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MAÇONNERIE DE MOELLONS

Le temps employé pour smiller les moellons varie en raison du degré de dureté de la pierre. D'après nos observations, un ouvrier, dans sa journée de dix heures de travail, peut smiller, pour la pierre dure, environ trois cents moellons, ayant une surface totale de parem'ent de 42 mètres carrés, ce qui fait en moyenne, pour chaque moellon, un parement de 0",20 sur 0*,20; pour la pierre tendre, ce travail s'élève à cinq cents moellons, dont la snrface totale de parement est de 19 mètres carrés.

Les moellons smillés sont employés à la construction des parements de murs ou de voûtes qui doivent rester apparents, et que Ton rejointoie seulement.

196. Taille des moellons piqués et ^appareil (38). Cette taille est faite quelquefois par les maçons; mais sur les chantiers importants, elle est confiée à des ouvriers spéciaux, appelés piqueurs de moellons. Pour exécuter ce travail, on opère ainsi qu'il suit : on commence d'abord par établir un chantier ^ c'est-àrdire un petit massif de C^SO à 0"*,60 de hauteur en pierre sèche, sur lequel on pose chaque moeUon pour le tailler; ce que l'on fait en le dégrossissant d'abord; puis, avec la laye ou la grosse hachette, en taillant parfaitement son parement, de manière k le bien dresser et à n'y laisser aucune flache; enfin, en coupant ses lits et ses joints bien d'équerre entre eux et avec le parement, et de manière k faire des arêtes très-vives. Quelquefois on trace les arêtes au moyen d'une petite équerre en fer; mais les ouvriers habitués k faire ce travail réussissent k équarrir parfaitement les moellons sans faire usage de cet outil. Les moellons d'appareil, qui sont ordinairement employés pour les tètes de murs, ou comme voussoirs, sommiers, etc.., sont taillés suivant les formes indiquées par des panneaux remis aux ouvriers et coupés d'après l'épure des ouvrages k exécuter.

Gomme pour le smillage (195), le temps employé pour piquer les moellons dépend de la dureté de la pierre. Un ouvrier piqueur peut tailler environ cinquante-deux moellons de roche dure, correspondant k 2 mètres carrés de parement, dans sa journée de dix heures de travail ; pour la pierre tendre, le produit ^**' *•• journalierest environ de cent cinq moellons,

fournissant 4 mètres carrés de parement.

Les coupes des moellons d'appareil étant très-variées, ce n'est que par des expériences directes que l'on peut se rendre compte du temps qu'exigera leur taille.

197. Pose des moellons. Gomme nous l'avons déjk dit au n* 193, les dispositions k donner aux moellons dans la maçonnerie doivent être les mêmes que pour la pierre

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détaille (483). Ainsi, jif^. 59, on a soin dans une même assise de placer un moellon court à côté d'un long, et de ne jamais faire correspondre les joints de deux assises en contact, afin qu'il y ait liaison complète dans toute la masse.

La pose des moellons n'offre pas les difficultés de celle de la pierre de taille (188) ; les morceaux étant plus petits, ils sont moins lourds^ et par conséquent plus maniables; aussi les pose-t-on totgours directement sur plâtre ou sur mortier de chaux, sans faire usagq de cales.

Pour la maçonnerie de moellons bruts ou smillés^ hourdée en mortier de chaux, après avoir nettoyé et mouillé Tendroit où il doit poser ses moellons, et arrosé ceux-ci s'ils sont trop secs, afin de faciliter Tadhérence du mortier k la pierre, le maçon étend une couche de mortier de O'fOS a 0",03 d'épaisseur sur Fassise, le long du parement du mur ou du massif qu'il construit; cela fait, il commence par poser sur celte couche de mortier les plus beaux moellons pour continuer le parement, en les tassant au fur et à mesure avec sa hachette sur la couche de mortier, et en les amenant dans le plan des lignes ou cordeaux. Après avoir posé un moellon, Touvrier doit avoir soin de garnir de mortier son joint montant libre, et de poser alors le moellon voisin sur la couche de mortier, en le poussant avec la hachette contre le moellon voisin, jusqu'à ce que Fépaisseur du mortier qui les sépare n'excède pas 0",02. L'ouvrier doit avoir soin de placer en dessous le plus beau des lits de chaque moellon, et de caler les moellons qui sont maigres de queue en enfonçant des éclats de pierre dans la couche de mortier. Chaque moellon doit être bien affermi et tassé avec la hachette sur la couche de mortier; sans cette précaution, les vides qui pourraient rester dans la maçonnerie occasionneraient des tassements qui nuiraient considérablement à la stabilité de la construction.

