‹ Pratiques et croyances médicales des MalgachesChapitre 3 sur 12 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Le Malgache croit à la fatalité, comme tous les peuples d’origine arabe, mais son opinion sur le destin diffère quelque peu de celle des anciens habitants de Rome et d’Athènes et de celle des disciples de Mahomet. D’après la tradition, le Créateur, lorsqu’il tira toutes choses du néant, créa aussi des destins et des sorts ; mais, afin de s’épargner

le travail d’en faire une équitable distribution, il les attacha aux jours et aux heures de chacune des divisions de l’année, si bien que, si Ton demande à un Malgache d’où viennent les maladies, il répond toujours :

« Les maladies proviennent des ancêtres, des vazimba , des mpanao ody , des ody , des sorciers, des ody mahery, des saisons et des jours ». Chacun, en venant au monde, subit son destin ; il est envid, méprisé, attaqué par ses ennemis, et, quoi qu’il fasse, il ne peut lutter contre son sort.

En partant de ce principe que les jours et les mois sont intimement liés à sa vie, le Malgache ne pouvait pas faire

autrement que d’attribuer au soleil une influence considérable sur sa destinée. C’est ainsi que chaque mois apporte sa part dans la vie humaine.

.4 lahamady (janvier). — Renfermait le destin des princes, et ceux qui sont nés dans ce mois peuvent tout entreprendre avec réussite.

Adaoro (février). — Destin favorable, mais exposé à la foudre provoquée par les ennemis et les mpanao ody.

Adizaoza (mars). — Bonne destinée, mais contraire cependant à ceux qui veulent être guéris de toutes sortes de maladies.

Asorotany (avril). — Destin de fer ; celui qui naît dans ce mois est toujours robuste et bien portant.

Alahasaty (mai). — Destin des sorciers ; ils réussissent toujours à cette époque dans leur œuvre diabolique.

Asombola (juin). — Destin propice à qui cherche la fortune (destin d’argent).

Adimizana (juillet), — Excellent destin pour celui qui le reçoit en naissant ; il mourra de mort naturelle et ne pourra être tué, pas même par un canon tirant à bout portant.

Alàkarabo (août). — Destin heureux pour les malades ; ils guérissent facilement.

Alakaosy (septembre). — Destin indomptable pour les rois, mais hostile aux enfants qui naissent dans ce mois: on les porte à l’entrée de la cour où sont les Bœufs et si ces animaux, en sortant, ne les écrasent pas, on les recueille et on les soigne.

Adïjady (octobre). — Destin de bronze, propice à l’hymen; celui qui prendra femme à ce moment la rencontrera sobre, le lien sera fort durable, malgré tout; la mort seule pourra le rompre .

Adalo (novembre). — Destin de pleurs, de larmes; celui qui naît en ce mois sera voué à la maladie, aux infirmités, aux accidents et ne laissera derrière lui que deuil et tristesse. C’est le mois des épidémies, de la fièvre, etc.

Alohotsy (décembre). — Destin léger; les souffrances sont diminuées par le destin.

Cependant, si mauvaise que se montre la destinée, comme elle est composée d'éléments différents, le Malgache pense qu’une lutte continuelle existe entre ses diverses forces et qu’un destin mauvais peut trouver un destin bon plus fort que lui et qui le détruira. C’est ainsi qu’un Homme menacé par le destin peut substituer à lui-même un animal ou un objet sur qui viendra tomber la colère du destin; mais pour cela, il faut que le bon destin qui le protège soit plus fort que l’autre. A tous ces destins, que le Malgache subit avec résignation, il faut ajouter l’influence qu’exerce l’esprit des ancêtres, les vazimba , les mpanao ody) les ody, les sorciers et les ody mahery . Entouré de mille dangers, le Malgache, tout en craignant les causes mauvaises, luttera jusqu’au bout pour conjurer son sort et, prenant les astrologues ou devins comme intermédiaires, il s’efforcera de détruire la puissance du mal.

Provenance des Maladies.

