DÉTEIUIINATION DU POIDS
Pour connaître avec précision le poids des corps, il faut d'abord avoir une excellente balance et des poids bien exacts. Avant de passer aux pesées , nous décrirons d'abord les appareils avec lesquels on les fait.
a. La balance.
Quoique la théorie de la balance soit du domaine de la Physique , nous devons cependant en rappeler ici tous les points nécessaires à connaîtra lorsqu'on veut s'assurer de la valeur d'un instrument semblable, et se garantir d'une foule d'erreurs, dans lesquelles tombent presque toujours les personnes qui n'ont aucune notion des principes qui doivent diriger dans la construction et l'usage des balances.
Pour qu'une balance soit bonne, elle doit être juste et sensible,
La justesse de la balance dépend des conditions suivantes :
«. Il faut que le point de suspension ou £ appui du fléau soit
au-dessus de son centre de gravité. — Quand le centre de gravité
tombe dans le point d'appui du fléau , tout l'appareil se trouve
en équilibre sur ce même point d'appui, en sorte qu'en plaçant
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des poids égaux sur les plateaux de la balance, elle conservera toutes les positions possibles, puisqu'il n'y a pas de force qui la ramène à la position horizontale. Dans ce cas , la balance n'oscille pas ; elle ne peut donc pas être employée.
Mais lorsque le centre de gravité est au-dessus du point d'appui, il devient presque impossible d'amener le fléau à prendra la position horizontale , puisqu'il ne la conserve qu'autant que le centre de gravité se trouve perpendiculairement au-dessus du point de suspension. Le moindre poids , la moindre secousse qui détruirait cet équilibre, ferait brusquement tomber le balancier d'un côté ou de l'autre, sans qu'il put reprendre sa position primitive.
p. Les points de suspension des plateaux de la balance doivent se trouver sur le même plan que celui du fléau. —S'ils étalent audessus du point de suspension du fléau, le centre de gravité de tout le système qui était d'abord au-dessous de lui, s'élèverait au-dessus de lui, à mesure que la charge des plateaux augmenterait, en sorte qu'il arriverait un moment où, le centre de gravité tombant dans le point de suspension même , la balance cesserait d'osciller. En chargeant encore plus les plateaux , le centre de gravité s'élèverait au-dessus du point d'appui , et la balance deviendrait folle.
Quand le point de suspension des plateaux est au-dessous de celui du fléau , le centre de gravité de tout le système s'abaisse à mesure qu'on charge davantage les plateaux. Par là , le pendule s'allonge, et il faut par conséquent une force beaucoup plus grande pour lui faire exécuter des oscillations de même intensité qu'auparavant; en un mot, à mesure qu'on charge davantage la balance , elle devient de plus en plus insensible.
Lorsqu'on échange, les trois couteaux se trouvent sur le même pian, le centre de gravité se rapproche À la vérité d'autant plus du point d'appui, qu'on charge davantage les plateaux ; mais il ne peut jamais se rencontrer tout à fait avec lui. Dans ce cas , il ne peut pas arriver que la balance cesse tout à fait 'd'osciller ; au contraire, sa sensibilité, bien loin de diminuer, s'élève tellement
h ANALYSE CHIMIQUE QUANTITATIVE. [ § 5.
qu'elle deviendrait excessive, si elle n'était pas compensée par d'autres forces.
y. Il faut que le fléau de la balance soit assez fort pour ne jamais fléchir, même lorsque la balance porte le maximum de sa charge. — Si le fléspi se courbait, il est clair que les couteaux de suspension des plateaux s'abaisseraient au-dessous du couteau central du fléau , ce qui rendrait la balance paresseuse , pour la raison que nous venons d'énoncer. Il faut donc construire le fléau de manière à ce que cet inconvénient ne puisse pas se présenter ; on y parvient en lui donnant la forme d'un triangle isocèle trèsobtus ou d'un losange. *
S. Les bras du fléau doivent être tous les deux de la même longueur, c'est-à-dire que les points de suspension des deux plateaux doivent se trouver à une égale distance du point d'appui central du fléau. — Lorsque les bras ne sont pas d'égale longueur , il arrive qu'en mettant sur les deux plateaux des poids égaux, la balance, au lieu de rester stationnaire , tombera du côté où se trouve le bras le plus long du fléau.
