‹ Pratique et doctrine de la dévotion au Sacré CœurChapitre 111 sur 334 · I. L'Eucharistie , richesse des temples catholiques · texte numérisé non relu

I. L'Eucharistie , richesse des temples catholiques

1. 1. En entrant dans une église, que cherchons-nous d'instinct? L’autel du Saint-Sacrement. Qu’est-ce qui nous fait ployer le genou jusqu’à terre? L’hostie que contient le ciboire. Où prions-nous de préférence? Devant le tabernacle. Les colonnes et les ogives de nos cathédrales gothiques dirigent l’œil vers un centre autour duquel elles semblent se ranger pour faire honneur : ce centre est l’autel où l’on immole Jésus-Christ.

2. Pénétrez dans un beau monument des siècles de foi, désaffecté à la suite de la révolution protestante. Le chœur a perdu sa raison d’être. Vide et froid, l’édifice tout entier paraît déplorer, dans le langage muet mais expressif de l’art, la spoliation sacrilège qui lui a ravi l’Eucharistie et l’autel.

3. Du Vendredi-Saint jusqu’à X alléluia de la veille de Pâques, les tabernacles ouverts et les autels dépouillés changent l’aspect de nos églises : on les dirait plongées alors dans un veuvage désolé.

4. Accumulez les richesses dans le plus beau des palais; placez un pauvre ciboire sous le toit le plus modeste : notre cœur ne saurait hésiter ; ses affections spirituelles vont toutes où est l’hostie.

La sainte Eucharistie est donc l’attrait qui nous

entraîne à l’église, la consécration permanente qui en sanctifie l’enceinte, et la source de la confiance particulière qui y fait monter les prières vers Dieu. Sans l’Eucharistie, nos églises perdraient la moitié de leurs charmes et presque toute leur majesté; nous les fréquenterions moins ; et, comme plus loin de Jésus, nous prierions moins bien.

II. 1. Sachons gré à Notre-Seigneur d’avoir institué un sacrement qui fait si véritablement de nos églises les tabernacles de Dieu. Pensons à l’enthousiasme avec lequel les Psaumes célébraient l’ancien temple; aux accents de joie et de reconnaissance qu’ils mettaient dans la bouche des pèlerins qui s’y rendaient. « Qu’ils sont aimés, grand Dieu, tes tabernacles! Mon âme s’épuise en soupirs vers les parvis de Jéhovah! Heureux ceux qui habitent ta maison! Ne pensant qu’à monter vers tes autels, les hommes oublient les fatigues du voyage; la marche même les ranime, et ils paraissent devant Dieu à Si on. Mièux vaut un jour dans ton sanctuaire que mille passés autre part1. »

2. Examinons si la distraction ou la routine n’ont pas affaibli les influences salutaires que la présence réelle de Jésus-Christ tout entier devrait constamment assurer à nos églises. Aimons-nous à les fréquenter? La majesté de l’Homme-Dieu nous y saisit-elle? Nos prières s’y expriment-elles avec une confiance assez filiale?

II. V Eucharistie, honneur et gloire du sacerdoce catholique.

I. 1. Dieu confère à ses prêtres des prérogatives sublimes. Mais toutes les autres sont comme éclipsées par le pouvoir qui leur est donné sur le corps de Jésus-Christ.

Puissance incomparable sur le monde matériel , où la

(1) Pensées du Psaume 83.

ART. I. NEÜVAIXE AU SACRÉ CŒUR, 8e JOUR 253

parole du prêtre opère la merveilleuse conversion du pain et du vin au corps et au sang du Sauveur ; sur le monde des âmes , que le prêtre dispose, par l’absolution sacramentelle, à recevoir le pain de vie ; sur Dieu même, que le prêtre glorifie, apaise par le sacrifice eucharistique et incline à tout bienfait.

2. Si grande est cette dignité et cette gloire, que les labeurs et les privations de la vie sacerdotale la plus austère et la plus apostolique ne sont rien pour l’acheter; et qu’elle devrait suffire, et au-delà, pour satisfaire nos plus vastes ambitions. Oui, l’existence du prêtre serait déjà bien remplie, s’il la consacrait tout entière à se préparer aux saints mystères et à rendre grâces à Dieu. Le R. P. Dujardin C. SS. R.1 raconte avec émotion la vie édifiante d’un prêtre qui, se voyant dénué d’autre talent, résolut de rapporter à la sainte messe son sommeil et ses veilles, ses actions et ses souffrances, en un mot tous ses instants. Combien d’hommes s’agitent et se tourmentent, qui ne connaîtront jamais la paix de cet humble serviteur de Dieu, n’en auront jamais le mérite, et ne pourront, au terme de leur existence, jeter sur la carrière parcourue un regard aussi satisfait et aussi rassuré.

II. 1. Ces réflexions sont propres à nous inspirer un profond respect pour le prêtre catholique, pour le caractère ineffaçable gravé dans son âme.

2. Mais le prêtre doit aussi entretenir un profond sentiment de sa responsabilité devant Dieu et devant les hommes. Vivre en prêtre n’est pas une tâche aisée !

a) En présence des faveurs dont il est comblé, quelle ingratitude il commettrait, en enviant aux laïques leur liberté !

b) Dans toute sa conversation extérieure, il doit se montrer correct et digne.

(1) Œuvres ascét. de S. Alphonse , trad. de l’italien, t. xiv. Préace, p. xiii ss. Tournai, Casterman, 1877.

c) Un ardent désir doit attacher son coeur à l'église et à l’autel : il est l’homme d’église par excellence. L’estime du saint sacrifice lui doit mettre au cœur une avidité insatiable de célébrer les saints mystères. Quelle juste confusion il aurait à éprouver, s'il s’apercevait que des préoccupations secondaires d’ordre temporel le touchent plus que l’honneur de réjouir les anges, de rendre gloire à Dieu, et d’appeler des bénédictions sur les vivants et les défunts !

III. JJ Eucharistie, aliment et symbole de la vie surnaturelle des enfants de l’Église.

1. 1. Par la sainte Eucharistie, l’Église nourrit ses enfants, les maintient dans une atmosphère surnaturelle, les convainc de la nécessité de vivre purs et sans péché.

2. Leur vie spirituelle est essentiellement faite de la charité qui les rapproche les uns des autres, qui les unit à Dieu et à l’Église.

a) En dispensant le corps de Jésus-Christ, la sainte Église resserre les liens mutuels de ses enfants. Dans ces grains broyés ensemble dont fut formé le pain, dans ces raisins pressés ensemble pour exprimer le vin, pain et vin qui vont être changés au corps et au sang du Sauveur, elle leur montre le symbole le plus éloquent de leur unité dans le Christ. En les appelant tous à une même table, servie pour tous de la même façon, elle leur prêche l'égalité aux yeux de Dieu, et oublie dès maintenant les distinctions temporaires d’ici-bas.

b) Le chrétien qui communie affirme qu’il est en grâce avec Dieu.

c) L’Église donne encore la sainte Eucharistie comme une démonstration et un gage de sa propre amitié. Dès les temps anciens, l’admission à la communion a été, au sein de l’Église catholique, le signe par excellence de la paix et de la réconciliation.

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