‹ Pratiques et croyances médicales des Malgaches (volume 3)Chapitre 2 sur 5 · BUE DE l'école-de-hédecine · texte numérisé non relu

BUE DE l'école-de-hédecine

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Que ce traité fasse mieux connaître mon pays, qu'il fasse naître le désir, chez quelcjnes-uns, d'aller trayailler à son instruction et à son bien-être, tel est mon plus grand désir et tel est aussi le but de cette thèse.

Avant d'aborder notre sujet, je tiens à adresser mes plus sincères remerciements à M. le professeur BrouardeU doyen de la Faculté de médecine, pour la bienveillance qu'A a bien voulu me témoigner dans le cours de mes études; je n'oublierai jamais ce qu'il a fait pour moi. J'exprime aussi ma sincère reconnaissance à tous mes maîtres, et particulièrement à M. le Professeur R. Blanchard, membre de TÂcadémie de médecine; qu'il veuille bien accepter l'expression de toute ma gratitude pour le grand honneur qu'il m'a fait en me donnant l'idée de ce travail et en acceptant la présidence de ma thèse.

autrement que d'attribuer au soleil une influence considérable sur sa destinée. C'est ainsi que chaque mois apporte sa part dans la vie humaine .

i4/aAama(/y (janvier). — Renfermait le destin des princes, et ceux qui sont nés dans ce mois peuvent tout entreprendre avec réussite .

Adaoro (février). — Destin favorable, mais exposé à la foudre provoquée par les ennemis et les mpanao ody.

AdizMza (mars). — Bonne destinée, mais contraire cependant à ceux qui veulent être guéris de toutes sortes de maladies.

Asorotany (avril). — Destin de fer ; celui qui nait dans ce mois est toujours robuste et bien portant.

Alahasaty (mai). — Destin des sorciers ; ils réussissent toujours à cette époque dans leur œuvre diabolique.

Asombola (juin). — Destin propice à qui cherche la fortune (destin d'argent).

Adimizana (juillet), — Excellent destin poqr celui qui le reçoit en naissant ; il mourra de mort naturelle et ne pourra être tué, pas même par un canon tirant à bout portant.

Alakarabo (août). — Destin heureux pour les malades ; ils guérissent facilement.

Alakaosy (septembre). — Destin indomptable pour les rois, mais hostile aux enfants qui naissent dans ce mois: on les porte à rentrée de la cour où sont les Bœufs et si ces animaux, en sortant, ne les écrasent pas, on les recueille et on les soigne.

Provenance des Maladies.

Si Ton demande à un Malgache : a Pourquoi votre enfant est-il muet? » il répondra : « Parce qu'il est né dans le mois mauvais, parce que c'est sa destinée. »

— « Pourquoi votre père malade est-il mort tout à coup ?» — « Parce que les ancêtres ne voulaient pas qu'il souffrît. »

— « Pourquoi cet Homme est-il atteint de paralysie? »

— « Parce qu'il a commis une faute grave envers les Vazimba. »

— « Pourquoi avez-vous trouvé des amulettes dans votre maison ?» — « Parce que les Mpa?iao ody cherchent à me faire mourir. »

— a Pourquoi êtes-vous triste, préoccupé et malade? »

— « Parce que le sorcier a frappé à la porte celte nuit et que le malheur est suspendu sur nos têtes », etc.

GuÉRisoN DES Maladies

Si vous êtes atteint d'une maladie que l'on croit produite par le destin, et que vous demandiez à un Malgache ce qu'il faut faire, il vous répondra sans hésiter : « C'est la destinée ! »

Si votre enfant est à l'article de la mort, le Malgache vous dira : « Faites des sacrifices, des prières aux ancêtres. »

Pour la paralysie générale ou partielle, il faut porter du Riz et des Poulets sur la demeure des vazimba.

Que faut-il faire pour détruire l'action des mpanao ody ? Ecraser Vody avec de la crotte de Chien.

Comment lutter contre le sorcier? Aller trouver le dompteur de charmes qui saisira le sort et en détruira les funestes effets .

En résumé, c'est le sikidy qui vous indiquera la provenance des maladies et leur guérison .

apaiser la voix qui vous poursuit et quand on arrive à la maison, on a fini par tout jeter.

2^ Quand on veut se débarrasser d'un esprit méchant ou malfusant, on frappe le tombeau avec la feuille de Tombiaty. Vambiaiy est un arbuste dont les feuilles répandent une odeur infecte, capable de tuer Tesprit. J'ai vu, moimême, dans ma famille un exemple de cette coutume : ma nièce avait donné un soufflet à une jeune esclave dont la mère était morte peu de temps auparavant ; le lendemain quand elle se réveilla, elle eut la figure boursouflée ; c'était évidemment Tesprit de la mère de la jeune esclave qui punissait ma nièce de sa vivacité et qui lui avait rendu le soufflet donné . Tous mes parents et moi-même, nous prîmes des feuilles de Tarbuste et nous allâmes au cime* tière exécuter Tesprit de la morte. Au bout de quelques jours en effet, la figure de ma nièce redevint naturelle et tous mes parents conclurent à Tefficacitë de cette manœuvre. J'étais très jeune alors et mon imagination en fut fortement frappée; aussi me serais-je bien gardé de maltraiter qui que ce soit dans la maison et je n'avais garde de sortir le soir.

