MÉDICAMENTS
Généralités. — D'où vient que certaines plantes ou certains produits animaux sont employés comme médicaments ?
1° Les Malgaches prétendent que les plantes médicinales leur ont été léguées de père en fils, ou bien qu'ils voient leurs ancêtres dans leurs songes et que ceux-ci leur indiquent les plantes qu’ils doivent employer et la manière de s’en servir.
20 Elles sont encore indiquées par les mpisikidy en qui ils ont toute confiance et dont la principale occupation consiste à faire des expériences avec les plantes, sur les Chiens, les Poulets et les Hommes.
3° Le principe qui fait employer certains produits, aussi malpropres que bizarres, ‘est celui qui consiste à croire que le meilleur remède est celui qui peut inspirer le plus d'horreur. ;
Nous allons donner maintenant quelques notions sur
chacun des médicaments employés à Madagascar. D’ailleurs, la signification du mot malgache indique bien sou-
vent son emploi. Exemple : homan-dra veut dire : qui
mange le sang.
Produits organiques.
Tain-tsofina (céramen), que l’on mange pour guérir les coliques.
Lelo (morve), contre les piqûres d'insectes.
Amany (urine), pour guérir les blessures du pied.
Smegma, chez les femmes, pour guérir les brûlures peu étendues {le mot malgache est tout à fait vulgaire).
Volom-body (poil du pubis de la femme), contre l’hystérie.
Tain alika (excréments de Chien), contre les maux de gorge et les maux de dents.
Tain ondry (excrément du Mouton), cataplasmes pour : les yeux.
Tain’ omby (bouse de Vache), cataplasmes pour la goutte et les rhumatismes.
Taim-boalavo (excréments du Rat), emploi interne et externe pour les entorses et luxations.
Tain-jiro (suif de chandelle), contre l'herpès et la gen-
civite.
Taolan’alika {os de Chien) contre les fractu- Taolan-tsaka (os de Chat) res, les luxations
Taolan-kisoa (os de Cochon) et l’entorse.
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. Taolamamba (os de Grocodile), contre la fièvre à cause son odeur.
Loha lalitra (tête de Mouche), contre la carie des dents.
Volon-goaika (plumes de Corbeau), contre l’épilepsie.
Tantely (miel d’Abeilles), pour faire des gargarismes.
Hena masaka (viande cuite), avalée sans être mâchée contre la variole.
Efitr aranan akoho (peau interne du gésier), comme prophylaxie des maladies éruptives.
Tranon-kala (toile d’Araignée) contre les coupures.
Nifin alika romotra (dents de Chien enragé), contre la rage elle-même.
Akoho et vorombazaha (Poulet et Canard en fumigations pour hâter l’éruption).
Menaka (graisses), onguent pour les maladies de poi-
trine.
MES II Produits végétaux.
Homan-dra (de homana, manger et ra, sang). Herbe
qu'on fait boire aux personnes contusionnées et pour les crachements de sang.
Famonodindo (de vono, tuer, dindo, esprit malin). Plante
que l’on emploie pour se débarrasser des revenants.
Farmnono ody (de vono, tuer, et ody, charme). Pour guérir des sorts. ep
Fanalasimba (de fanala, enlèvement ét simba, du gâté). Plante employée contre les organes malades.
Fanalosompatra (de fanala, enlèvement et sompatra, du méchant), contre les coliques et indigestions et contre les entreprises des revenants et sorciers.
Fanazava (qui éclaire). Plante employée comme émétique.
Fandefana (faire rejeter). Plante purgative.
Manavodrevo (de avotra, extirpation et revo, embarras). Contre les indigestions. Fébrifuge.
Mandravasarotra (de mandrava, détruire et sarotra, la difficulté). Arbre employé contre les maléfices.
Marahotransy (de matahotra, avoir peur et antsy, couteau). Contre les douleurs des reins: |
llaimahery (celui qui a la force), contre le rhumatisme etla goutte.
Ramamonjy (délivrance). Plante dont la racine est employée pour sauver celui qui est au bord du précipice. Sorisory (ennui), contre l'ennui, l'impuissance, pour
exciter.
Sitrakavoafery (de sitraka, satisfaction et /ery blessure),
pour empêcher de nouvelles blessures (1).
4) Le nom explique l'emploi de toutes ces plantes
‘1 Plantes connues par leur action.
= . Ahimafana, plante vermifuge.
Anampoza, plante odoriférante contre les maux d'estomac. Bekaraoka, purgatif énergique.
Fiandrilavenona, cataplasme contre les douleurs.
Hanidraisoa, arbuste employé pour les maladies érup- “1e ose tives en fumigations.
Kelimaika, employé pour l'hystérie.
Eandemy, employé en décoction purgative et vermifuge. Rambiazina, contre les maux de tête.
Soa, contre les entorses, luxations, ele.