La sensibilité des balances dépend essentiellement de trois conditions.
a. Il faut que le frottement des couteaux sur les plans qui les supportent soit aussi faible que possible. — Pour atteindre ce but, il faut que les couteaux soient faits de bon acier. Quant aux plans sur lesquels ils reposent , ils peuvent aussi être d'acier. Il vaut cependant mieux qu'ils soient d'agate, surtout celui qui supporte le couteau central du fléau. Il est clair que ces plans doivent être parfaitement horizontaux. Pour se faire une idée de toute l'utilité qu'il y a à ce que les couteaux de suspension des plateaux exercent le frottement le moins grand possible sur leurs supports, il suffira de se rappeler tous les inconvénients qui se présenteraient si les plateaux étaient fixés au fléau par des barres roides et immobiles. Une balance ainsi disposée ne pourrait absolument pas être sensible , puisqu'en chargeant un des
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plateaux, on produirait à la vérité son abaissement; mais comme il continuerait alors à faire angle droit avec le fléau , il est clair qu'il dérangerait le centre de gravité de la balance, d'autant plus qu'il descendrait plus bas en tombant au-dessous de l'extrémité du fléau , tandis que le plateau le plus léger dépasserait l'autre extrémité en produisant ainsi une balance à bras d'inégale. longueur , dont tous les inconvénients viennent d'être signalés. Plus le frottement des couteaux de suspension des plateaux sur leurs supports est grand , moins la balance est sensible.
p. U faut que le centre de gravité de la balance soit aussi prés que possible de son point d'appui. — Plus ils sont rapprochés l'un de l'autre , plus le pendule que forme la balance est court. Il en est ici absolument de même qu'avec deux poids égaux suspendus à des fils d'inégale longueur; car en donnant à chacun de ces poids une impulsion d'égale intensité , celui qui est suspendu au fil le plus court fera des oscillations de beaucoup plus grandes que celles de l'autre. On comprend facilement par cet exemple qu'une balance sera d'autant plus sensible , que son pendule sera plus court , ou, ce qui revient au même, que son centre de gravité se rapprochera davantage de son point d'appui.
On a dit plus haut que le centre de gravité d'une balance dont les trois couteaux se trouvent sur le même plan, s'élève d'autant plus qu'on charge davantage ses plateaux; par conséquent, une bonne balance deviendra d'autant plus sensible , qu'on la chargera davantage ; mais comme, d'autre part, une augmentation dans la charge rend le frottement des couteaux beaucoup plus intense , ces deux forces se font équilibre au point que la sensibilité de la balance ne change pour ainsi dire pas.
y. Il faut que le fléau de la balance soit aussi léger que possible. — D'après tout ce que nous avons dit précédemment, il sera facile de comprendre pourquoi le fléau doit être aussi léger que possible. En effet , on a vu que plus la charge d'une balance est grande , plus aussi sa sensibilité s'accroît , toutes les fois que d'autres causes ne s'y opposent pas , parce qu'alors le centre de gravité se rapproche du point d'appui. Or , il est clair que plus
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le fléau luirmêflae aéra lourd , moins les poids placés sur les plateaux exerceront d'action sur le centre de gravité de tout le système , qui , pour se rapprocher du point d'appui d'une manière bien sensible , exigera que les plateaux reçoivent une charge de beaucoup plus forte que si le fléau était plus léger. Dans ce casci, l'augmentation du frottement ne se trouve plus oompemée , aussi la balance devientalle d'autantmoins sensible que le poids du fléau est pins grand.
Passons maintenant à l'usage même des balances , après nous être arrêtés quelques instants à l'examen d'autres conditions qui, quoique moins importantes que celles que nous venons de discuter , sont cependant nécessaires pour faire d'une balance un instrument parfait sous tous les rapporta. 4 . Une balance asses forte pour porter 70 à 80 grammes sur chaque plateau suffit en général pour toutes espèces d'analyses.
t. La balance doit être couverte d'une cage vitrée , afin d'être garantie de la poussière. Cette cage doit être spacieuse ; il faut éviter que les parois soient trop rapprochées des plateaux. La paroi antérieure de la cage doit être divisée en trois sections verticales dont la médiane reste fermée, tandis que les deux autres latérales s'ouvrent à droite et à gauche sous forme de portes. Cet arrangement vaut beaucoup mieux que lorsque la devanture de la balance s'ouvre tout d'une pièce en glissant dans des coulisses, parce qu'on ébranle fortement la balance chaque fois qu'on l'ouvre, et que le moindre courant d'air suffit pour en troubler l'équilibre i lorsqu'elle n'est pas fermée.
