ART. II. L'OFFICE DE RÉPARATEUR
Ces sentiments, ces propos seront l’objet d'un entretien fervent avec Notre-Seigneur, au cours duquel je Lui recommanderai toutes mes intentions.
ARTICLE II
L’office de Réparateur
En union avec le Chœur des Puissances.
Ordre des méditations consacrées à cet Office.
La première méditation embrasse d'un coup d'œil général l’œuvre réparatrice du Christ, et celle que sa grâce nous permet de réaliser après Lui. Dans la seconde méditation, nos devoirs de réparation envers le Saint- Sacrement occupent notre pensée et notre cœur. Nous revenons ensuite, dans un troisième exercice, à la réparation de Notre-Seigneur, pour y puiser envers le Dieu de l'autel l'ardeur réparatrice que réclame la dévotion au Sacré Cœur. La quatrième, enfin, nous conduit, sur les traces de Notre Seigneur, à une réparation radicale, c’est-à-dire, à cette conversion intime du cœur qui enlève jusqu'aux racines du péché.
Note préliminaire. La médiation de Notre-Seigneur, qui nous a réconciliés avec Dieu, a eu pour suite de restaurer plus magnifiquement toutes les ruines accumulées par le péché. Une gloire plus grande est rendue à Dieu; la grâce coule plus abondante sur l’homme; un ordre plus beau, dont nous ne voyons que les commencements, remplace l’ançien pour rattacher tout l'univers à son Auteur.
Ces merveilleux effets attirent spécialement notre attention, quand nous honorons Jésus comme Réparateur.
Le second Office, de réparation, se trouve donc étroitement lié au premier. Aussi, dans la lettre 44e déjà citée, cet Office est joint à celui de Médiateur, comme désiré par Jésus-Christ. La Sainte le fait consister à implorer le pardon pour toutes les injures faites à Dieu dans le Très Saint Sacrement de l’autel. L’âme qui s’en acquitte « se pourra, ajoute-t-elle, confier humblement que le divin Cœur obtiendra grâce et pardon pour elle » . C’est d’après ces données que nous avons rédigé la première Méditation sur cet Office.
De MÉDITATION
1er Prélude. Assistons, avec saint Jean, à la grande scène mondiale qu’il dépeint dans son Apocalypse 1 : Le monde ancien a disparu. Un nouveau firmament s’étend au-dessus d’une nouvelle terre. Une cité sainte, la Jérusalem céleste, descend du ciel dans tous les atours d’une épouse qui s’apprête pour la visite de son époux... Et du trône céleste part une voix : « Voici que je renouvelle toutes choses ».
2e Prélude. Demandons instamment la lumière pour mieux comprendre l’œuvre réparatrice de Notre Seigneur, et la force afin d’imiter plus parfaitement sa magnanimité à l’entreprendre et à la conduire jusqu’au terme.
1er point. Notre Seigneur , seul vrai réparateur.
I. 1. Le rôle de réparateur se relie étroitement à celui de Médiateur. Les deux tâches diffèrent pourtant de point de vue et n’ont pas nécessairement la même portée. La médiation tend formellement à réconcilier des ennemis ; la réparation s’attache à relever des ruines. Dieu pouvait à la rigueur se réconcilier avec l’homme sans lui rendre la
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grâce surnaturelle et en le confinant simplement dans l’ordre correspondant à sa nature. La réparation implique nécessairement la restauration de l’état primitif. Oh ! prions pour mieux saisir la splendeur de notre réédification en Jésus-Christ !
2. A cet effet, jetons d’abord un regard sur les ruines qu’entraîna le péché originel.
D’après le plan primitif de Dieu, l’homme, sans connaître les luttes intérieures, la souffrance et la mort, avait à passer d’un paradis de délices à la divine félicité du ciel. Telle était la destinée libéralement ménagée par Dieu à sa créature. Un perpétuel alléluia de reconnaissance, ennobli par la grâce surnaturelle, devait préluder à l’éternel hosannah des élus.
