LÉON XIII, PAPE
Vénérables Frères^ salut et bénédiction apostolique
Tout récemment, comme vous le savez. Nous avons, par Lettres apostoliques, décrété Tannée sainte qui doit être prochainement, célébrée d’après la coutume et la règle antiques, dans cette bénie Ville de Rome. Aujourd’hui, pour assurer et préparer la célébration plus parfaite de cette religieuse solennité, nous prenons l’initiative d’un dessein grandiose duquel, si tous le prennent à cœur et s’y
(1) Pour plus de détails sur la Mère Marie du divin Cœur et les origines de la Consécration du genre humain, voir le Messager du Sacré Cœur, 1905, p. 739 et suiv.
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prêtent avec un accord empressé; nous attendons à bon droit pour le nom chrétien d'abord, puis pour toute la société humaine des fruits insigaei et des fruits qui demeureront.
Plus d'une fois déjà, suivant l’exemple de nos prédécesseurs Innocent XII, Benoît XIII, Clément XIII, Pie VI, Pie VII et Pie IX, Nous Nous sommes efforcé de sanctionner et de mettre en meilleure lumière la très louable dévotion qui a pour objet le culte du Sacré Cœur de Jéscs ! principalement par notre décret du 28 juin 1899, qui élève la fête du Sacré Cœur au rite de 1^- classe. Maintenant l’idée d’un hommage plus splendide occupe notre esprit, hommage qui sera comme le couronnement et le parachèvement de tous les honneurs qui ont coutume d’être rendus au Sacré Cœur; et nous avons la confiance qu’il sera très agréable à Jésus-Christ notre Rédempteur. Toutefois le projet dont nous parlons n’est pas proposé aujourd hui pour la première fois. En effet, il y a environ 25 ans, à la veille des fêtes du deuxième centenaire de la mission divinement confiée à sainte Marguerite -marie ÀLACoquE de propager le culte du divin Cœur, des requêtes, émanant non seulement de personnes privées mais aussi d’Evêques, parvinrent de partout eu grand nombre à Pie IX, pour qu’il daignât consacrer au Sacré Cœur de Jésus la société humaine tout entière. 11^ parut préférable d’ajourner cette proposition pour en décider plus à loisir; en attendant, autorisation était accordée aux pays qui le désireraient de faire leur Consécration d’après une formule indiquée. Maintenant que des motifs nouveaux sont survenus, nous jugeons le projet mûr pour l’exécution.
D’abord, ce grandiose et suprême hommage de dévouement et de piété est tout à fait dû à Jésus-Christ, comme au Souverain Seigneur et Maître. En efifet, son empire ne se borne pas aux nations catholiques, ni même à tous ceux
qui, dûment baptisés, appartiennent de droit à l’Eglise, bien que des erreurs de doctrine les engagent hors de la voie, ou que des dissensions les isolent de la charité; il s’étend encore à tous, autant qu’ils sont, qui vivent étrangers à la foi chrétienne ; de sorte qu’en toute vérité l’universalité du genre humain est sous le pouvoir de Jésüs-Christ. Car à Celui qui est le Fils unique du Père, en identité de substance avec Lui, « U Rayon de sa gloire et V Image de son Essence'^ », tout doit être commun avec le Père et partant aussi le souverain domaine de toutes choses. C’est pourquoi le Fils de Dieu dit de Lui-même, chez le Prophète : « Pour Moi J’ai été constitué roi sur Sion, sa sainte montagne. — Le Seigneur M’a dit : Tu es mon Fils. Je T’ai engendré aujourd’hui. Demande- Moi et Je Te donnerai pour héritage les nations et pour domaine la terre jusgu’à ses extrémités'^. » Par où II déclare avoir reçu de Dieu le pouvoir à la fois sur toute l’Église, signifiée par la montagne de Sion, et sur le reste de la terre aussi loin que s’étendent ses limites. Quant au fondement de cette domination, il est assez indiqué par ces paroles : « Tu es mon Fils » . Par là même en effet qu’il est le Fils du Roi, il est héritier de tout le pouvoir; d’où ces paroles : ^ Je Te donnerai les nations en héritage » . L’Apôtre tient le même langage : « Il U a constitué héritier de toutes choses^ ».
Mais ce qu’il faut considérer par-dessus tout, c’est ce que Jésüs-Csrist a dit Lui-même de sa royauté, non plus par l’organe des apôtres et des prophètes, mais de sa propre bouche. A la question que Lui pose le magistraf romain : « Ainsi donc vous êtes roi^) » Il répond sans
(1) Hébr. 1, 3.