3. tl est de la plus haute importance que les balances aient un excellent arrêt disposé de manière à ce que lorsqu'on ne s'en sert pas, ou qu'on place des poids sur les plateaux , l'instrument reste tout à fait immobile. L'arrêt le plus répandu est tout simplement, une fourchette qui, soulevant le fléau en élève
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le couteau médian au-dessus du plan qui le porte, et ne laisse de mobile que les plateaux. Dans d'autres balances , ce sont au contraire les plateaux qui sont soulevés pendant que le couteau médian reste sur son plan. Le meilleur système d'arrêt est celui qui consiste à soulever les trois couteaux au-dessus de leurs plane, et à fixer solidement les plateaux. Il laut autant que possible pouvoir arrêter k balance sans ouvrir sa cage.
4. La balance doit porter au centre du fléau une aiguille indiquant l'amplitude de ses oscillations sur une échelle graduée en segment de cercle qu'on fixe au pied de la colonne de la balance et non point, comme on le voit souvent, à une des extrémités du fléau.
5. Il faut que la balance porte le long de sa colonne un fil à plomb, ou à sa base deux petits niveaux d'eau, afin qu'on puisse mettre les trois couteaux du fléau sur la même ligne horizontale. Pour y parvenir , il suffit d'élever eu d'abaisser les trots vis qui servent de pieds à la cage de toutes las balances,
6. On gagne beaucoup de temps , lorsque le fléau porte une division décimale qui permet de peser facilement les milligrammes, en mettant sur elle de petits crocheta du poids d'un centigramme , qui représentent d'autant plus de milligrammes, qu'on les rapproche davantage des extrémités du fléau.
1. H est toute fait indispensable que la balance porte au-dessus du milieu du fléau une vis qui sert à en régler le «entre de gravité, et deux autres vis, une à chaque bout du fléau. Ces dernières servent à rétablir l'équilibre entre ses bras , chaque fois qu'il est altéré.
Pour savoir jusqu'à quel point une balance est juste et sensU Me, on doit la soumettre aux épreuves suivantes. 4 . Dans le cas eu les plateaux de la balance ne sont pas en
équilibre parfait, on les y amène en chargeant le plus léger avec de petits morceaux d'étain en feuilles. Gela fait, il faut qu'en mettant sur l'un des plateaux un milligramme, il s'abaisse très-6ensiblement. De bonnes balances chimiques indiquent avec précision le <V de milligramme.
2. On charge les deux plateaux avec le maximum du poids qu'ils peuvent porter; on les met bien en équilibre, et on pose alors un milligramme sur l'un d'eux; la balance devra dévier de ce côté-là, à peu près aussi fortement qu'en 4 . Dans la plupart des cas , la déviation est un peu moindre.
3. Si cela est nécessaire, on met la balance en équilibre, en plaçant sur un de ses plateaux un poids convenable , qu'on y laisse pendant toute la durée de l'expérience; ensuite on charge les deux plateaux d'un poids égal qui sera par exemple de 50 grammes , puis on remet la balance en équilibre, si cela est nécessaire, au moyen de petits poids. Alors on transporte le poids du plateau gauche sur le plateau droit, le poids du plateau droit sur le gauche. Si les bras de la balance sont parfaitement égaux , on ne doit pas observer alors la plus légère déviation.
4. Quand la balance est en équilibre, on l'arrête brusquement, puis on la laisse de nouveau osciller , jusqu'à ce qu'elle s'arrête, et ainsi de suite, à plusieurs reprises. Si la balance est bonne, elle restera en équilibre et son index reviendra toujours au 0° de l'échelle. Les balances qui portent à chaque bout du fléau des couteaux sur lesquels reposent les crochets d'attache des plateaux, de manière à leur laisser beaucoup de jeu , ne conservent pas bien leur équilibre , lorsqu'on les essaye de cette manière. Il est donc clair que ce défaut peut, se rencontrer dans certaines espèces de balances.
