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III. Caractères scientifiques

Les plus fréquentes des maladies simulées 1 sont celles qui présentent des phénomènes subjectifs, c'est-à-dire des symptômes que l'individu peut facilement créer : ainsi les névroses, la folie (sur 58 observations de simulation rassemblées par Laurent, 49 appartiennent à des criminels), l'épilepsie, les paralysies, la mutité, la stirdité, le bégaiement, la cécité.

Viennent ensuite les maladies à phénomènes objectifs. Ce

1 Boisseau, Des maladies simulées et des moyens de les reconnaître. Paris, 1810. — Laurent,1' Élude médico-légale sur la simulation de ta folie, 1866.

Maladies a conséquences judiciaires, m

sont des tumeurs, emphysème sous-cutané, du tympanisme, des hémorrhagïes, etc.

On peut reconnaître ces maladies à leurs symptômes peu précis et incertains; il faut bien avoir présent à l'esprit l'histoire clinique de chaque maladie, et*penser au mobile de l'acte. Les cas de surdité ou de folie sont les plus difficiles et les plus embarrassants. Le problème reste cependant toujours le même : déterminer l'état mental du prévenu.

Pour les individus qui encourent des peines judiciaires ou qui veulent être exemptés d'un service public, on peut demander qu'ils soient mis en observation.

La provocation de certains symptômes peut aussi embarrasser. C'est ainsi que des individus, pour exciter la commisération publique ou pour tout autre motif, provoquent des érythèmes, des maladies de la peau, l'œdème sous-cutané par insufflation d'air, des ulcères, des plaies, des mydriases.

Parmi les maladies communiquées, les plus importantes sont celles qui se transmettent par les organes génitaux : ainsi la chaudepisse, la vérole. La syphilis est communiquée par la nourrice, par le nourrisson ou par la vaccine *. Nous avons parlé ailleurs de cette épidémie si curieuse de Brives-la- Gaillarde 2. Nous rappellerons celle de Rivalta, où sur 46 enfants vaccinés 59 furent véroiés.

IV. Conséquences médico-judiciaires et règles de l'expertise;

Nous avons, dans un autre chapitre, longuement insisté sur les signes diagnostiques des maladies mentales et la valeur des différents symptômes qui permettaient d'apprécier l'état mental d'un individu.

1 Un fait historique montre combien autrefois la stfphilis était ou passait pour être contagieuse. En le cardinal Volsey, ministre de Henri VIII, fut mis en jugement devant la chambré haute pour avoir parlé bas à l'oreille de son maitre, avec l'intention de lui communiquer la syphilis^ dont il se savait atteint.

2 15 femmes, 9 maris, 10 enfants, dont 3 périrent ; à peu près 100 victimes. La sage-femme fut condamnée à deux ans de prison et cinquante francs d'amende. (Voir Précis d'hygiëne, etc., p. 318.)

Dans le monde, il y a de tels préjugés attachés à la folie, que pour qu'un individu la simule il faut qu'il y soit poussé par des raisons majeures. Dans un cas semblable, l'enquête doit surtout, avoir pour but de faire connaître : l'acte incriminé ou suspect, les conditions dans lesquelles il s'est produit, le mobile de cette action ou l'intérêt qu'un accusé peut avoir à simuler la folie. Il peut être utile, dans ces cas suspects, d'adresser au simulateur des questions captieuses et même des menaces, de le surprendre brusquement la nuit et même, si l'individu est placé en observation dans un asile, de le doucher ou de le traiter comme' s'il était réellement fou.

« Parmi les formes que les simulateurs ont adoptées, dit Laurent, on rencontre surtout l'imbécillité, la stupidité, la démence, la manie aiguë. Il y en a peu qui aient essayé de contrefaire des monomanies ; quelquesuns ont feint l'épilepsie, l'hystérie, le somnambulisme, différentes paralysies. En raison de la complexifé des phénomènes psychiques et physiques constituant chaque forme de folie, complexité indépendante de la volonté, il est impossible au simulateur de fournir au médecin-expert le cortège naturel des désordres appartenant à cette maladie. Les aliénés simulateurs pèchent en général par l'exagération de tel ou tel symptôme aux dépens ou en l'absence de tels ou tels autres. Il est quelquefois nécessaire de recourir à quelques moyens supplémentaires de l'examen direct pour mettre au grand jour le véritable état de l'individu qu'on examine. On doit alors employer ceux qui sont le plus en rapport avec la dignité humaine. »

Pour les maladies provoquées, les ulcères sont produits par substances épispastiques : l'écorce de garou

trempée dans du vinaigre, l'herbe aux gueux, les cantharides. Les plaies se rencontrent en un endroit où il a été possible de les faire, plus longues que larges et que profondes, correspondant avec le jeu de la main droite, et n'étant pas en rapport exact avec les perforations des vêtements.

Tardieu rapporte à cinq chefs principaux les expertises médico-légales consécutives à des procès pour des maladies accidentellement ou involontairement provoquées.

1° Maladies provenant de denrées alimentaires viciées, altérées ou falsifiées.

2° Empoisonnements ou asphyxies accidentelles (appareils de chauffage mal employés, braseros) ; emploi dans l'industrie de préparations vénéneuses : ainsi les accidents consécutifs à l'usage ou à la fabrication d'objets imprégnés de poisons (cosmétiques, papiers peints, fleurs). Un ouvrier atteint d'accidents déterminés par l'emploi du vert arsenical dans la fabrication des fleurs poursuit correctionnellement et intente une action civile contre son patron. Celui-ci est condamné.

