FONGUS BÉNIN
Quelques mots doivent suffire pour signaler une affection très-rare du testicule, connue depuis le commencement de ce siècle, en Angleterre, par un travail de M. Lawrence et une description d'A. Cooper [Tumeur granuleuse du testicule à la suite d'un abcès chronique)^ et enfin vulgarisée chez nous par le mémoire de M. Jarjavay [Archives, 18/i9). Un médecin voyant pour la première fois cette tumeur, et ignorant l'existence de la maladie, serait naturellement porté à y voir un cancer ulcéré, tandis qu'en réalité, tout en compromettant souvent l'intégrité du testicule, le fongus mérite cette dénomination de béniyi sous laquelle, avec M. Jarjavay, il convient de le désigner. Il est constitué, comme le montre la figure 113, par une saillie granuleuse, peu suppurante, rose pâle, d'un tissu ferme et résistant, qui s'élève au-devant des bourses et sort par une perte de substance des couches scrotales. Presque insensible au toucher, le fongus fait éprouver à une pression un peu forte la sensation propre au testicule, et cela seul permet à priori d'affirmer qu'il renferme une portion de la pulpe séminale. Son volume est variable et reste habituellement au-dessous de ce qu'indique la figure 131, mais, dans tous les cas, il est en raison inverse de celui du testicule, dont il semble être une hernie. Dans la figure que le lecteur a sous les yeux, il reste peu du testicule en sa poche normale, et la majeure
m MAI.ADIES J)U TESTICULE.
partie de la glande semble s'ôtrc vidée et épandue dans la tumeur. Car celle-ci, arrivée à un certain développement, tend naturellement à s'accroître et à absorber lentement le reste de l'organe. Lorsqu'on pratique une coupe de la tumeur, on reconnaît la centinuation directe de sa masse avec la pulpe du testicule; la substance du fongus est formée par des canalicules spermatiques noyés et comme étoulTés par une matière jaune particulière; l'albuginée ases caractères normaux sur la portion saine et retenue du testicule, mais au niveau du large pédicule de la tumeur, elle s'épaissit en une sorte d'anneau et, de là, se déverse en s'amincissant sur le commencement du pédicule; là, par sa face externe, elle adhère assez mollement à l'ouverture cicatricielle des autres tuniques scrotales (fig. 132).
La cause qui donne lieu à cette singulière hernie du testicule paraît variable; mais le point de départ en est toujours une perte de substance d'une partie de l'albuginée, soit par sphacèle, soit par
l'ig. jai.
Fig. 131 .Fongus uénin w testiculk. — C'est une des pièces de M. Jarjavay dontila eu la bonté de me confier le dessin. C'est celle dont la coupe est représentée plus loin et qui, montrée à la Société de chirurgie, a complètement ruiné aux yeux de tous les idées étranges de M. Deville. L;i tumeur granuleuse olVrc ordinairement uu moindre volume qu'ici, et la démonstration (ju'a fait ressortir la dissection de la pièce n'en a que plus de portée. ^
FDNGUS BÉNIN.
ulcération. Souvent on peut rapporter l'origine h une violence extérieure, d'autres fois, à une orchite parenchymateuse ordinaire; enfin, deux affections tout h fait spéciales produisent le
Vis- i32.