Pour qu'une balance soit acceptable , il faut qu'elle supporte bien les première, seconde et la dernière épreuve ; il peut y avoir une légère inégalité entre ses bras, sans qu'elle nuise beaucoup, puisqu'on peut écarter les fautes, qui pourraient naître de ce vice de construction, en pesant avec certaines précautions.
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§»• b. Les poids.
L'unité qui sert de base aux poids à employer est indifférente. Cependant le système métrique est si commode pour tous les calculs, que la plupart des chimistes ont adopté le gramme pour unité de leurs poids.
En général, il est assez indifférent que le gramme et ceux de ses multiples et sous-multiples ayent exactement le même poids que celui du gramme normal. Par contre , il est tout à fait indispensable que ces poids correspondent parfaitement bien entre eux , c'est-à-dire qu'un milligramme soit bien la millième partie du gramme employé; le centigramme, sa centième partie; il faut aussi que la pièce de cinq grammes soit juste cinq fois plus lourde que le gramme , et ainsi de suite.
Avant de passer à l'examen de la justesse des poids prise dans ce sens, étudions quelques considérations secondaires relatives aux poids usités en chimie.
4. Un assortiment de poids allant depuis le milligramme jusqu'à la pièce de 50 grammes est suffisant dans la plupart des cas.
2. Ces poids doivent être placés dans un étui fermant hermétiquement. Il est bon que chacun de ces poids se trouve dans une case séparée, garnie en velours, de manière à ce qu'ils ne puissent pas s'user par le frottement.
3. La meilleure forme à donner aux poids est celle qui a été adoptée par les ingénieurs berlinois CErtling, Kleiner et autres. Les poids les plus forts ont la forme de petits cylindres, munis d'Une espèce de poignée à leur partie supérieure. Les poids d'une valeur inférieure à celle du gramme sont carré? et ont un de leurs coins recourbé en haut afin de pouvoir les saisir sans peine. On les fait en les coupant dans une feuille de platine , qu'il ne faut pas prendre trop mince. Il faut avoir soin de mettre ces petits poids dans des casiers
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assez grands pour qu'on ne coure pas risque de les déformer en les en tirant. Tous ces poids, sauf ceux d'un milligramme, à cause de leur petitesse, doivent porter la désignation bien nette de leur valeur.
4. Quant à la substance même avec laquelle les poids doivent être confectionnés, la plus convenable pour les poids normaux est sans contredit le cristal de roche, à cause de son inaltérabilité. Cette matière-là ne peut cependant pas être appliquée à la fabrication des poids usuels, parce qu'ils coûteraient trop cher, et qu'on ne pourrait pas leur donner une forme commode.
Si les poids en platine n'étaient pas si chers, on devrait les faire tou&dece métal, à cause de son inaltérabilité. En général, on se contente de poids en laiton pour les grammes et les valeurs supérieures ; les fractions du gramme sont seules en platine.
Il faut garantir avec le plus grand soin ces poids-là des vapeurs acides si on veut leur conserver leuf valeur initiale. On ne doit cependant pas croire que les poids en laiton ne valent plus rien dès qu'ils sont un peu oxydés, ce qui arrive toujours avec le temps.
11 n'en est rien; car cet enduit e$t si léger, que les poids qu'il recouvre conservent toujours, à fort peu de chose près, leur valeur initiale. Toutes les fois qu'on le pourra, on fera bien de
faire dorer galvaniquement les poids de laiton avant de leur donner le dernier ajustage.
Il arrive si souvent qu'on s'y prend mal pour essayer si des poids concordent bien entre eux qu'il ne sera pas inutile d'indiquer la manière dont il faut le faire pour être sûr d'avoir bien opéré.
On dépose sur l'un des plateaux d'une balance très-sensible, un gramme auquel on fait équilibre en mettant sur l'autre plateau des morceaux de laiton ou d'étain en feuilles et non pas des fragments de bois ou de papier, parce qu'ils attirent l'humidité de l'air.. Ensuite on enlève le poids d'un gramme qu'on remplace par les autres pièces de la même valeur; ]rtiis, par un gramme composé avec les fractions du gramme, en observant chaque fois si la ba-
§ 9.] CflAP. J. DES 0FÉ1AT1ON& lt
lance reste bien en équilibre, ou si elle fait des écarts, dont on note avec soin l'intensité. On essaye si la pièce de deux grammes pèse autant que deux pièces d'un gramme, si celle de cinq grammes pèse autant que deux piècesde deux grammes et une d'un gramme ; si celle de dix grammes pèse autant que la pièce de cinq grammes avec deux pièces de deux grammes et une d'un gramme, et ainsi de suite.