Une fois les moeUons des parements posés, l'ouvrier procède au blocage (176); pour cela, il étend un lit de mortier, en ayant soin d'en bien garnir le derrière des moellons de parements; alors il pose à bain de mortier les principaux moellons de blocage, en les entremêlant bien les uns avec les autres, de manière à obtenir une liaison complète, et en les affermissant avec la hachette; enfin, il arase l'assise en remplissant avec soin tous les vides qui se trouvent entre les moellons avec du mortier, dans lequel il enfonce des éclats de moe^ons, qu'il frappe avec la hachette jusqu'à ce que le mortier souffle de toutes parts.

Quand Fassise est ainsi arasée, le maçon ramasse avec soin le mortier qui recouvre les joints, et il l'applique sur le blocage. Beaucoup d'ouvriers enduisent les joints à chaque arase d'assise ; c'est une très-mauvaise habitude sous le rapport de la solidité de Fou-

r MAÇONIIERIE DB MOELLONB. %99

mge ainsi que sims eelui de réconomie de temps et de mortier. Ea effet, les joints étant ainsi enduits, le dessus de Vassise forme une surface lisse à laquelle la couche de mortier qui sert à poser l'assise supérieure adhère difficilement, surtout quand Tenduit a eu le temps de sécher, ou qu'il se trouve couvert de poussière. Pour obvier a cet ineouvénient, et pour obtenir l'adhérence complète, sans laquelle la solidité de la maçonnerie ne serait pas peu diminuée, on serait obligé de dégrader les joints pour enlever le mortier sec, afin que le mortier frais, en y pénétrant, relie bien entre elles les deux assises. Cesi surtout pour les maçonneries exécutées sur pied, c'est-a-dire sans échafaud, eu marchant dessus^ que cette précaution a de Timportance.

Dans les murs d'une faible épaisseur, on arase autant que possible chaque assise; mais pour les massifs il est bon de laisser des moellons faire saillie sur le plan de l'assise, afin de relier cette assise avec eelle qui sera placée dessus.

La marche à suivre dans l'exécution des maçonneries de moellons hourdées en plfttre n'est autre que la précédente, sous le rapport de la disposition des matériaux; mais la prise rapide du plfttre oblige d*apporter quelques modifications dans la manière d'opérer. Le maçon commence par préparer les moellons qui doivent former une certaine étendue du parement de l'assise, en les mettant provisoirement en place à sec$ il commande alors le g&chage d'une quantité de plfttre au plus suffisante à leur pose ; il enlève les moellons préparés, en les laissant dans l'ordre de leur emploi, afin de ne pas avoir à les choisir, et de pouvoir les poser avant la prise du plfttre dans ratige ; Il remue le plfttre qu'on vient de lui apporter, il en étale sur le tas avec sa truelle une quantité suffisante pour poser seulement deux ou trois moellons, lesquels étant en place, il pose de même les deilx ou trois suivants, et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'il ait employé tout le plâtre contenu dans son auge; il doit avoir bien soin de remplir les joints et de caler avec des éclats de pierre lee moellons maigres de queue, au fur et à mesure de la pose.

Pour faire le blocage ou garnissage, le maçon étale un lit de plâtre entre les moellons des parements, et dessus il pose les moellons, en laissant entre eux des joints d'une largeur suffisante pour qu'on puisse bien les remplir de plfttre; il doit dé plus avoir soin de bien poser tous les garnis à bain de plfttre.