On assimile aussi à l'imprudence ou à la négligence le fait d'avoir remis ou laissé prendre à un individu une substance avec laquelle il s'est donné la mort : scènes de cabaret — (une jeune fille, maîtresse d'un étudiant en médecine, s'empoisonne avec de l'acide arsénieux. L'étudiant et le pharmacien sont condamnés).

3° Erreurs dans la prescription ou l'administration des remèdes, dangers de certains traitements empiriques. Un enfant est atteint d'une maladie nerveuse que l'on peut attribuer à des passes magnétiques. 11 y a

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poursuite correctionnelle, action civile et condamnation.

4° Maladies contagieuses transmises des animaux à l'homme.

Les animaux domestiques atteints de charbon, rage, morve ou farcin, peuvent transmettre ces maladies par l'imprévoyance du propriétaire de ces animaux ou par suite des nécessités professionnelles de l'ouvrier ou du domestique. Les propriétaires et maîtres sont solidairement responsables du dommage produit.

5° Maladies contagieuses communiquées par un individu à un autre (blennorrhagie, syphilis).

Certes, il y a d'autres maladies contagieuses, mais la syphilis, à cause des conditions spéciales dans lesquelles se fait la transmission, mérite une mention spéciale. La transmission se faisant par contact, il est possible de remonter à la cause première, et puisqu'il y a dommage, on peut demander réparation. Tardieu distingue trois cas spéciaux de transmission :

1° Par rapports sexuels (procès entre époux, indemnités dans le cours de poursuites criminelles pour viols, attentats à la pudeur) ;

2° Par allaitement ;

3° Par contact ou inoculation accidentels (imprévoyance de syphilitiques, soufflage de verre, tatouage, vaccination, opération de certains rites religieux, ainsi la circoncision, et même par imprudence de médecins (instruments contaminés ; un scarificateur a donné la vérole à 200 personnes; expérimentation).

Comme le dit Tardieu, ne pas oublier, dans toutes ces expertises, qu'il faut avant tout et toujours s'en tenir à l'appréciation du fait particulier et des circonstances spéciales dans lesquelles il s'est produit, et ne

pas se laisser entraîner dans le vague des abstractions et des controverses doctrinales.

Pour les maladies communiquées, dans la généralité des cas, la syphilis a été transmise par les organes génitaux, par l'allaitement, par inoculation ou contacts accidentels.

Dans la syphilis des organes génitaux, il faut décrire les symptômes, leur marche, les divers accidents.

Dans la syphilis par allaitement (voir la thèse remarquable d'Appay : De la transmission de la syphilis entre nourrices et nourrissons, etcr Paris, 1875, n°41), la vérole peut être communiquée par le nourrisson ou la nourrice. Il faut examiner, a-t-on conseillé, l'enfant, la nourrice, les tierces personnes (parents de l'enfant, mari de la nourrice).

La syphilis congénitale est caractérisée par ses symptômes, son siège et sa marche (pemphygus, onyxis, plaques muqueuses , syphilis pulmonaire et hépatique , accidents qui se montrent entre la 3e semaine et le 5e mois) . Marche lente vers une terminaison fatale. Diday ( Traité de la syphilis des nouveaux-nés) a, dans une statistique de 158 cas, montré le début des accidents : avant un mois révolu, 86 fois ; avant 2 mois, 45 fois ; avant trois mois, 15 fois ; avant 4 mois, 7 fois ; une fois les accidents du début se sont montrés à 6 mois, à 8 mois, à 1 an, à 1 ans. L'élément capital et caractéristique est la plaque muqueuse près de la bouche, des narines, de l'anus ou organes sexuels, l'onyxis, le coryza rebelle ou nifflette, le catarrhe des bronches, la cachexie et une sénilité anticipée.

Dans l'examen de la nourrice, on constate que les accidents ne se sont montrés qu'après l'allaitement de cet enfant ; celui-ci a des accidents buccaux, et tout prouve que la maladie a débuté par le mamelon.

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C'est un bouton induré à l'extrémité ou à la base du mamelon. Il y a engorgement des ganglions de l'aisselle, et 4 ou 6 mois après, syphilides, alopécie, ganglions cervicaux. Rien aux parties génitales, sauf plus tard, lors des syphilis secondaires. Les organes génitaux doivent toujours être examinés, et il faut les opposer à l'état du sein.

Ainsi que l'a montré Tardieu, si on procède avec méthode et ainsi qu'il vient d'être indiqué, l'examen des tierces personnes est inulile et ne prouve rien. Est-ce que sans symptômes apparents le père ne peut pas être syphilitique, et d'ailleurs, N quel est le père?

On peut en dire autant du mari de la nourrice. Ce qui serait dans l'espèce une preuve plus importante, ce serait l'examen, s'il était possible, des nourrices antérieures données à l'enfant et qui auraient été atteintes d'accidents semblables.

Si c'est la nourrice qui donne la syphilis, il faut de même procéder à l'examen de la nourrice, du nourrisson, celui des tierces personnes n'a pas plus de valeur. Quand la nourrice a des enfants, il faut s'enquérir si ceux-ci sont demeurés sains malgré la maladie de leur mère. De même, une femme avant d'allaiter ce nourrisson avait eu des enfants sains ; depuis elle fait des fausses-couches et ses enfants meurent en bas âge.

Dans le cas de syphilis vaccinale, la pustule devient chancre, et les accidents se montrent consécutivement. Ces enfants ont pu ainsi donner la vérole à leurs mères qui ont vérolé leurs maris. — Rappelons que le bouton vaccinal va jusqu'au douzième jour ; la fausse vaccine dure de 7 à 8 jours ; quand il n'y pas de cicatrice, c'est la vaccinelle.

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