Combien cette douceur Le caractérise
a) Moïse, qui est la principale figure de Jésus-Christ, est représenté comme le plus doux des hommes.
b) Isaïe décrit ainsi Notre-Seigneur : « Il fuira les clameurs, Il n’achèvera pas de briser un roseau, Il n’éteindra pas la mèche qui fume encore. » Et l’Évangile rappelle cette description!.
c) C’est en évangélisant les pauvres et en répandant les bienfaits, qu’il se fait reconnaître pour le Messie attendu1 2.
d) Quelle douceur II témoigne à l’égard de ses apôtres, de Judas, de la pécheresse repentante, de ses bourreaux !
e) Quand deux disciples Le prient de consumer par le feu une ville qui refuse de Le recevoir, Il réprouve aussitôt l’esprit qui les influence3.
f) Quelle douceur envers nous-mêmes ! Que de motifs nous Lui donnons sans cesse de s’indigner contre nous et de nous délaisser !
Bénissons le Cœur de Jésus de cette douceur si heureuse pour nous. Vouons-nous à Lui avec un saint empressement.
2e point. Nos raisons d'être doux .
1. La douceur résulte déjà naturellement du sentiment intime de nos torts envers Dieu. C’est la douceur de notre souverain Maître qui nous supporte et par conséquent .
(1) Isaïe, 42, 3; Év. S. Matth., 12, 20.
(2, Év. S. Matth., 11, 5.
(3) Év. S. Luc, 9, 55.
nous empêche de périr : comment osons-nous manquer de douceur à l'égard de nos frères?
2. Sans la douceur, nous ne pouvons nous flatter d’être disciples de Jésus-Christ.
3. S’il nous faut la douceur dans nos rapports privés, combien plus impérieusement encore est-elle exigée dans le saint ministère. C'est là qu’elle me sied particulièrement, puisqu’il s’agit, non de ma cause, mais de celle de Dieu. De quel droit prendre celle-ci en main autrement qu’il ne désire? Et c’est là que l’emportement, la violence, compromettent le bien des âmes que Dieu m’appelle à sauver.
4. Quels fruits précieux fait recueillir la vraie douceur! Elle assure, par une pleine victoire sur notre humeur, la possession de nous-mêmes. Elle aplanit nos difficultés. « Rien n’esh ardu pour ceux qui sont doux, > a dit le pape saint Léon1. Et elle nous donne l’empire des cœurs pour les gagner à Jésus-Christ. Une douceur bien entendue obtient tout des hommes. « Bienheureux ceux qui sont doux, car ils posséderont la terre2. »
3e point. Comment serons-nous doux ?
1. Ne réservons pas la pratique de ce devoir pour les grandes circonstances. Car elle est de tous les jours.
2. Il nous faut exercer la douceur vis-à-vis de Dieu, du prochain, de nous-mêmes.
a) Vis-à-vis de Dieu , dans les contrariétés intérieures ou extérieures, petites ou grandes. Que d’impatiences, de murmures peut-être à supprimer !
h) Vis-à-vis du prochain. « Vous devez, disait la Sainte à une novice, vous rendre douce à supporter les petits ennuis, humeurs et chagrins du prochain, sans
(1) Serm. 5 pour l’Epiphanie. (M. P. L., t. 54, col. 252.)
(2) Év. S. Matth., 5, 4.
ART. V. L’OFFICE DE DISCIPLE, 3e MED.
vous fâcher des petites contradictions qu’il vous fera1.
Et si nous avons charge d’âmes : pasteurs, supérieurs, confesseurs, éducateurs, que la suavité de notre action rappelle la douceur du Maître dont nous avons le bonheur de tenir la place. Faisons aimer et bénir Dieu, en nous conciliant les cœurs.
c) Vis-à-vis de nous-mêmes , pour ne pas nous troubler, ni nous irriter au sujet des fautes qui nous échappent, et pour reprendre toujours avec calme l’œuvre de notre avancement spirituel.
