LE BOHÉMIEN
Oui.
C’est bien. Que tout se passe selon nos coutume*!
TRUXILLO, déployant un vieux parchemin déchiré et sali.
D’après la charte bohème, toi qui accuses, tu vas prouver, sinon, ces bâtons réunis pour te soutenir se sépareront pour te
frapper. (Trois bohémiens s’avancent portant chacun un gros bâton. Après quelques passes au bruit des tambours de basque, ils entremêlent leurs bâtons de façon à former un triangle solide que chacun d'eux soutient par les bouts. Le bohémien s’assied sur cette espèce de pavois.)
TESTAFERRATA.
Tartatia, notre frère, accuse Preciosa d’avoir oublié ses devoirs en aimant un homme qui n’est pas de la tribu... Cet homme, cet ennemi, depuis quelques jours elle le rencontre à l’entrée de Grenade, et aujourd'hui même elle lui a donné un rendez-vous dans la montagne... J’ai dit... (au bohémien.) Est-ce bien cela?
LE BOHÉMIEN, étendant la main.
C’est cela, (il descend.)
TRUXILLO
C’est impossible.
C’est vrai.
TOUS
Oh!..
Mais cet amour dont vous me faites un crime, le connaissezvous?.. Savez-vous quels sont mes projets?
TOUS
Non.
Écoutez-moi donc à votre tour... Le capitaine général de Grenade a juré de vous exterminer. Il a réuni toutes les forces de la province... nous sommes cernés, la fuite est impossible.
TESTAFERRATA.
Nous nous défendrons...
Oui... je le sais... mais si l’on pouvait sans combattre triompher de notre adversaire...
TRUXILLO
Comment cela?
Celui que j’attends, cet ennemi de notre race que vous me reprochiez d’aimer, c’est le fils du capitaine, c’est Lorenzo luimême.
TESTAFERRATA.
Depuis huit jours, il vient m’attendre an pied de la montagne... J’ai su le séduire par mes chants et lui persuader que je l’aimais. Dans quelques instants il va venir, il sera en notre
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