(2) Ps. 2.
(3) Hcbr. 1,2.
(-i) vS. Jean, 18, 37.
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hésiter : « Vous Vavez dit, je suis roi, en effet *. Et la grandeur de sa puissance^, l’étendue illimitée de son royaume, voyez-les manifestées dans ces paroles plus évide tes encore qu’il adresse aux apôtres : « Toute puissance m'a été donnée au Ciel et sur la terre'^ *. Si toute puissance a été donnée au Christ, il en résulte que son empire doit être souverain, absolu, entièrement indépendant; rien ne Lui est é^gal ni ne peut Lui être comparé. Si cette puissance Lui a été donnée au ciel et sur la terre, les terres et les deux doivent se courber sous son obéissance. Et de fait, Jésus-Christ a exercé ce droit spécial, que nul ne partage avec Lui, en ordonnant aux apôtres de propager sa doctrine, de régénérer les hommes dans le baptême pour les incorporer à l’Église, d'imposer enfin à tous des lois que nul ne pourrait repousser sans mettre en péril son salut éternel.
Mais ce n’est pas tout. Le Christ n’est pas seulemen Roi par droit de naissance, en tant que Fils unique de Dieu: Il l’est encore par droit de conquête. Car « Il nous a arrachés à la puissance des ténèbres"^ *. * Il s'est donné Lui-même pour notre rançon^ >. Et de ce chef, ce ne sont pas seulement les catholiques et tous ceux qui ont reçu le baptême chrétien, ce sont à la vérité tous les peuples et tous les individus qui sont devenus sa conquête 4. « Vous demandez ce qu’il a acheté? — dit très bien à ce sujet saint Augustin. — Par le prix qu’il a payé, on peut juger ce qu’il a pu acquérir en retour. Le prix payé, c’est le sang du Christ : trouvez une chose de valeur égale ! Est-ce trop du monde entier? est-ce trop de toutes les nations? Ce qu’il a donné, vaut toutè. »
(1) S. Matth., 28, 18.
(3) 1 Tim., 2, 6.
(4) I S. Pierre, 2, 9.
(5) Traité 120 sur 8. Jeau.
(2) Coloss., 1, 13.
Mais pourquoi les infidèles eux-mêmes sont-ils soumis à la puissance et à la domination de Jésus-Christ? Saint Thomas en donne parfaitement la raison. Parlant du pouvoir judiciaire. du Christ, il se demande si ce pouvoir s’étend à tous les hommes ; et d’après ce principe que le pouvoir judiciaire découle de la puissance royale, il conclut en termes formels : « Le Christ a pouvoir sur toutes choses, bien qu’il n’exerce pas encore en fait cet empire universel ». Cette puissance et cet empire du Christ s’exercent par la vérité, par la justice et surtout par la charité.
A ces deux titres de sa puissance et de son domaine sur nous. Il permet dans sa bonté que nous en ajoutions à notre gré un troisième. Nous voulons dire la Consécration volontaire. Certes, Jésus Christ, à la fois Dieu et Rédempteur, est en possession pleine et entière de toutes choses. Pour nous, notre dénuement, notre indigence sont si profonds que, de nous-mêmes, nous n’avons absolument rien à Lui offrir. Mais telle est sa bonté, son amour infini pour nous, qu’il veut bien agréer que nous Lui offrions et Lui consacrions, comme s’ils étaient nôtres, ses propres biens. Ce n’est pas assez de dire qu’il l’agrée : Il le désire. Il le demande : « Mon fils, donne-Moi ton cœur^ » . Nous pouvons donc sûrement Lui être agréables par l’offrande spontanée de nos affections. Et de vrai, nous consacrer à Lui, c’est montrer que nous reconnaissons et acceptons volontiers son domaine ; c’est prouver qu’en réalité, si la chose offerte nous appartenait, nous serions très heureux de la Lui donner; et que nous Le supplions de daiguer, quoiqu’il en soit Maître, l’accepter comme venant de nous. Telle est la portée de l’acte auquel Nous vous convions ; voilà le sens de Nos paroles. Et puisque
(2) Prov. 26, 25.
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le Sacré Cœur est le symbole et la vivante image de l’infinie charité de Jésus-Christ, laquelle nous porte à L’aimer en retour, il est tout indiqué de se consacrer à son Cœur très auguste, ce qui revient à se dévouer et à s’attacher à Jésus-Christ, parce que tout honneur, tout hommage, toute démonstration pieuse envers le divin Cœur s’adresse véritablement et proprement à Jésus-Christ Lui-même.