3. Il nous faut veiller à ce que cette douceur ait une origine surnaturelle, et ne soit pas l’effet ridicule d’une faiblesse native ou d’une lâche complaisance, avide de plaire aux hommes.
COLLOQUE
Offrande et prière.
IIIe MÉDITATION
1er Prélude. Représentons-nous Notre-Seigneur recevant humblement le baptême de saint Je an -Baptiste. Au-dessus de Lui, voyons planer la colombe qui figurait le Saint-Esprit, et entendons la voix du Père céleste : « Voici mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis mes complaisances : écoutez-Le2. »
2e Prélude . Supplions instamment Notre-Seigneur de nous faire part de son humilité.
1er point. Notre-Seigneur y humble de cœur.
1. « Deux cités, écrit saint Augustin3, sont fondées sur deux amours : la cité terrestre , sur l’amour de soi jus-
(1) Vie et Œuvres, II, Avis 44e, p. 42G.
(2) 2e ép. de S. Pierre, 1, 17.
(3) De la cité de Dieu, 1. XIV, c. 28. (M. P. L., t. 41, col. 436.)
qu’au mépris de Dieu; la cité céleste , sur l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi. La première se complaît en elle-même ; l’autre se glorifie dans le Seigneur. »
Amour de Dieu, mépris de soi, qui se réalisent surtout par la parfaite humilité. C’est le propre de cette vertu de courber la volonté créée sous le bon plaisir divin, et de nous désintéresser de notre gloire personnelle.
Aussi, toujours d’après saint Augustin1, rien n’est autant que l’humilité, recommandé ici-bas à la cité de Dieu ; rien n’est autant loué dans son Roi, le Christ.
Voyons combien le Coeur de Notre-Seigneur fut soumis à Dieu et indifférent à la gloire humaine.
2. a) Quelle acceptation parfaite de tout bon plaisir divin! Notre-Seigneur l’atteste Lui-même : sa nourriture, c’est de faire la volonté du Père2. *
« Le calice que mon Père me présente, je ne le boirai pas3? » « Mon Père! que ce calice s’éloigne de moi! Cependant que votre volonté se fasse, non la mienne4. »
b) Le mobile unique de Notre-Seigneur fut la gloire de son Père, jamais la sienne. Et pour cela même, disait-Il, sa doctrine devait être tenue pour véritable5 6. — Il a fui les honneurs, se dérobant quand on voulut Le faire Roi 6. Il a repoussé tout ornement du siècle, toute pompe extérieure. Ses livrées furent celles de la pauvreté. Il s’est choisi un humble travail, d’humbles parents, des disciples humbles. Dans sa passion, Il a passé par toutes les injures, tous les opprobres.
3. Dans un remarquable passage de l’épître aux Philippiens, saint Paul fait ressortir, tout ensemble, l’oubli
(1) De la cité de Dieu , 1. XIY, c. 13. (M. P. L., t. 41, col. 420.)
(2) Év. S. Jean, 4, 34.
(3) Ibid., 18, 11.
(4) Év. S. Luc, 22, 42.
(6) Ibid., 6, 15.
ART. V. L’OFFICE DE DISCIPLE, 3e MED.
complet de soi, qui caractérise Jésus-Christ et les abaissements d’une humilité qui Le dépouille de tout éclat et Le rend obéissant jusqu’à la mort de la croix1.
Humilité vraiment surprenante chez Celui qui est toute grandeur ; qui, dans sa nature divine, ne pouvait descendre, et qui, dans sa nature humaine, n’avait pas à redouter les dangers des honneurs. Mais II les a redoutés pour nous. Ses profonds abaissements volontaires sont le remède à notre immense orgueil : Reconnaissance et dévouement total.
Quelle exhortation, sublime et pressante à la fois, saint Paul adressait aux chrétiens en leur disant, à propos de cet exemple admirable de Notre-Seigneur : « Ayez les mêmes sentiments que Jésus-Christ2. » .
2e point. Notre devoir d'humilité .