ART. II. L’OFFICE DE RÉPARATEUR, 2® MED
épître aux Corinthiens, contre les abus auxquels donnait lieu la participation à la table sainte, et signaler aux chrétiens effrayés, les maladies, les morts envoyées en châtiment.
En tout lieu. Tout pays compte des tabernacles ; et dans nos régions catholiques quelle ville, quel village s’en trouve dépourvu? Hélas ! n’en suis-je pas certain aussi? il n’y a aucune de ces places où ne se commettent des péchés contre l’Hôte divin.
Par toute catégorie de personnes. La majeure partie du genre humain L’ignore, comme les soldats indifférents qui jouaient aux dés sous la croix. Il souffre de cet oubli.
Les hérétiques contestent la vérité de sa présence : Il souffre de leurs dénégations.
Les incrédules Le raillent et s’en moquent : Il souffre de leur haine et de leur dédain.
Et les fidèles pratiquants , les religieux , les prêtres , ceux-là du moins répondent-ils toujours dignement à son amour?
2. Quelles sont ces injures ? Elles prennent, peut-on dire, hélas ! toutes les formes.
Dans le cœur , c’est l’indifférence, la froideur, le dédain, le mépris, la haine.
Dans la bouche , le blasphème, l’hérésie, le sarcasme.
Dans Y action , c’est Y abandon, la désertion. — Les salons sont si fréquentés... Lui, Il est seul si souvent ! On néglige de Le visiter, de Le recevoir, on se soucie peu des convenances et du respect qui Lui sont dus. — C’est l’assistance à la Messe sans esprit de foi, sans recueillement, ou même sans décence extérieure. — C’est la communion indigne ; — c’est, oserai-je le dire, c’est parfois la célébration sacrilège du saint Sacrifice. — Ce sont enfin ces indignes traitements, ces abominables profanations d’hosties consacrées, que la plume se refuse à décrire. Folies inconcevables de la part de l’impiété, qui nie ce
Dieu et semble s’acharner à Le détruire. Folies qui trouvent leur seule explication dans la rage de Satan contre le Sacrement d’amour.
Ah ! Jésus, vos dons sont sans repentance. Mais traité comme Y ous l’êtes, quel sujet Y ous auriez de nous les retirer !
3. Affliction de Notre Seigneur. Abattu moi-même à la vue d’une si noire ingratitude, j’entendrai, de la bouche du Sauveur, au jardin des Olives, tomber lentement ces paroles : « Mon âme est triste jusqu’à la mort. » Ces indignités, dont II avait la connaissance distincte, furent en partie la cause de cette douloureuse exclamation ; c’est à ce moment-là que son Cœur délicat, sensible et non glorieux encore1, en éprouva le contre coup profondément amer. Aucune des expressions de Notre-Seigneur n’est exagérée. Mon âme est triste jusqu’à la mort. Pesons donc à leur juste valeur chacune d’elles. O Jésus! je n’étais pas alors auprès de Yous pour compatir à votre affliction ! Et l’auraisje fait? De quel droit me présumerais-je plus vaillant et plus fidèle que vos apôtres? Mais je suis le contemporain, le témoin, impuissant hélas ! des crimes, des scélératesses qui ont causé votre peine. Laissez-moi, faute de mieux, Vous offrir mes larmes et ma douleur. La prévision que Yous aviez de cette compatissance n’a-t-elle pas, dans votre passion, consolé quelque peu votre Cœur? Et de plus, ô mon Dieu Sauveur, laissez-moi dans ces indignités des hommes, dans l’affliction qu’elles Yous causent, puiser une nouvelle et bien juste raison de ne plus vivre que pour Vous.
(1) La gloire présente dont II jouit rend impossible toute peine, tout chagrin actuel. Mais notre compassion, pour tardive qu’elle soit, n’en est ni moins profitable à notre âme, ni moins agréée d’un Sauveur qui la sollicite comme une marque naturelle de piété et d’amour. Rien ne peut jamais troubler la sereine Majesté de Dieu. Et cependant le blasphème qui L’outrage attriste une âme religieuse. Pourquoi ne pourrais-je pas ressentir une affliction qui a réellement fait souffrir l'Homme-Dieu?
ART. II. L’OFFICE DE RÉPARATEUR, 2e MED. 77 2e point. Motifs de réparation.
Ce tableau désolant nous les dit assez. Réfléchissons cependant à quelques raisons spéciales.
1. Qui souffre ces outrages? Est-ce un étranger pour moi? N’est-ce pas mon ami, mon bienfaiteur, mon Père, mon Dieu? N’est-ce pas Celui auquel j’ai consacré toute ma vie?
2. Pourquoi les souffre-t-ll? a) C’est une suite, une conséquence de son amour pour moi.
Jésus savait d’avance quels affronts II allait essuyer dans le Saint-Sacrement. Mais II savait également tout ce qu’avait d’utile, de consolant pour moi la compagnie de son Humanité. Son cœur eut à choisir. L’option ne pouvait être douteuse. Il institua l’Eucharistie. Il en fit le bien de l’homme, un trésor qu’il lui abandonne à jamais. Malgré les plus indignes traitements, Jésus sera toujours l’hôte du tabernacle. Il le quittera quand il n’y aura plus sur la terre de pèlerin à nourrir, à guider.