Si l’on demande à un Malgache : « Pourquoi votre enfant est-il muet? » il répondra : « Parce qu’il est né dans le mois mauvais, parce que c’est sa destinée. »

— « Pourquoi votre père malade est-il mort tout à coup ?» — « Parce que les ancêtres ne voulaient pas qu’il souffrît. »

— « Pourquoi cet Homme est-il atteint de paralysie? »

— « Parce qu’il a commis une faute grave envers les Va zimba. »

— - « Pourquoi avez-vous trouvé des amulettes dans votre maison ?» — « Parce que les Mpanao ody cherchent à me faire mourir. »

— « Pourquoi êtes-vous triste, préoccupé et malade ? »

— « Parce que le sorcier a frappé à la porte cette nuit et que le malheur est suspendu sur nos têtes », etc.

Guérison des Maladies

Si vous êtes atteint d’une maladie que l’on croit produite par le destin, et que vous demandiez à un Malgache ce qu’il faut faire, il vous répondra sans hésiter : « C’est la destinée! »

Si votre enfant est à l’article de la mort, le Malgache vous dira : « Faites des sacrifices, des prières aux ancê très. »

Pour la paralysie générale ou partielle, il faut porter du Riz et des Poulets sur la demeure des vazimba.

Que faut-il faire pour détruire l’action des mpanao ody ? Ecraser Vody avec de la crotte de Chien.

Comment lutter contre le sorcier? Aller trouver le dompteur de charmes qui saisira le sort et en détruira les funestes effets.

En résumé, c’est le sikidy qui vous indiquera la provenance des maladies et leur guérison.

Les Ancêtres (razana) .

Croyances. — Les Malgaches croient que l’esprit des ancêtres ne s’éloigne pas de leurs habitations : les morts restent parmi les vivants pour guérir les maladies, ou pour leur faire du mal quand ils sont fâchés contre eux. Iis croient donc qu’il y a des esprits mauvais et des esprits bienfaisants.

Esprits méchants. — Les esprits méchants, disent-ils, leur occasionnent toutes sortes de maladies, ou bien ils prennent la défense des leurs. Ils agissent plutôt le matin et le soir; et, quand il fait du vent, c’est l’esprit qui manifeste sa présence. Les indigènes attendent donc avec anxiété la fin de la bourrasque pour se rendre compte du degré de mécontentement de l’esprit.

Usages. — Aussi, pour racheter les fautes et les crimes commis qui sont punis par les esprits, le culte des morts est-il poussé très loin : on honore les morts, on les enveloppe de plusieurs lamba parfois très riches, on leur apporte, au cimetière, des boissons, de l’eau, des vivres, car on croit que les ancêtres peuvent boire et manger comme

les vivants; on apporte même de l’argent, avec lequel on intercède pour les malades de la famille.

Dans la famille, la crainte des parents morts depuis plus ou moins longtemps est très grande. Plusieurs prétendent avoir vu leurs parents morts : ce sont encore des êtres comme nous, mais qui marchent sans toucher la terre et sont vêtus de blanc.

Esprits bienfaisants. — Les esprits bienfaisants agissent autrement : ils bénissent leurs enfants, attaquent leurs ennemis, et, quand leurs descendants sont malades, ils les font mourir pour les soustraire à la souffrance, à moins qu’ils jugent à propos de les guérir.

Usages. — Pour toutes ces raisons, l’autopsie, la dissec-% tion d’un cadavre, le contact même, à moins que l’on ne soit un proche parent, sont des profanations qui attireraient la colère de l’esprit. On l’entoure de beaucoup de soins, on le lave, on le revêt de ses plus beaux habits, car on espère toujours le voir revenir à la maison avec les vêtements dont on l’a couvert.

Anecdotes. — Les deux anecdotes suivantes montrent jusqu’où allait, et va encore, la crédulité du peuple malgache.

1° On dit que les morts aiment beaucoup la viande de Mouton ; aussi, quand on achète cette viande au marché et que l’on passe près d’un cimetière, on entend la voix des ancêtres qui vous demandent leur part ; c’est une voix nasillarde qui passe au milieu du vent. Par crainte, on donne, on jette plutôt, un morceau de viande pour

apaiser la voix qui vous poursuit et quand on arrive à la maison, on a fini par tout jeter.