Taimborontsiloza, contre le Ténia. x Tamenaka, vermifuge.
Vatolalaka, plante purgative.
Tsirokonangatra, contre la gonorrhée.
Sangasanganandevolahy, contre les maux d'estomac el | les blessures. é Farimaty, plante grimpante employée contre la fièvre. Saky, employé contre les maléfices.
Tsikobokobondanitra, herbe charnue employée en décoction contre la jaunisse.
Harongana, arbuste employé contre la dysenterié, la gale et la diarrhée.
Hatsikana, arbuste, employé pour la fabrication du rhum, et comme vomitif, mais qui provoque des vomissements de sang, s’il est donné en trop forte dose.
Tsindahoro, arbuste, employé contre les abcès et la fièvre paludéenne.
Kodiadiamborona, herbe employée en décoction comme vermifuge.
Songosongo, contre les indigestions et la gonorrhée.
Fanoroboka, herbe droite, dont le suc a la propriété de cautériser, employé pour la lépre.
Tsindailay, maux des yeux. :
Anatsonganala, petite herbe employée contre la gale
Anamamy, légume employé contre la toux.
Famory, employé comme émétique.
Tangena, plante purgative drastique et poison violent.
Cette dernière plante le Tangena est employée comme purgatif pour expulser l’œuvre des sorciers. à
Les Malgaches avaient l'habitude d’attribuer tous leurs malheurs à l'influence des sorciers, car l'esprit indigène rempli de craintes superstitieuses, est très porté à croire aux esprits, aux apparitions et à la fatalité. Les individus soupçonnés desorcellerie étaient eux-mêmes soumis, depuis les temps les plus reculés, à l'épreuve du Tangena, pris en plus forte dose et alors véritable poison.
Le Tangena ne s’administrait pas seulement à ceux qui
étaient suspects de sorcellerie, mais aussi aux délinquants
politiques. L'infaillibilité de ce poison pour relever le coupable était un fait admis par tout le monde. On voyait alors des innocents se soumettre à cette épreuve et la demander quand ils étaient accusés d’un crime qu’ils n'avaient pas commis.
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On s’imaginait qu’il ÿ avait dans le Tangena une sorte de génie qui sondait le cœur et qui entrait avec le poison dans l'estomac de l'accusé punissant le coupable sans atteindre l’innocent. L’innocence était démontrée par le rejet de trois petits morceaux de peau de volaille que l’on avait fait avaler au patient.
Celui-ci mangeait d’abord une certaine quantité de Riz, puis il prenait dans du jus de banane une râclure de la
noix vénéneuse.
Le mpanozon-doha (exécuteur), posait alors sa main sur la tète de l'accusé et s’adressait en ces termes au génie du
Tangena :
« Ecoute ! écoute ! écoute !
Et sois attentif à toi, Bainimanamango !
(Celui qui sonde, qui éprouve.) Tu es un œuf rond Que Dieu a fait parfait.
Bien que tu n’aies pas d'oreilles, Tu entends!
Bien que tu n’aies pas de bouche, Tu réponds :
Ecouts ! Ecoute donc ! ke Et sois attentif, O Rainimanamango !... >»
La prière entière est trop longue pour être reproduite ici ; elle est pleine de répétitions et d’imprécations terribles. L’idée dominante est la sommation adressée au dieu de rendre le crime manifeste s'il y a eu acte de sorcellerie,
mais de faire vomir intacts, par l'effet du poison, les trois morceaux de peau si l'accusé était innocent. Le temps laissé entre l'absorption du Riz, de l’eau de Riz et du Tangena pouvait d’après sa durée modifier le résultat de l'épreuve et cela dépendait de la volonté de l’exécuteur. Si les trois morceaux ne se trouvaient pas intacts dans le Riz rejeté par le vomissement, le malheureux était assommé avec un pilon à écraser le riz. Son corps était Souillé, enseveli rapidement ou abandonné aux Chiens.
Souvent les parents de l’accusé étaient condamnés à une
amende indépendamment de la confiscation de tous ces
biens, el ils étaient tenus de se laver par une abjuration
publique de tout soupcon et de toute complicité dans le crime. L'épreuve était faite en grande solennité, afin d’ins-
pirer au peuple ignorant et superstitieux une crainte illi-
mitée à l'endroit de l'esprit qui était censé résider dans la noix vénéneuse. Quelquefois même, il arrivait que la personne innocente était ravagée par le poison et ne tardait pas à mourir.
On a établi que le Tangena, avant son abolition, amenait la mort de = de la population totale de l’Zinerina. C'était trois-mille personnes en moyenne qui mouraient chaque année victimes de cette affreuse coutume.
Elle est désormais complètement supprimée, grâce aux progrès et au développement de l'intelligence publique et
Von ne se sert plus du Tangena que comme médicament contre l’œuvre des sorciers.