‹ Précis d'analyse chimique qualitative: ou, Traité des opérations chimiquesChapitre 10 sur 124 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

L'analyse et la synthèse des corps présentent les phénomènes les plus variés, qui se manifestent par des changements de couleur, par la formation de précipités, par des dégagements de gaz, par des détonations, etc. Toutes les fois que des caractères aussi saillants apparaissent au moment de l'union ou de la séparation de deux corps connus, il est clair qu'on conclura à la présence de Tun de ces corps ; et, réciproquement, aussi à celle de l'autre. On sait, par exemple,que la baryte, lorsqu'elle rencontre l'acide sulfurique , forme avec lui un précipité dont on connaît bien les caractères ; par conséquent, dès qu'on verra naître ce précipité par l'addition d'eau de baryte à une liqueur quelconque, on en inférera immédiatement la présence 4e l'acide sulfurique dans la solution.

Les corps employés à déceler la présence des autres corps, au moyen de réactions prononcées et frappantes, sont appelés réact»/», parce qu'ils servent à signaler la présence les uns des autres.

On divise les réactifs en généraux et spéciaux, suivant le but qu'on se propose d'atteindre. Les premiers servent à déterminer la '•lasse ou le groupe auquel appartient le corps qu'on analyse, tan-

dis que les seconds font connaître son nom en indiquant son espèce. Quoiqu'il n'y ait pas de limite bien déterminée entre ces deux divisions, il est utile cependant de les employer, parce qu'elles nous obligent, chaque fois que nous nous servons d'un réactif, à nous demander si c'est dans le but de caractériser un groupe de corps ou bien un corps pris isolément.

La valeur des réactifs dépend de la nature des caractères qu'ils fournissent, ainsi que de leur sensibilité. Un réactif est caractérisa tique , lorsque le changement qu'il fait éprouver au corps à la recherche duquel on remploie, est tellement prononcé qu'il distingue nettement ce corps de tous les autres: le fer, par exemple, est un réactif caracléristiqup du cuivre ; le chlorure stanneux, du mercure , parce que précipitant des solutions des sels de ces deux corps, le cuivre et le mercure à Tétat métallique, ils empêchent de les confondre avec aucun de leurs congénères. Un réactif est sensible, lorsque son action est encore très-prononcée, même sur des quantités excessivement minimes de la substance qu'il doit déceler, comme c'est le cas de la fécule pour l'iode.

Beaucoup de réactifs sont à la fois caractéristiques et sensibles : par exemple, le chloride aurique, pour l'oxyde slanneux ; le cyanoferrite potassique, pour les oxydes ferrique et cuivrique, etc.

Lorsqu'on exige des réactifs des actions décisives, il est inutile d'observer qu'ils doivent être chimiquement purs, c'est-à-dire ne pas contenir un atome de matières étrangères ; aussi devra-t-on toujours, avant de s'en servir, essayer ces réactifs avec la plus scrupuleuse exactitude, qu'on les ait achetés ou préparés soi-même. Il est clair que , dans ces essais, on ne devra chercher à déceler que les impuretés qui peuvent venir de leur préparation, sans vouloir s'assurer de Pabsence de tous les corps connus.

Une des sources d'erreurs, en analyse qualitative, provient de ce qu'on n'emploie pas les réactifs dans les proportions justement nécessaires à la réussite des opérations. Les expressions de : ajouter un excès, sursaturer, etc., font souvent croire aux élèves qu'on ne peut employer le réactif en trop grande quantité; aussi en voit-on qui, pour sursaturer quelques gouttes de liqueur alcaline, y versent tout un tube d'essais plein d'acide, tandis qu'il n'en aurait fallu que quelques gouttes pour la sursaturer, après l'avoir neutralisée. S'il faut éviter d'employer trop de réactif, il faut se gar-

22 ANALYSE CHIMIQUE QUAUTATIVE. [§15.

der, avec tout autant de soin, d'en employer trop peu, parce qu'on s'expose à faire naître des réactions bien différentes de celles qu'on veut obtenir : ainsi, par exemple, le chlorure mercurique est précipité en blanc par le sulfide hydrique employé en petite quantité ; et, en noir, par un excès. Celle faule est plus rare que la première chez les commençants, qui augmentent fréquemment la difficulté de leurs travaux en employant un excès des réactifs qui leur sont nécessaires ; les résultais qu'ils obtiennent alors sont entachés d'une incertitude provenant de ce que les liqueurs qu'ils emploient étant trop étendues, ils ne peuvent plus saisir l'action des réactifs, qui n'est perceptible que jusqu'à un certain degré de dilution et pas au delà. Le meilleur moye^ d'écarter cette chance d'erreur est de réfléchir, avant que d'employer un réactif, dans quai but on s'en sert, et quelle réaction il doit produire.

Suivant qu'on fait agir les réactifs sur des corps liquéfiés par l'intermède de la chaleur ou de l'eau, on les divise en réactifs pour lavoiesèohey el réactifs pour la voie humide^ dont nous donnons ici les groupes principaux avec leurs subdivisions, afin qu'on en puisse bien saisir l'ensemble.

A. Réactifs pour la voie humide.

L Réactifs généraux.

a. Employés essentiellement comme dissolvants simples.

Page 1