Les poids 6ont bons et peuvent être acceptés, lorsque, essayés avec une balance très-sensible , la différence existant entre les fractions du gramme ne s'élève pas au-dessus de ~ de milligramme, et que celle qui existe entre les multiples du gramme , ne dépasse pas ~ à ^ de milligramme. Lorsqu'on veut avoir des poids d'une précision absolue , il faut s'astreindre à les ajuster soi-même; car jamais on n'en trouve de semblables, même chex les plus habiles mécaniciens. Les assortiments de poids doivent toujours être essayés avant de s'en servir, lors même qu'on est moralement assuré de leur perfection par la réputation du fabricant. L'expérience nous a appris que parmi les poids sortis des ateliers des mécaniciens les plus célèbres , il s'en trouve quelquefois d'assez peu justes, et même de tout à fait faux.
Il faut se garder de reculer devant l'acquisition de bons poids à cause de leur prix, souvent assez élevé. De semblables poids ne peuvent pas être payés trop cher , tandis que ceux qui sont mauvais le sont toujours trop, puisqu'on ne peut pas s'en servir.
c. Du pesage.
Nous ne parlerons ici que des pesées en général, parce que nous reviendrons plus loin sur les modifications qu'on y apporte pour tes rendre applicables à des corps de nature différente.
Pour déterminer le poids d'un corps , on peut employer deux méthodes ; l'une peut être appelée 'pesée directe, et l'autre pesée par substitution.
La pesée directe consiste à mettre sur l'un des plateaux de la balance la substance dont on veut connaître le poids, et sur
l'autre des poids avec lesquels on lui fait équilibre. Il y a ici plusieurs précautions à prendre.
Quand les deux bras du fléau de la balance sont exactement de la même longueur, et que ses plateaux sont parfaitement semblables , il est tout à fait indifférent de quel côté on place la substance qu'on veut peser. Qu'on la pose sur le plateau droit ou sur le gauche, cela ne change rien. Mais, si l'une ou l'autre des conditions indiquées n'est pas remplie, il faut peser la substance, ainsi que les produits qu'on en retire, toujours du même côté, si on veut se mettre à l'abri d'erreurs.
Si, par exemple, on voulait peser un gramme d'une substance qu'on se propose de diviser plus tard en deux portions, il est clair qu'au moment de la pesée, la balance serait en équilibre ; mais, si les bras du fléau étaient inégaux, et que l'un fût long de quatrevingt-dix-neuf millimètres et l'autre de cent , voici ce qui arrivera , lorsqu'après avoir déposé sur le premier de ces plateaux, le gauche, un poids d'un gramme on lui fera équilibre en mettant sur l'autre plateau, le droit, une quantité suffisante de la matière à étudier. Il est bien connu que les poids qui se trouvent aux deux bouts d'un levier ne sont en équilibre entre eux que lorsque les produits de leur masse , multipliée par la distance où ils se trouvent du point d'appui du levier, sont égaux entre eux. Par conséquent , il n'y a réellement sur le plateau droit que gr. 0,99 de substance à peser, puisque 99 : 4 :: 400 ; 0,99. Si on veut alors prendre la moitié de la matière qu'on avait sur la balance, et que l'on place dans ce but gr. 0,5 sur le plateau gauche, puis qu'on enlève assez de la substance dont est chargé le plateau droit pour le mettre en équilibre avec le gauche , il n'y reste plus que gr. 0,495. En un mot , on atteint son but avec des balances de cette nature, en ce sens que toutes les pesées qu'on fait avec elles sont en relation parfaite entre elles; c'est d'habitude tout ce qui est nécessaire pour nos travaux de laboratoire, où il est rarement indispensable d'avoir des poids indentiquement de la même valeur que les poids normaux.