En conséquence, Nous engageons et exhortons tous ceux qui ont la connaissance et l'amour du divin Cœur, à faii-e cette Consécration. Notre vif désir est qu’au même jour s’élèvent, toutes en même temps, vers les parvis célestes, les protestations de tant de milliers de cœurs faisant la même Consécration. — Mais laisserons-Nous dans l’oubli ces innombrables malheureux aux yeux desquels la vérité chrétienne n’a pas encore brillé? Nous représentons Celui qui est venu sauver ce qui avait péri. Celui qui a offert son 'sang pour le salut du genre humain tout entier. Aussi avons-Nous continuellement à cœur d’appeler à la vie véritable ceux qui sont assis dans l’ombre de la mort. A cet effet. Nous envoyons dans toutes les parties du monde les messagers du Christ pour les instruire. Et maintenant, ému de leur triste sort, N'ous les recommandons avec plus d’insistance au Sacré Cœur de Jésus, et Nous les Lui consacrons, autant que cela dépend de Nous. — De cette manière, cette Consécration, que Nous conseillons à tous, sera profitable à tous.
Après cet acte, ceux en qui régnent la connaissance et l’amour de Jésos-Christ, sentiront facilement croître en eux leur foi et leur amour. Ceux qui, tout en connaissant le Christ, négligent sa loi et ses préceptes, pourront ravir à ce Cœur Sacré la flnmme de la charité. Pour ces victimes, encore bien plus malheureuses, d’une aveugle superstition, nous demanderons tous, d’un même cœur, le secours céleste, afin que Jésus- Christ, de la puissance duquel elles relèvent, exerce un jour sur elles son empire ; non
seulement dans le siècle futur, lorsqu’il accomplira sur tous sa volonté en sauvant les uns et en punissant les autres 1, mais aussi en cette vie mortelle, en leur accordant la foi et la justice. Que par ces vertus, ces malheureux puissent rendre à Dieu le culte qui Lui est dû et parvenir à la félicité éternelle dans les deux !
Cette Consécration apporte également aux États l’espoir d’une situation meilleure. Elle peut en effet renouer ou resserrer les liens qui, en vertu même de la nature, unissent à Dieu les Sociétés. — En ces derniers temps, l’on s’est efforcé de dresser un mur entre l’Église et la Société civile. Dans la constitution, dans l’administration des États, il n’est tenu aucun compte du droit divin, de son inviolable autorité. On vise à ce qu’aucune influence religieuse n’atteigne les relations de la vie sociale. Ce qui équivaut à supprimer la foi du Christ, et, s’il était possible, à bannir Dieu même de ce monde. Une fois les esprits enflés d’une telle arrogance, quoi d’étonnant à ce que la plus grande partie du genre humain soit en proie à des bouleversements, soit ballottée par des flots qui ne laissent personne à l’abri de la crainte et du danger? Dès que la religion est dédaignée, par une conséquence nécessaire, les remparts les plus assurés de la sécurité publique s’écroulent. Mais Dieu, résolu d’infliger à ces rebelles un châtiment juste etmérité,le8 livre à leurs propres passions, afin qu’ils en soient les esclaves et qu’ils se perdent euxmêmes par l’excès de leur propre licence.
De là, ce déluge de maux qui depuis longtemps nous accablent, et qui exigent impérieusement que l’on demande du secours à Celui qui seul peut nous délivrer. Et quel est ce Sauveur, sinon Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu? « Car J sous le ciely nul autre nom n’a été donné aux hommes pour que nous y cherchions notre salut"^. »
(1) S. Thom., l. c.
(2) Act., 4, 12.
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C'est donc à Lui qu’il faut recourir, à Lui qui est la voie, la vérité et la vie.
L'on s’est égaré : il faut reprendre la voie ; les ténèbres se sont épaissies dans les intelligences : il faut que la lumière de la vérité dissipe cette obscurité ; la mort nous envahit : il faut s’attacher à la vie. Alors enfin, il sera loisible de guérir tant de blessures ; alors, le droit refleurira ; on pourra espérer lui voir reprendre son ancienne autorité; la paix sera rétablie avec ses charmes, ses avantages ; le glaive, les armes tomberont des mains, lorsque tous accepteront avec joiè l’empire du Christ, lorsque tous Lui obéiront, et que « toute langue confessera gue Notre- Seigneur Jésus-Christ est dans la gloire de Dieu son Père i > .
