‹ Précis de médecine judiciaire [electronic resource]Chapitre 54 sur 208 · DE LA MORT APPARENTE · texte numérisé non relu

DE LA MORT APPARENTE

Tous les auteurs qui ont écrit sur ce sujet ont répété cette phrase de Winslow : « Mors certa, mors incerta, moriendum esse certum omnino, mortuum esse incertum aliquando. » L'étude que nous venons de faire des signes de la mort montre en effet la difficulté du diagnostic. Il y a un ensemble de signes, mais cet ensemble ne peut être réellement constaté que par un médecin.

La mort apparente a son histoire, ses légendes ; les récits les plus lugubres et les plus fantaisistes nous ont été transmis sur la possibilité de pareilles erreurs.

Ces observations qui nous viennent du passé, n'ont peutêlre pas une grande valeur scientifique. Elles signalent toutefois les inquiétudes du peuple, montrent le mal, et obligent les médecins et l'administration de prévenir ces accidents. Les ouvrages de Winslow, enl740, et dq Bruhier, en 1742, renferment tous les faits ou anecdotes alors connus, et dont le récit était bien capable de frapper l'esprit public. L'on frissonne à l'idée de ces malheureux qui, comme l'empereur Zénon, se réveillaient dans leurs tombes, ou que le scalpel de l'anatomiste animait brusquement (ainsi qu'il arriva, dit-on, à Vésale). Tous citent un certain gentilhomme normand du temps de Charles IX, François Civilis, qui semble avoir eu la triste spécialité de tribulations posthumes. Mis au monde par l'opération césarienne, pratiquée sur sa mère exhumée, il fut deux fois, après des combats, placé parmi les morts. Il s'intitulait dans tous ses actes, trois fois mort, trois fois enterré, et trois fois ressuscité par la grâce de Dieu.

Puis l'histoire de Mazarin et celle de l'abbé Prévost. Dans la troisième partie de son livre, M. Bouchut a réuni soixante-dix-huit observations anciennes, plus extraordinaires les unes que les autres : « elles resteront toujours dans le sujet qui nous occupe, ne fût-ce que pour témoigner de la faiblesse de l'esprit humain quand il est aux

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QUESTIONS GÉNÉRALES

prises avec l'ignorance, la crainte et la superstition. » A notre époque, quatre discussions au sénat (de 1863 à 1866), et des prix fondés par quelques philanthropes (prix Mauni, prix d'Ourches, prix Dugaste), ont mis à Tordre du jour et provoqué l'apparition de nombreux travaux sur la mort apparente et sur les signes de la mort.

Ce qui est hors de doute et de toute contestation, c'est, vu la difficulté du diagnostic de la mort, le délaissement et l'abandon possibles d'individus supposés morts ; dans d'autres cas, l'ensevelissement ou même le dépôt dans la bière sont trop précipités. Des individus ont été enterrés vivants. D'après M. Tourdes, en évaluant à 200 ou 220 décimètres cubes la capacité du cercueil, dont il faut retrancher 80 décimètres pour le volume du corps, il reste une provision de 120 litres d'air qui peut servir à l'entretien de la vie pendant une durée possible de vingt à trente minutes, qui peuvent bien compter pour un siècle. « Hebenstreit, calculant les dimensions du cercueil, pense que l'on peut y vivre d'une demi-heure à une heure. On se demande, dit Schneider, combien peut durer l'effroyable situation de l'homme qui se réveille dans la tombe? Il est vraisemblable que cette vie peut se prolonger pendant quarante minutes, une heure et même au delà. L'observation de M. Roger indique une durée plus longue, celle de trois heures. »

Les états morbides dans lesquels se présente ce que le public appelle la léthargie* sont assez nombreux. M» Tourdes en reconnaît sept formes différentes : les formes asphyxi* que> syncopale, hystérique ou nerveuêe, apoplectique > ané* mique et asthénique, toxique et mixte.

« Ces différentes variétés n'ont pas la même fréquence \ la première et la troisième fournissent les cas les plus nombreux ; la syncope et l'anémie viennent après ; les formes toxique et apoplectique sont les plus rares i M. Josat, sur 162 cas* relevés avec soin, place au premier rang l'asphyxie* puis viennent successivement la syncope, l'hystérie* l'apoplexie» le narcotisme et la commotion cérébrale; Pour la durée, l'hystérie occupe le premier rang, la commotion cérébrale le dernier. »

Ce sont surtout les femmes qui présentent ces cas assez

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fréquents de léthargie d'origine hystérique. Chez l'enfant nouveau- né, la mort est toujours suspecte, le même doute doit exister plutôt pour celle de l'enfant que pour celle de l'adulte.

D'ailleurs, dans tous les cas, il faut remonter aux maladies antérieures ou aux causes mêmes qui ont pu déterminer la mort, en s'accompagnant de phénomènes plus ou moins caractéristiques.

La durée varie avec ses causes, si elle est assez courte dans la commotion cérébrale et dans la syncope ; elle dure dans l'asphyxie et se prolonge dans les formes hystériques et la congélation.

D'après les relevés de M. Josat, sur 162 observations, la mort apparente a duré 7 fois, de 36 à 42 heures; 22 fois de 20 à 36 heures; 47 fois de 15 à 20 heures; 58 fois de 8 à 15 heures ; 30 fois de 2 à 8 heures.

Ajoutons que des noyés ont pu être rappelés à la vie, après avoir passé deux heures sous l'eau. On dit que la mort apparente par congélation aurait duré plus de 48 heures. En résumé, nous pensons que bien rarement cet état atteint ou dépasse une journée.

Bien que nous n'ayons pas à formuler de traitement, disons que celui-ci consiste à éloigner les causes et à rétablir les trois grandes fonctions compromises.

On cherche à rétablir la respiration (imitation des mouvements respiratoires, méthode de Marshal-Hall et de Sylvester, respiration artificielle)) à réveiller la sensibilité (électricité) excitants divers sur la peau, les muqueuses, les organes des sens), à ranimer l'action du cœur (saignée, transfusion du sang, moyens précédents).

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