2° Quand on veut se débarrasser d’un esprit méchant ou malfaisant, on frappe le tombeau avec la feuille de Yambiaty . Vambiaty est un arbuste dont les feuilles répandent une odeur infecte, capable de tuer l’esprit. J’ai vu, moimême, dans ma famille un exemple de cette coutume : ma nièce avait donné un soufflet à une jeune esclave dont la mère était morte peu de temps auparavant ; le lendemain quand elle se réveilla, elle eut la figure boursouflée ; c’était évidemment l’esprit de la mère de la jeune esclave qui punissait ma nièce de sa vivacité et qui lui avait rendu le soufflet donné. Tous mes parents et moi-même, nous prîmes des feuilles de l’arbuste et nous allâmes au cimetière exécuter l'esprit de la morte. A.u bout de quelques jours en effet, la figure de ma nièce redevint naturelle et tous mes parents conclurent à l’efficacité de cette manœuvre. J’étais très jeune alors et mon imagination en fut fortement frappée; aussi me serais-je bien gardé de maltraiter qui que ce soit dans la maison et je n’avais garde de sortir le soir.

LES VAZIMBA

Définition. — Les vazimba sont, dit-on, tes habitants autochthones de Madagascar qui, après avoir été chassés par les nouveaux venus (hova), se sont réfugiés dans les forêts, les rochers et dans l’eau.

Ce sont, assure-t-on, des êtres de petite taille, mesurant à peine 0 m. 50 de hauteur, dont les cheveux traînent à terre, très agiles et avec une figure mignonne et très bien faite.

Respect. — Leurs habitations, leurs tombeaux, ou plutôt ce que l’on prend comme tels, sont toujours respectés, line faut jamais mettre le pied sur leurs domaines, ni cueillir leurs plantes, ni souiller leurs propriétés. Ils sont méchants, disent les Malgaches, ils peuvent provoquer des maladies et ont toujours soif de vengeance.

Vengeance. — Si par hasard, vous vous baignez dans la rivière, ils peuvent vous saisir au passage par la jambe et le bras et vous entraîner comme esclave dans leurs demeures creusées sous la rive et dont l’entrée est sous l’eau. Là, ils vous nourrissent avec du Poisson cru, et vous

laissent le droit de ne pas accepter cette nourriture si cela vous fait plaisir.

Ces demeures quelquefois affleurent le sol et n’en sont séparées que par une mince couche de terre : si un Bœuf pesant vient à passer, il peut enfoncer le plafond fragile de la prison ; il suffit alors de saisir fortement le pied sauveur pour être ramené à Pair libre. On prétend que beaucoup de personnes furent sauvées de cette manière.

Maladies. — Voici quelles sont les maladies que l’on croit être occasionnées par les vazimba :

1° La paralysie générale.

2° La paralysie du membre supérieur.

3° La paralysie du membre inférieur.

4° La paralysie du sphincter anal.

5° L’incontinence d’urine.

Motifs. — - 1° Si vous êtes atteint de paralysie générale, c’est que vous avez mangé les plantes qui ont poussé sur leurs demeures, ou que vous y avez fait une chose très offensante pour le vazimba.

2° Si vous êtes paralysé du membre supérieur, c’est que vous avez pris ou cueilli quelque chose, fruits, légumes, bâtons, dans leurs jardins.

3° Pour le membre inférieur c’est que vous avez foulé leurs terres.

4° La paralysie du sphincter anal et l’incontinence d’urine ont une cause beaucoup plus grave : c'est que. ... !