Lorsque l’Église, au lendemain de son origine, gémissait sous le joug des Césars, la Croix apparut dans les airs à un jeune Empereur, pour lui promettre et lui donner un éclatant et prochain triomphe.
Voici qu’aujourd’hui s’offre à tous les regards un autre signe, un autre présage divin : le Cœur Sacré de Jésus, surmonté de la Croix, brillant d’un radieux éclat parmi les flammes qui l’entourent. C’est en Lui que doivent se placer toutes les espérances, c’est de Lui qu’il faut 'demander et attendre le salut.
Enfin, Nous tenons à le mentionner ici, une cause qui Nous concerne personnellement, mais qui a bien aussi son fondement et son poids. Nous a déterminé à ce projet; c’est que l’Auteur de tout bien Nous a dans une circonstance récente sauvé d’une grave maladie. En contribuant à augmenter les honneurs rendus au Sacré Cœur de Jésus, nous voulons donner un témoignage public de Notre reconnaissance.
C’est pourquoi, Nous ordonnons que les 9®, 10®
(1) Phil., 2, 11.
.lie jours du iQois de juin prochain, dans Téglise principale 'de chaque ville ou localité, des prières déterminées se disent publiquement. Chacun des jours indiqués, on ajoutera aux autres invocations les Litanies du Sacré Cœur approuvées par Notre autorité. Le dernier jour, on récitera la formule de Consécration que Nous vous envoyons. Vénérables Frères, en même temps que cette Lettre.
Comme gage des dons célestes et comme témoignage de Notre bienveillance, Nous accordons affectueusement dans le Seigneur, à vous, au clergé et au peuple soumis à votre juridiction, la bénédiction apostolique.
Donné à Rome, près de Saint-Pierre, le 25 mai 1899, de Notre Pontificat la 22e année.
LÉON XIII, Pape.
Formule de la Consécration du genre humain
qui^ sur Vordre de Léon XIII, dut être, le 11 juin 1899, récitée dans les églises du monde entier.
Très doux Jésus, Rédempteur du genre humain, jetez les regards sur nous, qui sommes humblement prosternés aux pieds de votre autel. Nous sommes à Vous, nous voulons être à Vous; mais pour pouvoir être plus étroitement uni à Vous, chacun de nous, spontanément, se consacre aujourd’hui à votre Cœur sacré.
Beaucoup ne Vous ont jamais connu; beaucoup, méprisant vos commandements, vous ont renié î
Ayez pitié des uns et des autres, ô très doux Jésus, et attirez à votre divin Cœur tous les hommes.
Établissez votre royauté. Seigneur, non seulement sur les fidèles qui jamais ne se détachèrent de Vousj mais aussi sur les fils prodigues qui vous ont abandonné : ramenez-les bien vite à U maison paternelle, pour qu’ils ne périssent pas de misère et de faim.
Établissez votre royauté sur ceux que les opinions erronées ont déçus ou que la discorde a éloignés ; rappelez-les
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au port de la vérité et à Tunité de la foi, afin que bientôt il n’y ait plus qu’un seul bercail et un seul pasteur.
Établissez votre royauté sur tous ceux qui sont plongés dans les vieilles superstitions des gentils; ne refusez pas de les amener des ténèbres à la lumière et au royaume de Dieu.
Accordez, Seigneur, à votre Église de s’épanouir dans la liberté et la paix.
Donnez à toutes les nations la tranquillité dans l’ordre ; faites que d’un pôle à l’autre une seule voix s’élève pour crier : « Louange au divin Cœur à qui nous devons le salut ; à Lui soit gloire et honneur à jamais. Ainsi soit-il. »
Résumé de l’Encyclique.
Nous croyons obliger et servir nos Lecteurs, en leur présentant un exposé sommaire de ce document mémorable, vraiment principal dans l’histoire de la dévotion au Sacré Cœur de Jésus. Nous donnerons, — tels que nous les concevons, — le plan et la suite des idées.
Introduction. (Jusqu’aux mots : nous jugeons le projet mûr pour V exécution.) Le Pape fait ressortir d’abord combien l’heure est propice.
lo A la veille de l’année sainte, cet acte solennel de dévotion disposera les fidèles à la sanctification du jubilé. • .