Victoire. - Lorsque la personne est morte, Tœuvre de la sorcière n'est pas encore finie ; elle se rend au cimetière pour manifester sa joie et danser sur le tombeau en chantant :

« Te voilà mort, c'est bien fait ; Tu crois maintenant en ma puissance, Je peux faire mourir qui je veux, La vie m'appartient, Dieu fait ma volonté. »

Les sorciers devant la loi. ^- Autrefois, et il n'y a pas longtemps encore, sitôt que quelqu'un était soupçonné de sorcellerie, on le livrait impitoyablement à l'épreuve du tanghen, dont nous parlerons plus tard à propos de la plante vénéneuse, citée plus haut.

Prédestination. — Les sorcières, par Teffet de cette réprobation générale, se croyaient destinées à être ce qu'elles étaient et, en conséquence, au lieu de chercher ^ devenir meilleures, elles continuaient à commettre toutes sortes de crimes .

Moyens. — Quand les sorcières veulent faire mourir une personne, elles prennent :

l"" la tige du Mangahazo (de manga^ excellent et hazoy arbre) manioc.

2* un morceau de Tsontsoraka^ dont on attache les joncs qui servent à couvrir les toits.

3° un morceau de Filao, arbre maritime.

4° un morceau d'un arbre quelconque qui croit au bord d'un précipice.

Elles réunissent ces quatre morceaux de bois, les plongen t I ' dans le miel ou Thuile de Ricin, et, pendant cette opération ,

[ -prononcent des vœux contre leur victime. Elles portent

I ' alors cet ody dans la case de la personne maudite pour gu'il

- accomplisse son œuvre. On peut en détruire le funeste effet

en le recouvrant d'excréments de Chien. Il est à remarquer ; que l'arbre qui pousse au bord du précipice semble être

attiré par l'abîme. De même la personne sera entraînée par

Vody.

Les Faiseurs d'Amulettes.

(mpanao ody) .

Définition. — On croyait, et on croit encore, à Madagascar, que les faiseurs d'amulettes peuvent tuer à distance ; ils sont très puissants, disent les Malgaches, et par leur volonté* ils parviennent toujours à leurs fins, avec leurs ody.

Exemple et moyens. — Si, par exemple, ils veulent faire mourir quelqu'un promptement, il leur sufSt de prendre un peu de terre sur la trace laissée par le pas de leur victime et de remporter avec eux; ils la mélangent avec leurs odj/ et prononcent leurs invocations contre la personne qu'ils veulent tuer.

Le mpanao ody vengeur. — lia puissance des mpanao ody est très renommée et si l^on veut se débarasser d'un

ennemi, on peut aller chez eux et, moyennant une forte

somme, attirer sur lui leur colère.

Leur puissanoe. — Leur pouvoir va jusqu'au ciel; ils

peuvent déchaîner les éléments, faire pleuvoir, attirer la

foudre sur une maison ou l'en écarter, empêcher la grêle

de saccager les récoltes, guérir toutes les maladies; en un

mot, ils peuvent faire tout ce qu'ils veulent.

Les ody — Toutes leurs aclions sont des ody. Ils les nomment suivant leur destination et les vendent à des prix différents, d'après leur but.

Voici quelques dénominations d'ody :

Ody /î/ia/charmes d'amour.

Ody basy, contre les balles de fusil.

Ody mahafaty, pour faire mourir.

Ody mosavy, contre la sorcellerie.

Ody mahery^ d'une très grande puissance, etc.

Prix des ody — Si l'indigène pense qu'un ody ne sera pas suffisant, il en achète 2, 3, 4, etc. Le prix en est très élevé ; un seul ody vaut 4 esclaves, 10 Bœufs ou une somme considérable.

Odytitia — Si un jeune homme veut se faire aimer d'une jeune Qlle, ou inversement; si un domestique, un esclave veut se faire estimer de son maître, ils vont chez le mpanao ody, paient un ody 25 ou 30 fr., le mettent daos la bouche, se placent devant l'objet de leur amour dans la direction du vent et lui adressent la parole, qui va le frapper en plein visage et produit son charme. Il n'est pas toujours possible de parler à celui qu^on désire ; il faut alors jeter Vody à l'endroit où il passera, ou payer un domestique pour qu'il le mélange avec sa nourriture. Il serait donc excessivement facile de se faire aimer par quelqu'un, s*il n'y avait pas la contre-partie qui balance la puissance de Vody. : j'aime une jeune fille, mais elle est indifi'érenle à mon amour, elle ne doute pas un seul instant que je ne fasse l'impossible pour la forcer à m'aimer,