Cure. — Pour être guéri de tous ces maux, il faudra apporter des Poulets noirs, les tuer près de la demeure des vazimba , et leur offrir les têtes et le sang, ainsi que du Riz, en faisant le serment de respecter désormais leûrs domaines ; car les vazimba passent pour d'excellents empiriques ; leurs cures sont merveilleuses, mais ils ne guérissent que les maux qu’ils ont eux-mêmes envoyés. Us prescrivent généralement l’abstinence, et malheur à celui qui ne l’observe pas. Le malade, devenu maniaque, porte la tête de travers, le cou tordu, la figure contractée, pour ne pas avoir suivi Pordonnancedes vazimba. Parmi les prescriptions les plus connues nous pouvons citer la suivante :

« Prendre un tesson, rond autant que possible, d’une cruche en terre, y tracer des lignes droites allant du centre à la circonférence, le déposer ensuite dans un endroit désigné, réciter alors toute la litanie des sorts et maléfices connus, dire après le dernier : ce ils sont tous partis dans telle direction » et prendre soi-même la fuite dans la direction opposée. Le vent emportera le mal, avec le sort qui l’avait causé. Rentré chez lui, le malade battra le tambour sur un morceau de ferraille avec un vieux couteau. Le jour suivant, il reprendra le même traitement avec les mêmes instruments, mais chauffés. Pour terminer il se frictionnera avec des plantes aromatiques jusqu’à ce que la guérison ou la mort s’ensuive » .

Dans les deux cas, le vazimba s’en tire avec honneur ; Le malade guérit-il? C’est le fait du vazimba. Vient-il à mourir ? Le vazimba a exercé sa vengeance !

RAMISIRAY.

Les Sorciers. (■ mpamosavy ).

Description. — Co sont plutôt des sorcières qui se complaisent dans le mal et qui ne font que le mal; d'elles, viennent les maladies par peur; leur but est de tuer pour tuer, sans cause, cela leur plaît beaucoup. C’est à partir de minuit qu’elles se rendent à la porte de' la personne qu’elles veulent faire mourir. Elles opèrent seules ou se réunissent deux, trois, ou quatre, et viennent frapper à la porte en proférant des injures. A ce signal, tout le monde est affolé et se regarde, car on croit que quelqu’un doit mourir. Celui qui souffre physiquement, soit du ventre, soit du cœur, dit qu’il sent venir la mort et tous les autres sont rassurés pour leur compte. La peur fait son effet, le mal devient plus grave et quelquefois la mort survient, semblant donner raison au sorcier.

Résistance. — Parfois les hommes plus courageux que les autres essayent de s’emparer des sorcières, mais la peur, d’un côté, et de l’autre l’huile dont les sorcières ont enduit tous leurs membres et leurs corps nus, sont suffisantes pour les protéger et faire lâcher prise aux agresseurs.

Victoire. - Lorsque la personne est morte, F oeuvre de la sorcière n’est pas encore finie ; elle se rend au cimetière pour manifester sa joie et danser sur le tombeau en chantant :

« Te voilà mort, c’est bien fait ;

Tu crois maintenant en ma puissance,

Je peux faire mourir qui je veux,

La vie m’appartient,

Dieu fait ma volonté. »

Les sorciers devant la loi. — Autrefois, et il n’y a pas longtemps encore, sitôt que quelqu’un était soupçonné de sorcellerie, on le livrait impitoyablement à l’épreuve du tanghen, dont nous parlerons plus tard à propos de la plante vénéneuse, citée plus haut.

Prédestination. — Les sorcières, par l’effet de cette réprobation générale, se croyaient destinées à être ce qu’elles étaient et, en conséquence, au lieu de chercher 4 devenir meilleures, elles continuaient à commettre toutes sortes de crimes.

Moyens. — Quand les sorcières veulent faire mourir une personne, elles prennent :

1° la tige du Mangahazo (de manga , excellent et hazo, arbre) manioc.

2° un morceau de Tsontsoraka , dont on attache les joncs qui servent à couvrir les toits.

3° un morceau de Filao , arbre maritime.

4° un morceau d’un arbre quelconque qui croît au bord d’un précipice.

Elles réunissent ces quatre morceaux de bois, les plongen t dans le miel ou l’huile de Ricin, et, pendant cette opération , prononcent des vœux contre leur victime. Elles portent alors cet ody dans la case de la personne maudite pour qu il accomplisse son œuvre. On peut en détruire le funeste effet en le recouvrant d’excréments de Ghien. Il est à remarquer que l’arbre qui pousse au bord du précipice semble être attiré par l’abîme. De même la personne sera entraînée par

Yody,

Les Faiseurs d’Amulettes.

