BENJAMIN SULTE-—POUTRINCOURT EN ACADIE
Les désaccords survenus entre Richelieu et l'Angleterre aboutirent (1626) à des hostilités. Du camp de La Rochelle, au printemps de 1627, le cardinal signa l'acte constituant
la compagnie des Cent-Associés, en vertu duquel le Canada et l’Acadie devenaient un terri-
toire colonial sous l’ancien nom de Nouvelle-France. Charles de Latour résolut de faire des démarches pour renouer des relations avec la mère patrie et conserver son autorité dans les forts et sur les terres qu'il administrait. 1] jeta les yeux sur son père, Claude de Latour, à qui les Anglais venaient (1626) d'enlever son poste de traite de Penobscot, et le vieillard s'embarqua, le 27 juillet 1627, porteur d’une lettre de son fils qui demandait au roi Louis XIII d'être nommé commandant de toute la côte de l'Acadie. L'accueil que lui fit le souverain n'est pas connu. À son voyage de retour (1628), il tomba dans la flotte de Kertk, qui venait de transporter quelques familles écossaises à Port-Royal, au nom de sir William Alexander, et fut pris.
Les expéditions du capitaine Charles Daniel au Cap-Breton, en 1629 et 1680 ; le retour de Claude de Latour en Acadie à la tête des Ecossais (1680), les combats qui s’en suivirent ; et le débarquement de Razilly, en 1682, avec des colons français, sont des faits connus. L'Acadie redevint possession française avouée. Cela n'empêche nullement Biencourt de prendre sa place dans l’histoire, tout ainsi que son père. À lui la gloire de la conservation de Port-Royal, et du développement des postes français dans la baie de Fundy! A lui l'honneur d’avoir attiré l'attention de ses compatriotes sur ces belles contrées, cent fois parcourues, cent fois incomprises. A lui l'hommage de l'histoire, puisque ses projets étaient grands, justes, sages, praticables, et qu'il avait le courage de les exécuter malgré l'indifférence de la mère patrie. Après la descente d’Argall à Saint-Sauveur et à Port- Royal, les Anglais ne sont pas revenus dans ces parages ; qui donc empêchait les Français de France de s'intéresser à la colonie acadienne ? Ceci: on en avait chassé les jésuites, et la reine régente, toute à la dévotion des jésuites, voulait bien croire que c'était un établissement ruiné. Qu'importe que Poutrincourt et son fils travaillent avec succès et patriotisme, que Lescarbot réimprime ses livres, que le commerce persévère dans l’exploitation du pays : on en a chassé les jésuites, et les jésuites disent que tout est détruit !
Cependant Biencourt étendra son commerce, il conservera Port-Royal, il implorera du secours, demandera à la France des cultivateurs, des artisans, des hommes d'ordre; il signalera le danger de l'approche des Anglais; une féconde idée nationale l’animera ; mais non, l’histoire n'existe pas où les jésuites ne gouvernent point. Le réveil provoqué par Poutrincourt servira la cause des révérends pères, ou il ne servira à rien. Tant pis pour la France !