Mais, si en échange, pour avoir la moitié du poids de la substance
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en question, on met dans le plateau droit une pièce de gr. 0,5, et qu'on lui fasse équilibre en jetant sur le plateau gauche une suffisante quantité des gr. 0,99 de la substance pesée, on devra en mettre gr. 0,505, pour lui faire équilibre; car
en sorte qu'on aura commis une grossière erreur, puisque 0,505 — 0,495 = gr. 0,40; en sorte qu'on se tromperait de gr. 0,40. Lorsqu'une balance a les bras d'égale longueur, mais qu'elle n'est pas en équilibre parfait, on ne peut espérer de bonnes pesées avec elle , qu'en mettant les substances dont on veut connaître le poids dans des vases tarés ( voy. § 40 , 4). D est clair qu'on doit se garder avec le plus grand soin de transporter les poids d'un plateau sur l'autre. On doit de plus s'assurer que la différence existant entre le poids des deux plateaux, au commencement de l'expérience , ne change pas pendant toute sa durée.
On peut tirer deux conclusions des faits que nous venons d'examiner.
4. Il est bon de s'habituer à mettre les substances à peser toujours sur le même plateau.
2. Lorsqu'on possède une balance en propre , il n'est pas nécessaire de la mettre en équilibre avant de s'en servir, puisqu'on est sûr que le rapport existant entre les poids des plateaux ne changera pas. En échange, quand plusieurs personnes se servent de la même balance , il est indispensable de la remettre en équilibre chaque fois qu'on s'en sert , si on ne veut pas s'exposer à commettre de graves erreurs. Au moyen des doubles pesées, ou pesées par substitution, on obtieit des résultats qui ne sont pas seulement justes entre eux, mais aussi absolument vrais; que la balance soit en équilibre ou non; que ses bras soient ou non de la même longueur.
La méthode des doubles pesées consiste à mettre sur l'un des plateaux la substance à peser enfermée dans un vase quelconque, tel qu'un creuset, auquel on fait équilibre en déposant des grains de métal sur l'autre plateau. Ensuite, on enlève le creuset, au-
quel on substitue des poids jusqu'à ce qu'ils fassent équilibre à la tare qui se trouve sur l'autre plateau. Il est clair que les poids qu'on a substitués à la substance à peser représentent sa valeur réelle. On doit toujours se servir de cette méthode pour les pesées qui doivent être absolument justes, telles que celles qui ont trait aux poids atomiques et autres de cette nature. Pour abréger autant que possible ces pesées-là , il est bon de se faire pour le plateau gauche une collection de tares dont on connaisse parfaitement bien la valeur relative au plateau droit.
On prend l'une de ces tares plus lourde que la substance à peser, à laquelle on ajoute des poids jusqu'à ce qu'elle fasse équilibre à la tare. En soustrayant ensuite la valeur des poids ajoutés de celle de la tare, on arrive à connaître directement , et par une seule pesée, le poids absolu de la substance en question.
Les règles qu'il faut strictement observer pour peser juste sont
les suivantes :
4. Pour peser rapidement et sûrement, on ne doit point jeter gur la balancedes poids tantôt grands tantôt petits. Il faut procéder systématiquement et en passant des pièces les plus fortes aux plus faibles , de manière à ce que le poids dont on a besoin se trouve enfermé entre des limites de plus en plus restreintes. Supposons par exemple que nous ayons affaire à un creuset du poids de gr. 6,627. Pour le peser, nous mettons sur le plateau de la balance opposé à celui sur lequel il se trouve, une pièce de 40 gr. : c'est trop; la pièce qui vient ensuite est celle de 5 gr., qui est trop faible; on y ajoute celle de 2 gr. : c'est trop ; puis celle de 4 gramme : cette fois, c'est trop peu. On passe aux fractions du gramme, dont la plus élevée est celle de gr. 0,5, soit 5 décigrammes : c'est trop peu; gr. 0,7 est trop. Comme gr. 0,6 est trop peu, on passe aux centigrammes; 0,05 est trop; 0,08 est trop; 0,02 trop peu; on passe aux milligrammes ; gr. 0,005 est trop peu; gr. 0,007 est juste. On est arrivé à trouver rapide-
S 10.] CfcÀP. I. DES OPÉRATIONS. 15
ment le poids du creuset, qui est de gr. 6,627. Si nous avons choisi un exemple aussi compliqué que le précédent, c'est afin de faire saisir aussi bien que possible le principe que nous voulions développer, et à l'aide duquel on pèse bien certainement moitié plus vite que les personnes qui procèdent à cette opération au hasard , et sans suivre de méthode. Lorsque la balance dont on se sert n'est point par trop lente , on peut, en opérant comme nous venons de lindiquer, faire une pesée au ^ de milligramme près , en quelques minutes.