Des maçons ont la mauvaise habitude de poser seulement sur plfttre les moellons des parements, et de garnir l'intérieur du mur à sec, en jetant ensuite sur ce garnissage du plftlre pour remplir les vides. On conçoit qu'une telle manière d'opérer ne peut fournir une maçonnerie bien pleine et présentant toute la solidité dont elle est susceptible; les ouvriers qui la suivent croient économiser le plâtre.

mais c'est une erreur, car ils en emploient autant et quelquefois plus que s'ils garnissaient convenablement.

Des ouvriers, dans un but d'économie, cherchent k employer le moins de plâtre possible, même quand ils font des maçonneries bien pleines. A cet égard, il convient de se tenir dans une juste limite, basée sur la faible différence qui existe entre le prix du mètre cube de pl&tre et celui de moellons.

Le plAtre, par son g&chage, foisonnant de 1/5 de son volume en poudre (88), et le prix du mètre cube de plâtre en poudre étant de 16 francs, le mètre cube de mortier de plâtre revient donc à ]3',33

Le mètre cube de moellons préparés pour être employés revient à. . . . 11 ,00

La différence est donc 3^,33

Ce qui montre que le prix du plâtre est loin d'être le double de celui des moellons, comme le croient généralement les ouvriers qui se préoccupent surtout d'économiser cette matière, souvent môme dans un but condamnable.

La pose des moellons piqués demande plus de soins que celle des moellons bruts. Elle se fait ordinairement sur du mortier de chaux ou de plâtre très-fin ; l'épaisseur des joints ne doit pas excéder un centimètre ; les moellons doivent être choisis tous de même hauteur pour chaque assise. Quand une assise est posée , on l'arase avec soin en taillant les moellons qui se trouvent avoir une trop grande épaisseur.

198. Mortier ou plâtre employé pour Vexécution des maçonneries de moellons. Gomme le fait voir le tableau suivant, la quantité de mortier ou de plâtre employée au hourdage des maçonneries de moellons est d'autant plus grande, que les moellons sont de formes plus irrègulières et de dimensions moindres.

TMeau des volumes de mortier et déplâtre en poudre employés par mètre cube de différentes maçonneries de moellons.

DÉSIONATIOIf BBS MAÇONHUnS.

■o&Tm.

eapoadn.

Maçonnerie de blocage en moellonnailles de formes irrégullères, et dont le volume n'excède pas O'^jOOd. .

Maçonnerie ordinaire de massifs ou de murs en moellons, dont les parements sont bruts ou smlUés, et les lits et joints ë]M)usinés et ëquarris

a. nb.

Maçonnerie de moellons smillës ou d'appareil pour parements de murs, voûtes, etc

Pour les maçonneries de meulière, les volumes du tableau précédent augmentent de leur i/7 à leur i/6. ^

MAÇONNEUIE DE MOELLONS.

190. Temps employé à Vex&cution des maçonneries de moellons. Ce temps varie suivant : i* la perfection apportée dans le dressage des parements vus; 2* l'épaisseur des maçonneries; 3* la hauteur à laquelle le travail est exécuté.

Nous avons plusieurs fois pris note du temps employé par un maçon limousin pour exécuter, dans diverses circonstances, un mètre cube de maçonnerie de moellons hourdée en plâtre; nous consignons dans le tableau suivant les résultats de nos observations.

DÉSUIUTIOU SIS MAçommiis.