(■ mpanao ody) .

Définition. — On croyait, et on croit encore, à Madagascar, que les faiseurs d’amulettes peuvent tuer à distance ; ils sont très puissants, disent les Malgaches, et par leur volonté, ils parviennent toujours à leurs fins, avec leurs ody.

Exemple et moyens. — Si, par exemple, ils veulent faire mourir quelqu’un promptement, il leur suffît de prendre un peu de terre sur la trace laissée par le pas de leur victime et de l’emporter avec eux; ils la mélangent avec leurs ody et prononcent leurs invocations contre la personne qu’ils veulent tuer.

Le mpanao ody vengeur. — La puissance des mpanao ody est très renommée et si Fon veut se débarasser d’un

ennemi, on peut aller chez eux et, moyennant une forte

somme, attirer sur lui leur colère.

Leur puissance. — Leur pouvoir va jusqu au ciel; ils peuvent déchaîner les éléments, faire pleuvoir, attirer la foudre sur une maison ou l’en écarter, empêcher la grêle de saccager les récoltes, guérir toutes les maladies; en un mot, ils peuvent faire tout ce qu’ils veulent.

Les ody — Toutes leurs actions sont des ody. Ils les nomment suivant leur destination et les vendent à des prix différents, d’après leur but.

Voici quelques dénominations d 3 ody :

Ody fitia, charmes d’amour.

Ody basy, contre les balles de fusil.

Ody mahafaty, pour faire mourir.

Ody mosavy, contre la sorcellerie.

Ody rnahery , d’une très grande puissance, etc.

Prix des ody — Si l’indigène pense qu’un ody ne sera pas suffisant, il en achète 2, 3, 4, etc. Le prix en est très élevé ; un seul ody vaut 4 esclaves, 10 Bœufs ou une somme considérable.

Ody fitia — Si un jeune homme veut se faire aimer d’une jeune fille, ou inversement; si un domestique, un esclave veut se faire estimer de son maître, ils vont chez le mpanao ody, paient un ody 25 ou 30 fr., le mettent dans la bouche, se placent devant l’objet de leur amour dans la direction du vent et lui adressent la parole, qui va le frapper en plein visage et produit son charme. Il n’est pas toujours possible de parler à celui qu'on désire ; il faut alors jeter l 'ody à l’endroit où il passera, ou payer un domestique pour qu’il le mélange avec sa nourriture. Il serait donc excessivement facile de se faire aimer par quelqu’un, s'il n’y avait pas la contre-partie qui balance la puissance de Y ody : j’aime une jeune fille, mais elle est indifférente à mon amour, elle ne doute pas un seul instant que je ne fasse l’impossible pour la forcer h m’aimer,

aussi, son cœur étant pris ailleurs, elle se procurera un morceau de cruche en terre, le mettra entre ses dents et la puissance de mon ody sera détruite.

Ody basy. — Pour préserver des balles ennemies l’amulette simple ou double pourrait suffir.

Cependant comme l’excès de précautions ne peut nuire, on y ajoutera quelquefois un breuvage et dans ce but, on achètera au faiseur d’amulettes ce qu’il faut. Ordinairement ils donnent des plantes que les malgaches désignent sous les noms de tongobato et de volombato. On pile alors ces deux plantes et on les fait bouillir dans une marmite ; cette décoction est mise dans des bouteilles que l’on emporte pendant la guerre. Quand le combat est sur le point de commencer, le guerrier tire sa bouteille, boit quelques gorgées de son contenu et en verse ensuite quelques gouttes sur son lamba. Les balles ne pourront l’atteindre ou glisseront sur ses vêtements comme de l’eau.

Pendant la guerre de 1895, plusieurs soldats malgaches étaient soignés à l’hôpital où j’étais étudiant, et il m’arriva plusieurs fois de les entendre dire que les soldats français étaient des faiseurs d’amulettes bien plus puissants que les mpanao malgaches puisqu’ils les avaient blessés avec leurs fusils, d’autant plus qu’ils avaient été frappés sans voir de fumée.