2. Pour peser les milligrammes et leurs fractions, il est tout aussi sûr et beaucoup plus facile de substituer aux poids de celte valeur de petits crochets d'un centigramme, qu'on pose sur ou entre les traces faites dans ce but sur le fléau de la balance et dont la valeur est gravée sur le fléau.
3. Il faut bien se garder de changer quelque chose aux balances avant de les avoir arrêtées. Si l'on enlève de dessus les plateaux , ou qu'on pose quelque chose sur eux , sans prendre cette précaution, l'instrument est bientôt hors de service.
4. On ne doit jamais déposer les matières à peser, directement sur lès plateaux de balance. On les mettra dans des vases convenables, en platine, argent, verre, porcelaine, etc., et jamais sur des morceaux de papier ou de carton , parce que , ces derniers attirant sans cesse l'humidité de l'air, ils augmentent le poids de la substance pendant qu'on la pèse.
Habituellement on pèse d'abord seul, le vase dans lequel on introduira plus tard la substance ; ensuite on le repèse après l'y avoir mise , en soustrayant de cette seconde pesée la première : la différence donne le poids de la substance employée. Il arrive souvent, Surtout lorsqu'on a à peser plusieurs portions de là même substance , qu'on pèse d'abord ensemble le vase avec la substance , dont on enlève alors la quantité voulue. En repèsant ensuite le tout, la différence en moins indique la quantité de matière employée. &. Les corps qui attirent facilement l'humidité atmosphérique
doivent être pesés dans des vases fermés, tels que des creusets avec leur couvercle, ou des tubes bien bouchés, ou bien entre deux verres de montre. On pèse les fluides dans des fioles de verre fermées par des bouchons de même nature.
6. On ne doit jamais peser des corps chauds, parce qu'on les trouve toujours trop légers , et cela pour deux raisons ; la première est que tous les corps condensent à leur surface une quantité d'air et de vapeur d'eau dépendante , tant de l'état hygrométrique de l'air, que de la température du corps qu'on pèse. C'est pour cette raison que si on pèse un creuset froid r et que plus tard on le pèse chaud, après y avoir introduit la substance dont on veut déterminer le poids, on obtient pour la substance à analyser un poids plus faible qu'il n'est réellement, parce qu'on soustrait du poids total un nombre trop fort pour la valeur du creuset, dont le poids est moindre à chaud qu'à froid.
La seconde cause est que , l'air s'échauffant au contact des corps chauds, il devient plus léger et s'élève. Par suite de ce mouvement de l'air chaud, l'air froid se précipite dans l'espace qu'il vient de quitter et produit un courant d'air qui , soulevant le plateau de la balance, le fait paraître plus léger qu'il ne l'est effectivement.
7. Supposons qu'on ait suspendu aux deux bouts opposés du fléau d'une balance, par des fils métalliques très-déliés , d'un côté une masse de platine de 40 gr., de l'autre une masse de verre du même poids , de manière à ce qu'elles se fassent équilibre l'une à l'autre. Si alors on fait plonger dans l'eau ces deux masses de même poids , elles ne resteront point en équilibre, parce qu'elles ne déplacent pas la même quantité d'eau , et que c'est dans ce cas le poids de la masse d'eau déplacée qui se fait sentir à la balance. En réfléchissant à ce phénomène, il est facile de comprendre que toutes les pesées que nous faisons dans l'air atmosphérique sont entachées d'une faute analogue à celle que nous venons de signaler pour les pesées dans l'eau , puisque le volume des substances
qu'on pèse n'est pour ainsi dire jamais parfaitement égal à celui des poids dont on se sert. Cette faute est cependant si petite à cause de La grande différence existant entre la pesanteur spécifique de l'air et celle des solides, qu'on peut la négliger pour la plupart des analyses ordinaires. On ne tient compte de cette cause d'erreurs que pour les recherches analytiques qui doivent être absolument vraies. Dans ce cas, on ajoute au poids du corps pesé et à celui des pièces de poids, le poids de la masse d'air qu'ils déplacent. On peut alors trouver facilement le poids absolu de ces corps entre eux.