2o Cette glorification suprême du Sacré Cœur a été' graduellement préparée. Après les sanctions et les encouragements de six Pontifes et de Léon XIII lui-même, cette dévotion est mise en pleine lumière. Déjà, passé vingt-cinq ans, la Consécration au Sacré Cœur de la société humaine tout entière fut sollicitée avec de vives instances. Si le projet fut pour lors différé, l’autorisation accordée aux divers pays de se dévouer spontanément à ce Cœur divin, fut comme un prélude de la démonstration éclatante qui allait, suivant les paroles du
RÉSUMÉ DE l’encyclique DE 1899 279
Pape, porter à leur comble les honneurs que reçoit le bœur de Jésus
Première partie. I. Première raison pour faire cette consécration : la royauté que Jésus-Christ possède sur le monde entier. (Jusqu’aux mots : voilà le sens de nos paroles.)
lo Notre Seigueur est vraiment roi de tout l’Univers.
a) Il l’est par sa naissance, comme Fils éternel de Dieu. La raison, les Écritures démontrent cette royauté. Luimême l’a solennellement affirmée; Il l’a exercée même en envoyant les apôtres soumettre tout l’Univers à sa loi.
b) Il l’est par droit de conquête. Le sang qu’il a répandu est la rançon de tous les hommes.
2o La consécration volontaire au Sacré Cœur, sans enrichir Celui qui possède tout, ajoute cependant un nouveau titre aux premiers : la reconnaissance libre et spontanée de cette royauté. C’est là ce qui donne à cette offrande sa raison d’être et son mérite. Fiers et heureux d’appartenir à Jésus-Christ, nous protestons que, si déjà Il n’était maître de tout, nous nous empresserions de Lui donner l'empire sur toutes choses et sur nous-mêmes.
II. Réponse à deux questions, ou solution de deux difficultés. (Jusqu’aux mots : sera profitable à tous.)
lo On pourrait se demander ici : pourquoi précisément faire au Sacré Cœur cette consécration, plutôt qu’à Jésu Christ Lui-même?
(1) Nous pouvons déduire de là ce qui différencie la manifestation de 1899 de celle de 1875, L’initiative vient en 1899 du chef de l’Église universelle, qui consacre au*thentiquement l’humanité entière au Sacré Cœur de Jésus : les fidèles ne font que s’associer au Pasteur suprême. En 1875, le Pape concédait aux fidèles, aux diocèses, aux pays qui avaient cette dévotion, de faire une consécration qui n’était ni celle du genre humain, ni celle de toute l’Église. A l’entrée du XX« siècle, l’acte est prescrit, imposé à chaque ville ou localité chrétienne. Il n’était, 25 ans auparavant, que permis et encouragé.
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Le Pape répond que c’est bien à Jésus Cürist qu’on s'attache, en se dévouant au Sacré Cœur, puisque « tout hommage au divin Cœur s’adresse en toute vérité à Jésus- Christ Lui-même » . Mais cette consécration est un retour d'affectueuse reconnaissance pour des avances non pareilles. N’est-il pas naturel dès lors d'aller à Jésus par ce Cœur qui est le symbole vivant de sa pressante charité?
2o Reste à résoudre une difficulté. Comment cette consécration pourra-t-elle être celle de l’humanité entière? Les fidèles s’uniront à leur Pasteur : 'cela se conçoit. L’autorité a qualité du reste pour agir au nom de la société qu’elle gouverne. Mais de quelle façon y faire participer les infidèles?
Admirons ici les vues élevées du Souverain Pontife. Léon XIII rappelle qu’il représente Jésus-Christ qui a versé son sang pour le salut de tous : des païens aussi bien que des catholiques. Cette rançon, donnée par le genre humain tout entier, impose au Pape la mission sacrée de travailler au salut de tous, d’envoyer aux peuples égarés des messagers de Jésus-Christ. N’est-elle pas aussi un titre qu’il peut faire valoir auprès de Dieu pour plaider la cause des infidèles, faire offrir pour eux des sacrifices, les confier au Cœur de Celui qui les a rachetés, dans la vue de faire descendre sur eux des grâces de lumière et de réconciliation?
Seconde partie. Seconde raison pour faire cette consécration : les effets salutaires qui en résulteront pour les individus et pour la société. (Jusqu’aux mots : c’est de Lui qu’il faut demander et attendre le salut.)
10 Pour les individus, a) Les bons sentiront croître en eux la foi et l'amour.
h) Les chrétiens tièdes et relâchés retrouveront la ferveur.
c) Les malheureux plongés dans les ténèbres de l’erreur prendront le chemin de la vérité.