Cet ordre, d’une harmonie et d’une beauté aussi parfaites, fut détruit par le péché d’Adam. Rebelle, celui-ci refuse de glorifier Dieu par son humilité : il voit aussitôt se retourner contre lui, et des passions qui se révoltent, et un monde extérieur qui lui impose le labeur, la souffrance, en attendant l’inévitable destruction de la mort. C’en est fait de l’unité intérieure, des imminutés, de la grâce ; la désunion a partout remplacé la concorde; l’esclavage succède à l’affranchissement; le privilégié devient un objet d’aversion; la création entière se prend à gémir; le Créateur ne recevra pas la glorification pour laquelle l’homme avait été appelé à la royauté de ce monde et à la dignité d’enfant de Dieu.
En résumé, le péché ruinait la gloire de Dieu, la grâce de l’homme, l’ordre du monde.
3. Combien l’homme déchu se trouvait incapable de relever de telles ruines ! Impuissant à satisfaire pour luimême, ne disposant que d’hommages amoindris, comment eût-il rêvé de restaurer tout un monde?
Une humanité nouvelle aurait pu remplacer la race ingrate et perdue d’Adam : ç’ aurait été un monde nou-
veau, mais non pas un monde réparé. L’humanité actuelle n’en eût ressenti aucun bienfait : elle demeurait abîmée dans son malheur.
Simples créatures, les anges ne pouvaient offrir à Dieu que des honneurs insuffisants à payer la dette de l’humanité prévaricatrice et complètement étrangers à la création qu’il s’agissait de restaurer.
La réparation parfaite comportait nécessairement une glorification compensatrice pour Dieu, la régénération de notre humanité, le renouvellement de ce monde.
4. Un nouvel Adam descend sur la terre avec le dessein grandiose de réaliser cette œuvre dans toutes ses parties. Il descend, car son origine est céleste. Saint Paul s’estime autorisé à dire : « Le premier homme, fait de terre, était terrestre; le second, venu du ciel, est céleste1 ». La divinité de sa personne fait comme oublier le néant originel de cette nature humaine qu’elle épouse dans le sein de la Vierge. Homme-Dieu, ses hommages sont d’un prix infini. C’est la louange méritoire du Fils unique de Dieu. L’incomparable gloire qui en résulte pour Dieu dépasse infiniment la valeur réunie des hommages de l’humanité innocente tout entière. Voilà pour Dieu. Pour nous ensuite, une communication mystérieuse mais bien effective fait partager aux hommes la vie du Christ. C’est à ce titre que le Christ devient à notre égard un nouvel Adam, et que nous sommes vraiment régénérés , c’est-à-dire, engendrés à nouveau. Il se forme un Christ mystique dont Jésus est la tête et dont nous sommes les membres. Aussi réellement que la vigne nourrit les rameaux de sa sève, Jésus nous alimente de sa vie. « Je suis la vigne, vous êtes les sarments 2 ». Et la grâce surnaturelle rentre en nous sous la forme excellente d’une grâce d’adoption qui nous assi-
(1) Ire ép. aux Cor., 15, 47.
(2) Év. S. Jean, 15, 5.
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mile au Fils unique de Dieu : la grâce primitive avait moins de valeur et ne nous donnait pas cette parure.
Sans doute, ni les maux ni les plaisirs n'ont encore perdu leur aiguillon. Mais le Christ apprendra à l'homme à en faire des objets de sacrifice. Chaque immolation volontaire implique une victoire remportée en l'honneur de Dieu sur tout ce qui n'est pas Lui. Un ordre plus beau jaillit ainsi de ces désordres mêmes.
Et en fin de compte, nous nous estimerons plus nobles et plus heureux d'avoir triomphé de la matière que d'en avoir goûté tout à l'aise les délices. Ces délices passent, le triomphe est immortel.