Massifs, blocages et remplissages des reins de -VQûtes, sans aucun ébousinage de moellons

Murs de fondations, de terrasses, etc., au-dessus de 0",30 d'épaisseur, sans aucun parement, les moellons ébouslnés et bloqués le long des terres

Les mêmes, au-dessous de 0",30 d'épaisseur

Voûtes en berceau et murs de caves ou de clôtures au-dessus de 0".40 d'épaisseur, à deux parements, les moellons étant smllleB proprement avant leur emploi

îdem^ au-dessous de 0".40 d'épaisseur

Parements de voûtes d arête ou en arc de cloître

Murs en élévation, de {jr,¥^ au moins d'épaisseur, construits entre deux lignes, jusqu'à 3 mètres de nauteur, les moellons étant ébousinés et les parements devant être recouverts d'un crépi ou d'un enduit

Idem, de 3 à 8 mètres de bauteur

Idem, sur plan circulaire, élevés au plomb. Jusqu'à 3 mètres de bauteur

Idem, sur plan circulaire^ élevés au plomb, de 3 à 8 mètres de hauteur

Maçonnerie de moellons piqués, exécutée avec soin, pour parements de murs de caves, 4® clôtures ou de terrasses, les moellons étant servis tout piqués au maçon

Maçonnerie de moellons posés à sec pour perrés.

de limousin par mètre cnbe.

(*) Ces trois nombres doivent être augmentés de leur 1/5 environ lorsque les maçonneries ont moins de 0",40 d'épaisseor.

Lorsque la distance de laquelle on est obligé de barder les matériaux n*excède pas 10 mètres, un garçon est suffisant pour servir un maçon, c'est-à-dire pour gâcher son plâtre et approcher à pied d'œuvre tous les matériaux qu'il peut employer. Lorsque la distance de bardage excède 10 mètres, le nombre d'heures de garçon doit être augmenté en raison de l'excès de la distance de transport sur 10 mètres (186). Quand les maçonneries sont hourdées en mortier de chaux, il faut ajouter au temps du garçon celui nécessaire k la fabri-

cation du mortier employé (76), cette fabrication ne faisant pas partie du service ordinaire.

SOO. Déchet produit par la taille des moellons. Ce déchet varie en raison de la forme plus ou moins régulière des moellons bruts et du degré de perfection apporté dans la taille ; il est impossible de poser des nombres qui le représentent généralement.

Le déchet qu'éprouvent les moellons èbousinés est à peu près compensé par les 0",03 que Ton donne ordinairement en plus du mètre à la hauteur du métrés et par la partie de mortier qui empêche le contact des moellons.

Les moellons smillés ayant subi une taille plus considérable que ceux simplement èbousinés, ils éprouvent nécessairement un véritable déchet, c'est-k-dire que le mètre cube de moellons bruts ne peut fournir 1 mètre cube de maçonnerie de moellons smillés; ce déchet varie de 1/iO k 1/5, en sus de Texcédant donné àTcmmétrage des moellons.

Pour les moellons piqués, dont la taille est plus parfaite encore que pour les précédents, le déchet varie du 1/4 au 4/3.

Enfin, pour les moellons d'appareil, le déchet est d'environ moitié.

Bans ces évaluations, les moellons trop petits pour être taillés ne sont pas comptés comme déchet ; on les emploie comme garnis^ soit pour rintérieur des murs, soit pour les reins des voûtes.

Haç onnerie «• naenlière*

201. Le mode ^exécution de la maçonnerie de m£ulière est k peu près le même que pour celle de moellons (193), ce qui tient ^ ce que, sous le rapport du volume, les blocs de meulière sont de véritables moellons. La facilité avec laquelle le mortier adhère k la meulière, en pénétrant dans ses nombreuses cavités, ainsi que la presque in> destructibililé de la plus grande partie de cette pierre, soft par Tea», soit par la gelée, la rendent très-propre pour ^exécution des constructions hydrauliques.

202. Taille de la meulière. Par sa nature, la meulière n'est pas susceptible d'être taillée proprement; on parvient cependant k en obtenir des parements d'une assez grande perfection.

Souvent on se contente de dégrossir simplement les morceaux de meulière , et de rejointoyer les parements apparents de la construction; mais le plus ordinairement on les emploie tout bruts, tels qu'ils arrivent de la carrière.

Pour faire le piquage et le smillage de la meulière , on se sert du couperet et du marteau (27). Le maniement de ces outils réclame une grande habitude pour joindre l'activité k la perfection. Ce travail est

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