terre britannique.
Cette question a une certaine actualité au moment où l’on fait dans tout le pays des démonstrations pour la France, et j'ai cru en la traitant être agréable à une association canadienne-française aussi patriotique que l’est l’Institut des Artisans de Montréal.
La première pensée qui me frappe au début de cette courte étude, m'est suggérée par l'exposition même du sujet. En effet, savez-vous bien que, pris en soi, c’est de la hardiesse pour des sujets anglais d’affirmer publiquement qu'ils sont Français par le cœur. Néanmoins, la chose nous paraît toute naturelle et sans aucun danger. N'y a-t-il pas là un phénomène social qui doive attirer notre attention ?
Nous sommes une dépendance de l’empire britannique depuis un siècle : oui, vraiment, depuis cent années nous appartenons à l'Angleterre, et malgré tout nous conservons encore les mœurs, la langue et les lois civiles de notre première mèrepatrie, nous sommes encore Français, et cela, aujourd’hui, ouvertement, sans entraves et sans molestation. Si nous sommes ainsi en toute liberté ce que nous voulons être, c’est donc que l'Angleterre le veut bien.
Vous allez croire, Mesdames et Messieurs, que j'entre sur le terrain de la po- litique. Le ciel m'en garie ! et ne craignez rien. Je vous prie aussi de ne pas m'accuser sans m'entendre de tomber dans le paradoxe.
= Un des principes fondamentaux du droit international est qu’un peuple qui a passé sous la domination d’un souverain nouveau, conserve ses lois jusqu’à ce que celui-ci les remplace par d’autres. Or les traités nous ont garanti l'exercice li-