Ody mahafaty. — Les faiseurs d’amulettes emploient certaines plantes qu’ils mélangent avec leurs ody et qu’ils expérimentent sur les bêtes : Chiens, Poules, etc. Si ces animaux sont empoisonnés, les mpanao ody font leurs

provisions de ces plantes, les préparent de mille manières, et les gardent pour satisfaire les personnes qui viendront les trouver. Beaucoup de ces plantes sont inconnues du peuple malgache et des autres mpanao ody\ aussi, pour faire mourir, ceux-ci emploient-ils un autre moyen : ils agissent par la terreur de tout ce qui rappelle la mort. Ils prennent une Sauterelle, l’enveloppent dans un morceau d’étoffe, comme on enveloppe les cadavres humains, la ligottent en six endroits ainsi qu’une momie et viennent jeter ce singulier petit paquet dans la maison de leurs victimes. Si on l’aperçoit sur le sol, une folle terreur s’empare de tout le monde, les plus délicats tombent malades et meurent.

Ody mosavy. — L'ody mosctvy par excellence est le tisonnier du foyer domestique. Si le sorcier frappe à la porte, il suffit de lui jeter ce tisonnier pour qu’il s’enfuie à toutes jambes, en jurant et en menaçant les personnes qui ont eu l’audace de résister à sa puissance. On peut aussi prendre du Tabac en poudre, du Piment pilé et du Poivre, mélanger le tout et le projeter avec un tube dans les yeux du sorcier : aveuglé, étourdi, celui-ci cherche à fuir dans la nuit, mais il éternue avec violence et cela suffit pour permettre de le suivre à la trace, de s’en emparer et de le mettre à mort.

Ody mahery. — On suppose que ce charme consistait à faire des imprécations pour appeler le malheur sur la personne que le mpanao ody désirait atteindre, A cette invocation se rattachait l’emploi de certains objets, tels

que les feuilles de diverses plantes auxquelles on attribuait un pouvoir magique et qu’on brûlait près de la personne ennemie. Dans l’opinion du peuple, tout individu qui avait commis quelque crime extraordinaire était réputé ensorcelé, car jamais, disait-on, il ne se serait rendu coupable d’un pareil crime, s’il n’avait pas étédominé parune influence diabolique. Il arrivait souvent que des indivividus mal intentionnés cherchaient à effrayer les personnes auxquelles iis voulaient du mal en faisant déposer à la porte de ces dernières, ou fixer à quelque endroit de la maison, certains objets réputés imbus d’une vertu malfaisante. En voyant cela, enfin, on croit qu’il y aura un malheur; alors, par la crainte, on devient malade et l’on peut mourir. Pour vaincre cette amulette en la jette dans les excréments du Chien.

Résumé.

Nous voyons donc que toutes les maladies sont produites soit par les ancêtres, soit par les vcizimba ou par les sorciers et les faiseurs d’amulettes ; mais pour lutter contre ces maladies, il est nécessaire d’en connaître exactement la provenance. C’est pour cela qu’on va trouver les mpisikidy (devins ou astrologues), qui remontent à une très haute antiquité. Les devins se servent du sikidy , terme dont l’étymologie est inconnue ; le sikidy se compose d’un nombre de pièces différentes, disposées en rangées et en colonnes suivant des règles déterminées, et qu on manie comme les pièces d’un jeu d’échecs ou de dames, en laissant la part du hasard. Les combinaisons obtenues donnent la réponse à la question posée. Ln cas de maladie, au début d'une entreprise, avant de commencer un voyage, ou quand on croit qu’un malheur va survenir, on consulte le devin pour qu’il indique la conduite à tenir. La pratique du sikidy est très compliquée et il est inutile d en faire le détail ; cependant nous pouvons dire que l’on se sert habituellement des graines de la plante nommée Fano.