que les feuilles de diverses plantes auxquelles on attribuait uû pouvoir magique et qu'on brûlait près de la personne ennemie. Dans Topinion du peuple, tout individu qui avait commis quelque crime extraordinaire était réputé ensorcelé, car jamais, disait-on, il ne se serait rendu coupable d'un pareil crime, s'il n'avait pas étédominé parune influence diabolique. IL arrivait souvent que des indivividus mal intentionnés cherchaient à efi^rayer les personnes auxquelles ils voulaient du mal en faisant déposer à la porte de ces dernières, ou flxeràauelque endroit de la maison, certains objets réjouies imbus d'une vertu malfaisante. En voyant cela, fenfin, on croit qu'il y aura un malheur; alors, par la crainte,on devient malade et l'on peut mourir. Pour vaincre celte amulette en la jette dans les excréments du Ghîen.

D'après la tradition, ce procédé pour deviner l'avenir aurait élé révélé par les ancêtres du roi et transmis de génération en génération, jusqulà maintenant, parmi les habitants éloignés de la capitale, car encore aujourd'hui beaucoup de personnes vont consulter les mpisikidy et ont une entière confiance en leurs oracles. En 1860» tous les habitants de la grande lie croyaient fermement à la verlu des sikidy pour connaître la provenance de la maladie ou pour se préserver de tous malheurs. A côté des véritables mpisikidy^ il y a des farceurs qui trouvent que le métier n'est pas trop mauvais et exploitent la crédulité des: autres pour gagner de l'argent.

Anecdotes.

Un jeune homme, que je connaissais parfaitement, mais n'ayant jamais reçu le don de deviner Tavenir ni des ancêtres, ni de personne, voulait accomplir un très long voyage ; mais malheureusement il n'avait pour toute fortune qu'une pièce de cinq francs. Il partit malgré sa bourse légère et à la fin du jour il arriva à l'entrée d'un village retiré dans la campagne et éloigné de toute route. Il en fit rapidement le tour, remarqua les caractères particuliers, un arbre là, un puits ici, etc., plaça sa pièce de monnaie sous une pierre et vint s'installer au milieu du village.

Il fut bientôt entouré de toute la population, car il s'était mis h faire des signes cabalistiques sur le sol et à disposer des graines du fano comme pour faire des sikidy. Les assistants l'inlerrogèrent et lui demandèrent s'il était mpisikidy. Il ne répondit pas directement à leurs questions, mais tout en combinant ses graines, il indiqua qu'à tel endroit on trouverait un arbre, à tel autre un puits, et que là-bas, sous une pierre, on trouverait même une pièce de cinq francs. La convoitise était éveillée et chacun voulut trouver une cachette aussi précieuse : de tous les côtés afiQuèrent d'autres pièces de monnaie pour prix des prédictiens et des endroits où Ton trouverait sûrement tles sommes encore plus importantes. Seulement ces cachettes étaient un peu plus éloignées et pendant que chacun partait à la découverte, notre jeune homme pliait bagage et filait à Tunglaise avec la poche remplie d'argent. Quand il revint, il était presque devenu riche, car il recommençait le même stratagème chaque fois qu'il trouvait une occasion favorable •

F A DIT R A ET SORONA

Nous devons aussi mentionner deux pratiques spéciales qui se rattachent aux idées malgaches en matière de sacrifices : le fadiPra et le sorona.

Un faditra est un objet désigné par le devin pour être jeté afin de détourner le malheur et la maladie. Cet objet maudit, interdit, est tantôt de l'argent, tantôt une pelletée de cendres ou un animal. Sur cet objet, quel quMl soit, on énumère les malheurs qu*on veut conjurer, avec la pensée que la destruction ou la perte du faditra chassera au loin les calamités redoutées. Si ce sont des cendres qui constituent le faditra on les jette en Tair à la volée pour que la maladie se disperse comme elles. Si c'est de l'argent, on le jette au fond de Teau, pour que la maladie sorte du corps et disparaisse comme l'argent au fond de Teau. Si c'est un animal, un homme l'emporte sur ses épaules dans un endroit éloigné et désert, en appelant les malheurs sur la tête de la victime.

L'idée d*une substitution de peines est évidemment contenue dans la pratique du faditra ; il y a, dans la formule

qu'on emploie pour cette cérémonie, une allusion certaine à cette croyance:

« Maintenant que les actions de grâces sont faites, cet objet, à droite, est échangé contre la vie du malade, échangé afin que l'échange se fasse, substitué afin que la substitution se fasse. Cet objet est sacrifié, cent fois, mille fois pour détourner tout malheur ou toute maladie. »

Le Borona consiste ordinairement en certains objets, chapelets ou chaînes d'argent par exemple, qu'on porte à titre de charmes [ody) pour obtenir des faveurs et pour guérir les maladies.

Plan.

Avant d'entrer dans le corps de notre sujet, nous avons cru devoir classer les maladies.

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