Fig. 132. Coupe de i.a tumeur précédente. — Cette pièce conservée par M. Jarjavay est d'une importance capitale dans l'histoire du fongus bénin. Néj^ligez les vaisseaux qui ont été injectés, et voyez à droite la portion du testicule laissée dans le scrotum et qu'on pouvait y reconnaître par le toucher avant l'opération. On suit la tunique albuginée qui l'emprisonne et l'on voit cette enveloppe fibreuse se continuer sur le pédicule jusqu'à l'ouverture des enveloppes scrotales; là elle cesse et aucune trace de cette tunique albuginée ne se constate sur la tumeur proprement dite, — C'est là le nœud de la prétendue découverte faite par M. Deville [Moniteur des liApilanx, 1853). Dans une série de lettres qui devaient tout naturellement être adressées à M. Malgaignc, M. Deville cherche à démontrer que ce qu'on nomme fongus du testicule, hernie ou protrusion du testicule à travers l'albuginée, c'est le tesiicule lui-même, le testicule entier sorti des bourses, couvert en conséquence de son albuginée, et que la perforation de la coque fibreuse et l'issue graduelle de la pulpe testiculaire est un roman démenti par l'anatomie patlio-
MALADIES DU TESTICULE
l'ongLis bénin, ainsi que j'ai pu m'en rendre compte sur trois malades suivis avec soin : c'est la syphilis et les tubercules. Un abcès tuberculeux du corps même du testicule perfore l'albuginée et provoque l'issue de la substance séminale; pour la vérole, ce n'est pas le testicule syphilitique ordinaire qu'il faut incriminer, mais des tumeurs gommeuses sous-scrotales détruisant en un point la coque fibreuse. Quelle que soit du reste la cause, vous distinguerez deux formes dans les phénomènes lents et insidieux qui précèdent la perforation : les téguments du scrotum s'élèvent en un ou plusieurs points, adhèrent, rougissent et, une fois ouverts, ou bien donnent du pus à la manière d'un véritable abcès, ou, au contraire, ne laissent écouler qu'un suc gommeux et glutineux, qui devra toujours vous porter à soupçonner la syphilis.
La recherche des antécédents devra donc surtout préoccuper le chirurgien pour ce qui concerne le pronostic et le traitement du fongus bénin. Si l'on constate tous les signes des tubercules, ce n'est plus qu'un accident sans importance devant la lésion si fâcheuse qui se révèle. En dehors de cette circonstance, il est recommandé de recourir, même sur un simple soupçon, au traitement associé par le mercure etl'iodure potassique, sans que cette cure interne fasse différer le traitement mécanique et chirurgical. Celui-ci est bien tracé :
logique. — Or, quelles preuves apporte M. Deville? Le fait suivant. En novembre 1852, en suivant à Saint-Barthélémy le service du vénérable M. Lawrence, le père pour ainsi dire (lu fongus bénin, M. Deville voit un jeune homme atteint de cette affection : tumeur ordinaire, granuleuse, sécrétant une quantité notable de pus de bonne nature, adhérente en arrière au scrotum par unebaselarge et se continuant dans Tintérieur du scrotum avec une autre tumeur grosse, dure, bosselée, indolente sauf sous une assez forte pression. — «Je demande M. Lawrence, dit imperturbablement M. Deville, si c'est là son affaire; » réponse par un signe affirmatif. Convaincu que la tumeur n'est que le testicule sorti au » dehors, je demande à M. Lawrence s'il ne jugerait pas à propos de faire rentrer le tout » dans le scrotum, et M. Lawrence me répond négativementsans hésitation.» Le tableau devait être assez piquant de notre bouillant compatriote devant l'impassible M. Lawrence, un peu surpris sans doute de recevoir des leçons et des conseils sur le point de chirurgie auquel il a atlachc son nom : il ne répond que par quelques signes et par la castration qu'il pratique à quelques jours de là. Trois semaines après, le malade était guéri el jouissait d'une santé florissante. — M. Deville n'examine la pièce qu'après qu'elle a séjourné dans un liquide conservateur. «Cependant, dit-il, on peut constater que c'est bien le » testicule qui forme lui-même la tumeur extérieure et que la tumeur intérieure était » constituée par l'épididyme assez fortement altéré. Le testicule a bien le double de son » volume normal ; les granulations extérieures, reposant sur une tunique albuginée, pro- » fondément altérée et privée de sa couleur blanche, sont tout à fait superficielles, etc.» — Voilà sur quoi M. Deville se fonde pour convaincre d'erreur tous les chirurgiens qui l'ont précédé. Car les cinquante-deux faits anciens qu'il analyse ne peuvent servir au débat. — Mais que pourrait-il répondre à la pièce de M. Jarjavay et aux nombreuses dissections, faites en Angleterre? 1