D’après la tradition, ce procédé pour deviner l’avenir aurait été révélé par les ancêtres du roi et transmis de génération en génération, jusqu’à maintenant, parmi les habitants éloignés de la capitale, car encore aujourd’hui beaucoup de personnes vont consulter les mpisikidy et ont une entière confiance en leurs oracles. En 1860, tous les habitants de la grande île croyaient fermement à la

vertu des sikidy pour connaître la provenance de la

maladie ou pour se préserver de tous malheurs. A côté des véritables mpisikidy , il y a des farceurs qui trouvent que le métier n’est pas trop mauvais et exploitent la crédulité des autres pour gagner de l’argent.

Anecdotes.

jr

ün jeune homme, que je connaissais parfaitement, mais n’ayant jamais reçu le don de deviner l’avenir ni des ancêtres^ ni de personne, voulait accomplir un très long voyage ; mais malheureusement il n’avait pour toute fortune qu’une pièce de cinq francs. Il partit malgré sa bourse légère et à la fin du jour il arriva à l’entrée d’un village retiré dans la campagne et éloigné de toute route. Il en fit rapidement le tour, remarqua les caractères particuliers, un arbre là, un puits ici, etc., plaça sa pièce de monnaie sous une pierre et vint s’installer au milieu du village.

Il fut bientôt entouré de toute la population, car il s’était mis a faire des signes cabalistiques sur le sol et à disposer des graines du fano comme pour faire des sikidy . Les assistants l’inlerrogèrent et lui demandèrent s il était mpisikidy. Il ne répondit pas directement à leurs questions, mais tout en combinant ses graines, il indiqua qu’à tel endroit on trouverait un arbre, à tel autre un puits, et que là-bas, sous une pierre, on trouverait même une pièce de cinq francs. La convoitise était éveillée et chacun voulut trouver une cachette aussi précieuse : de tous les côtés affluèrent d’autres pièces de monnaie pour prix des prédictions et des endroits où l’on trouverait sûrement des sommes encore plus importantes. Seulement ces cachettes étaient un peu plus éloignées et pendant que chacun partait à la découverte, notre jeune homme pliait bagage et filait à l’anglaise avec la poche remplie d’argent. Quand il revint, il était presque devenu riche, car il recommençait le même stratagème chaque fois qu’il trouvait une occasion

favorable.

FADITRA ET SORONA.

Nous devons aussi mentionner deux pratiques spéciales qui se rattachent aux idées malgaches en matière de sacrifices : le faditra et le sorona.

Un faditra est un objet désigné par le devin pour être jeté afin de détourner le malheur et la maladie. Cet objet maudit, interdit, est tantôt de l’argent, tantôt une pelletée de cendres ou un animal. Sur cet objet, quel qu’il soit, on énumère les malheurs qu’on veut conjurer, avec la pensée que la destruction ou la perte du faditra chassera au loin les calamités redoutées. Si ce sont des cendres qui constituent le faditra on les jette en l’air à la volée pour que la maladie se disperse comme elles. Si c’est de l’argent, on le jette au fond de l’eau, pour que la maladie sorte du corps et disparaisse comme l’argent au fond de l’eau. Si c’est un animal, un homme l’emporte sur ses épaules dans un endroit éloigné et désert, en appelant les malheurs sur la tête de la victime.

L’idée d’une substitution de peines est évidemment contenue dans la pratique du faditra ; il y a, dans la formule

qu’on emploie pour celte cérémonie, une allusion certaine à cette croyance :

« Maintenant que les actions de grâces sont faites, cet objet, à droite, est échangé contre la vie du malade, échangé afin que l’échange se fasse, substitué afin que la substitution se fasse. Cet objet est sacrifié, cent fois, mille fois pour détourner tout malheur ou toute maladie. »

Le sorona consiste ordinairement en certains objets, chapelets ou chaînes d’argent par exemple, qu'on porte à titre de charmes [ody) pour obtenir des faveurs et pour guérii

les maladies.

Plan.

Avant d’entrer dans le corps de notre sujet, nous avons cru devoir classer 'les maladies.

L Maladies générales et éruptives

1° La fièvre (hypertrophie du foie)

2° la variole (vaccine) ;

3° la lèpre;

4° la rougeole ;

5° la varicelle ;

6° la scarlatine :

7° la syphilis;

8° les oreillons;

9° la rage;

10° la blennorrhagie ;

11° la goutte.

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