III* MÉDITATION
1er Prélude. Me représenter Notre-Seigneur au jardin des Olives, faisant monter vers le Ciel ces ferventes supplications que décrit saint Paul, dans son épître aux Hébreux 2.
2e Prélude. Demander instamment à Dieu d’apprécier à leur infinie valeur les supplications de son divin Fils, pour aimer Celui-ci davantage et L’imiter généreusement.
1er point. Jésus suppliant.
1. Je me transporte au jardin des Olives, à la fin de cette soirée où l’institution de l’Eucharistie et la trahison de Judas viennent de préluder à la passion de Notre- Seigneur. J’entends le Sauveur exhaler la tristesse dont déborde son âme ; touché de pitié, fort de son invitation à veiller et à prier avec Lui, je lui demande de Le suivre, tandis qu’il s’enfonce plus avant sous les vieux oliviers. Là, je Le vois tomber à genoux, puis bientôt la face contre terre. Il pleure. Au milieu de ses larmes, sa voix s’élève vers son Père : « Mon Père, si c’est possible, que
(1) Év. S. Luc, 11, 1.
ce calice s’éloigne de moi ; mais pourtant que votre volonté se fasse et non la mienne 1 ! * Le Ciel semble rester sourd. Jésus renouvelle sa demande. Les mêmes accents montent sans cesse avec un souverain respect, une humble déférence jusqu’au trône de Dieu. Cependant je remarque une sueur abondante qui ruisselle de son front : c’est une sueur de sang. L’angoisse devient extrême. La prière se fait plus instante. Oh! que je voudrais quelque peu Le consoler! Et je n’ose Lui parler. A genoux près de Lui, j’adresse, en balbutiant, quelques mots pour Lui à son Père. Et bien que mon salut dépende de sa mort, je n’ose demander au Père céleste, qu’en ma faveur II fasse boire cette coupe amère à son fils.
Ce fut pourtant la réponse divine. Un ange réconforte cette sainte Humanité ; mais Dieu sacrifie son Fils unique à notre salut. Quelle doit être ma reconnaissance !
En même temps, la prière du Christ est exaucée d’une façon plus sublime. La mort qu’il demandait d’éviter, Il la rencontrera pour la vaincre par sa mort. Il brisera les portes du tombeau, Il montera au ciel; et nous y aurons un Pontife glorieux, auteur du salut éternel pour tous ceux qui Lui obéissent.
Voilà la supplication de Notre-Seigneur; voilà ses effets, d’après l’épître de saint Paul aux Hébreux2. J’assisterai, témoin attentif, témoin profondément ému, à cette supplication, me laissant aller aux divers sentiments qui naîtront d’eux-mêmes; je bénirai Dieu de ces effets.
2. Je comprendrai en même temps comment cette agonie, cette lutte si touchante, nous a donné un Pontife compatissant à toutes nos ignorances et à toutes nos erreurs3. Oh! Notre-Seigneur a pleinement accepté la
(1) Év. S. Matth.,26, 39.
(3) Ép. aux Hébr., 5, 2.
ART. Ylll. 1/ OFFICE DE SUPPLIANT, 3e MED. 189
volonté de son Père. Ce vouloir, c’est le sien comme Dieu et comme Homme. Mais, voué pour moi à tant de supplices, décidé à les endurer pour moi, n’en a-t-Il pas déjà trop fait pour jamais pouvoir m’oublier, me délaisser? N’est-ce pas là l’explication de sa persistance à me poursuivre, de sa patience à m’attendre, de sa promptitude à me bien accueillir? Cette vue me remplira d’une immense confiance. Mais aussi elle excitera en moi un amour plus intense, un désir plus vif que jamais de ne vivre que pour Jésus- Christ. Et si je L’interroge sur le moyen de Lui prouver mon dévouement, Il me demande ce mois-ci de me faire suppliant avec Lui.
2e point. Mon office de Suppliant.