Et moi, pourrai-je hésiter un instant, me contenter de quelques regrets stériles, alors qu’il m’est donné de réparer ces atteintes qui blessent l’honneur de mon Père, et que son amour pour moi Lui fait endurer?
b) Que dis-je? Il me faut encore l’ajouter : ces outrages sont en partie mon œuvre. Oh ! moi qui accuse les autres, quel respect, quelle dévotion témoigné-je au Saint- Sacrement? Quand je parais devant Lui, quels sont mes hommages ?
N’ai-je même pas, peut-être, de faute plus grave à déplorer? Je m’exciterai ici à la confusion et à un vif repentir.
3. Qui me demande de réparer ? C’est Lui-même. Il m’y invite formellement.
« Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes, qu’il n’a rien épargné jusqu’à s’épuiser et à se consumer pour leur
témoigner son amour ; et pour reconnaissance, je ne reçois de la plupart que des ingratitudes, par leurs irrévérences et leurs sacrilèges, et par les froideurs et les mépris qu’ils ont pour moi dans ce Sacrement d’amour. Mais ce qui m’est encore plus sensible, c’est que ce sont des cœurs qui me sont consacrés qui en usent ainsi. * Et après cette plainte touchante, écoutez la prière. « C’est pour cela que je te demande, que le premier vendredi après l’octave du Saint-Sacrement soit dédié à une fête particulière pour honorer mon Cœur, en communiant ce jour-là, et en lui faisant réparation d'honneur par une amende honorable1... »
4. Que promet- Il en retour ? Nous l’avons entendu plus haut, dans la note préliminaire : « Grâce et pardon. * N’en ai-je pas besoin? Ne désiré-je pas de pouvoir avec une spéciale confiance m’abandonner à la miséricorde divine?
Et dans la grande vision, à laquelle nous avons emprunté la plainte et la demande d’une fête de réparation, Jésus ajoutait : « mon Cœur se dilatera, pour répandre avec abondance les influences de son amour sur ceux qui Lui rendront cet honneur, et qui procureront qu’il Lui soit rendu2. »
3e point. Les moyens de réparer.
Parcourons la série des moyens de réparer.
1° D’abord Y accomplissement parfait de tous mes devoirs envers le Très Saint Sacrement. Le moins que puisse faire un réparateur, c’est d’éviter les fautes qui demandent réparation.
J’entreprendrai ici un examen sérieux de ces devoirs envisagés sous leur double aspect : la décence extérieure , la dévotion intérieure. Par exemple :
(1) Vie et Œuvres , I, 93.
(2) Vie et Œuvres , II, 355.
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L'église, si la charge m’en incombe, est-elle bien tenue? L'autel et tout ce qui sert au Saint-Sacrement, reluisentils de propreté? Est ce que je veille à la pureté du pain et du vin qui doivent être changés au corps et au sang de Jésus-Christ?
Toutes les lois de l'Église ou du diocèse sur la garde du Saint-Sacrement, le renouvellement des espèces, la célébration de la sainte Messe et des Offices, etc., sontelles bien observées?
Quelle est mon assiduité à visiter le Saint-Sacrement, et les honneurs que je Lui rends alors?
Comment assisté-je à la sainte Messe ? Comment est-ce que je la célèbre?
Avec quelle ferveur, quelle pureté est-ce que je Le reçois ou est-ce que je L’immole? Ma préparation et mon action de grâces, sont-elles soignées, suffisamment prolongées?
2° Une prière ardente , des instances fréquemment renouvelées pour déplorer ces indignités, et supplier d'un cœur contrit et humilié la miséricorde divine de nous prendre en pitié.
3° La mortification volontaire , que l'on assume à cette fin. Jeûnes, cilices, disciplines, veilles : je les trouve conseillés dans l’Écriture, pratiqués par les saints, demandés par Notre -Seigneur à Sainte Marguerite- Marie. Un vif sentiment de l'outrage pousse à cette généreuse vengeance. Que l’obéissance au directeur spirituel règle tout ici : mais que le désir aille au-delà de la permission accordée. Si nous ne pouvons davantage, sachons du moins accepter, dans cet esprit, les contrariétés et les croix qui se présentent d’elles-mêmes.
4° La célébration du premier Vendredi et surtout de la fête du Sacré Cœur, par la communion réparatrice, l'amende honorable, les actes de dévotion, la pénitence (le jour même ou la veille), et en général les exercices de piété faits dans eette intention.
5° Le soin de mettre ces pratiques en honneur parmi les fidèles.
D'après ces données, je déterminerai ma tâche de réparateur pour ce mois.
COLLOQUE
Avant de finir la méditation, je ferai un ou plusieurs colloques de la manière indiquée dans la première méditation de l'Office de Médiateur.
Je m’unirai, pour cet Office, au Chœur des Puissances, et prendrai pour protecteur la Sainte et un Saint qui s’est distingué par sa dévotion au Très Saint Sacrement, par exemple, saint Thomas d’Aquin (auteur de l’office du Saint- Sacrement), saint François de Borgia, saint Alphonse, sainte Angèle.
IIP MÉDITATION
1er Prélude. Jésus sur la croix réparant mes péchés.
2e Prélude. Prier instamment Dieu de me faire comprendre toute l’excellence de la réparation de Notre- Seigneur, afin de me déterminer, avec sa grâce et par amour pour Lui, à une ardente et généreuse réparation.
1er point. Jésus Réparateur.