Il y a plus. Sanctifiant ce qu'ils offrent, ces sacrifices épurent peu à peu et impriment à ce monde extérieur luimême un caractère sacré. Ils en préparent la libération. « La nature entière, écrit saint Paul1, soupire et endure les douleurs de l'enfantement... » Mais le gémissement des créatures prendra fin. Après avoir servi à expier, elles seront amenées avec l'homme à un état glorieux. Saint Paul nous les montre aspirant d'un désir profond à la manifestation des fils de Dieu2. Et saint Jean décrit l’éblouissante vision de la vraie Jérusalem. Quelle raison n’a pas l'apôtre de conclure : « Les souffrances du temps présent ne comptent pas, en face de la gloire qui doit être révélée en nous3 ».
Résumons l’œuvre réparatrice du Sauveur en ses effets. Dieu infiniment glorifié ; l'humanité en possession d'une grâce plus magnifique, allant au ciel par la voie d’honneur de la victoire ; le monde entier refait sur un plan qui le transfigure.
Cette œuvre réparatrice, d'après saint Paul, réunit,
(1) Ép. aux Rom., 8, 22.
(2) Ibid., 8, 19.
(3) Ibid., 8, 18.
SECTION n. MÉDITATIONS, CH. I. OFFICES
dans le Christ, sous un seul chef, toutes choses : celles qui sont dans les cieux et celles qui sont sur la terre 1 .
Rien de plus admirable peut-il se. concevoir?
Gloire au nouvel Adam et amour à son Cœur !
2e point. Notre rôle de réparateurs.
I. Il nous était impossible de participer activement à la restauration d’un monde qui nous avait entraînés dans sa ruine. Par nos forces propres, nous ne saurions même aspirer à remplir vis-à-vis de Dieu une mission réparatrice quelconque.
Où irions-nous, débiteurs insolvables , chercher les ressources supplémentaires pour autrui? Créatures déchues } quels hommages compensatoires prétendrions-nous offrir à la divine Majesté? Mais nous acquérons, comme membres du Christ, une richesse et une puissance nouvelles.
A côté de nous , il est des pécheurs, des ruines morales individuelles qui méritent de nous toucher. En nous , circule la sève divine dont le Christ nous fait vivre : nous fait vivre, ou plutôt revivre . Car nous étions morts pour Dieu, quand le Christ nous a gratifiés de sa vie. Cette vie que nous tenons de Lui est donc une résurrection modelée sur la sienne.
Nos hommages mêmes ressemblant ainsi à ceux du Christ possèdent un prix qui l’emporte sur les œuvres malfaisantes que la nature opère sans la grâce : l’œuvre bonne de l’enfant compense, et au delà, l’action mauvaise du serviteur. Pourtant, une qualité indispensable ne manque t-elle pas à nos essais? La réparation suppose des hommages gratuits ; et nos hommages ne sont-ils pas dus en toute justice? Il est vrai que Dieu est digne de les recevoir tous et d’en recevoir toujours davantage. Jamais la divine Majesté ne saurait être assez louée. Dieu cepen-
(1) Ép. auxÉphés., 1, 10.
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dant, qui nous oblige à L’aimer de tout notre cœur, ne nous commande pas de produire, à chaque instant, des actes de cet amour. Lorsque donc les péchés d’autrui nous émeuvent, nous excitent à multiplier ces actes, et à offrir à Dieu une revanche de charité, !es hommages que dicte cette pensée réparatrice sont assez libres et assez spontanés, pour que Dieu puisse les acceuillir comme une réparation.
II. Tant de saints ont mené une vie de réparation. Des instituts religieux y sont spécialement voués. Nous sommes les témoins de tant d’iniquités. Ce spectacle nous attriste, nous émeut. Ne nous ébranlerait-il pas? Pourquoi n’accepterions-nous pas de mener une vie réparatrice? N’y sommes-nous pas conviés par notre amour de Dieu, du Christ, des âmes? N’est-ce pas le désir particulier du Sacré Cœur?
3e point. Nos moyens de réparation.
I. Régénérés dans le Christ, nous pouvons unir aux réparations de Jésus -Christ :
1. Nos bonnes actions habituelles, en les accomplissant avec une intention réparatrice, dont l’effet apparaîtra dans un redoublement de ferveur;'
2. Des prières et bonnes œuvres spéciales, offertes en réparation :