‹ Précis d'anatomie pathologique (volume 2)Chapitre 58 sur 64 · ARTICLE IV · texte numérisé non relu

ARTICLE IV

PRODUCTIONS NOUVEtLES.

Il est possible qu'on démontre un jour que les diverses matières morbides dont nous allons parler ne sont autre chose que le sang des cellules spléniques modifié dans ses qualités. Quelques expériences de M. Gendrin , que j'ai déjà eu occasion de citer, ne porteraient-elles pas à penser que , sous l'influence de certaines causes toutes physiques, le sang devient du pus? Ne venons-no.us pas de voir que, simplemenj; modifié dans sa couleur et dans sa consistance , le sang devient semblable au tissu encéphaloïde de Laënnec? Supposez ce sang décoloré dans de petites masses circonscrites, et en même temps altéré dans sa consistance, de telle sorte qu'il soit friable et s'écrase en grumeaux, n'avez-vous pas des tubercules?

Cependant, dans l'état actuel de la science, tout c/ji admettant la possibilité de ramenai' plusieurs lé-

d'anatomië pathologique. l\2^

sîons , qui dans les autres organes se présentent comme dés produits de sécrétion morbide , à n'être autre chose que du sang modifié dans sa couleur et dans sa consistance , nous devons encore décrire ces lésions comme nous les avons décrites dans les autres organes, nous devons les considérer comme des productions nouvelles formées au milieu du sang, qui, une fois coagulé , tend à s'organiser et à vivre comme un tissu.

Le pus qu'on a quelquefois rencontré dans la rate s'y est montré de deux manières : tantôt disséminé sous forme de gouttelettes isolées au milieu du sang concret des cellules spléniques, et paraissant avoir pris naissance dans ce sang lui-même, et tantôt rassemblé en collections plus ou moins v-astesj qui constituent de vrais abcès de la rate* Parmi ces collections purulentes, les unes sont séparées du parenchyme splénique par une pseudo-membrane d'organisation variable ; autour des autres on ne trouvé rien de semblable , le pus n'est point séparé du sang, et souvent on voit ces deux liquides se confondre insensiblement l'un avec l'autre. De semblabes abcès peuvent envahir une grande portion de la rate: j'ai vu un cas dans lequel les trois quarts environ du parenchyme splénique n'étaient plus occupés que par du pus; le tissu filamenteux de la rate , baigné par ce liquide , était resté intact en certains points; en d'autres, il était ramolli , pulpeux , tendait à se détruire ; la membrane enveloppante était devenue elle-même friable , là oii elle était en contact immédiat avec le pus , et il est vraisemblable que si la vie se fut prolongée , le pus se s riit fait jour dans la cavité péri-

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Jotu'ale. On a effoctivoment cité dos exemples de pareilles terminaisous d'abcès de la rate; on dit avoir vu d'autres abcès de cet organe ouverts dans l'estomac, dans le colon , dans la cavité iboracique, dans les voies urinaires ; d'aulres enfin se frayent une issue au dehors à travers les muscles abdominaux, dor-« saux ou lombaires.

La tormation du pus dans la rate a lieu souvent en même-lemps qu'il s'en forme ou qu'il s'en dépose dans plusieurs autres parenchymes; il semble qu'alors la rate ne fait que le recevoir du sang, comme le reçoivent le foie , le poumon , le cerveau , etc. ; mais son origine est ailleurs. Cette origine paraissait être dans l'utérus chez une femme qui succomba à la Charité à une métro-péritonite. Des foyers purulens existaient dans le parenchyme utérin; les veines utérines étaient pleines de pus ; il y en avait aussi dans plusieurs veines du bassin , et de plus un grand nombre de petits abcès furent trouvés, i°. dans la rate;; •2°. dans le poumon, le foie et le cerveail.

Les cas où l'on ne trouve de pus que dans la rate, et où toute la maladie a eu son point de départ dans une irritation de cet organe, terminée par une suppuration , sont peut-être plus rares que les précédens. Un des cas les plus remarquables de ce genre est celui d'un enfant de trois ans dont la rate m'a été montrée par M. Huguier , alors élève interne à l'Hôpital des Knfans. Cette rate n'était plus en quelque sorte qu'un kyste plein 'de pus , à l'intérieur duquel on apercevait à peine quelques débris du parenchyme splénique; il y avait eu pendant la vie une douleur vive vers l'hypochondre gauche , une fièvre couliiiue, et plu-

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siVnrs svmplômos d'iiritalion aijiuë des ni('ninp;e.s; le tube digestif fut trouvé sain ainsi que le cerveau. Dans ce cas l'abcès de la rate donna lieu à la plupart des accidens qui sont le plus souvent le résultat d'une

irritation grslro^inteslinale.

A la place du pus , et plus souvent que ce liquide , on observe dans la rate des dépôts de oialière tuberculeuse , qui y est déposée sous tbrnie de grains isolés ou agglomérés. Comme le pus, cette matière apparaît au milieu du sang concret des cellules spléniques. J'ai déjà parlé des diftérentes manières dont son origine peut être conçue.

Les tubercules de la rate sont très-rares chez les adultes : ils sont plus communs chez les entans. A tous les âges ils ne se montrent guères que lorsqu il y en a en même-temps dans d'au 1res parties. Les tubercules spléniques sont assez communs chez certains animaux ; j'en ai souvent constaté l'existence chez le cheval ; et , en ouvrant des cadavres «le singes , morts à Paris à la Ménagerie , M. Reynaud s'est assuré que, bien que très-fréquens chez ces animaux, les tubercules du poumon sont cependant, chez eux, moins nombreux et moins constans que les tubercules de la rate.

Des kystes de différentes sortes peuvent se former dans là rate, et, comme le pus, comme les tubercules, ils paraissent être principalement développés k l'intérieur des cellules spléniques, à la place du sang qui remplit ces cellules.

Les plus simples de ces kystes sont de petites vésicules remplies d'un liquide séreux , que l'on trouve quelquefois disséminées en grand nombre dans l'inté-

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rieur de la rate. Elles y sont tantôt isolées les unes des autres , et tantôt agiomérées ; on ne saurait mieui les comparer qu'à ces petits kystes séreux qui parfois remplissent les parois du col utérin. Ces vésicules n'existent pas seulement à l'intérieur des cellules spléniques; nous les avons retrouvées, M. Reynaud et moi, jusque dans l'intérieur des veines splénîques : les unes y étaient libres ; les autres tenaient aux parois mêmes par un pédicule plus ou moins étroit; d'autres enfin étaient contenues dans l'épaisseur même de ces parois.

La rate peut donner naissance à des kystes beaucoup plus compliqués. J'en ai vu un , à parois fibroséreuses , dont l'intérieur contenait une matière grasse , comme suitfeuse, au milieu de laquelle étaient disséminés quelques poils. Dans une autre rate, j'ai trouvé un kvste , à parois simplement séreuses, que distendait une substance d'un jaune brillant, semblable à du miel.

Enfin, dans la rate, comme partout ailleurs, se développent quelquefois des kystes hydatiques ; on les y observe moins souvent que dans le foie, ils offrent la même disposition que dans les autres organes ; il est donc inutile d'en parler ici avec dé-^ lail.

Du sang concret logé dans des cellules à parois fibreuses , voilà tout ce qu'on trouve dans la rate pour servir de canevas ou de matière première à tant de produits divers I

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