DEUXIÈME CLASSE
Modifications des phénomènes de la chimiflcation.
11 est inutile de chercher maintenant à démontrer que la dyspepsie , sous toutes ses formes, et quels que soient les symptômes généraux qui l'accompagnent, peut être le résultat d'une irritation gastrique, M. Broussais l'a sufifisamment prouvé , et l'un des plus immenses services qu'il ait rendus à la médecine est sans doute d'avoir appris aux praticiens à combattre et à guérir par les antiphlogistiques un grand nombre de difficultés de digérer, qu'on attribuait, avant lui , à un état de faiblesse de l'estomac. Cependant toute dyspepsie résulte-t-elle nécessairement d'une irritation gastrique ? La pratique de la plupart des médecins français semblerait aujourd'hui autoriser à répondre à cette question par l'affirmative; mais à toutes les époques n'a-t-on pas vu la pratique médicale se régler d'après les idées de la théorie dominante , et n'a-t-on pas vu le succès prouver toujours l'efficacité de la méthode à laquelle conduisait cette théorie ? A cet égard , on peut juger de ce qui est par ce qui a toujours été. Cependant, en dehors de la pratique presque universelle , se montrent de temps en temps quelques cas dans lesquels on voit <i s dyspepsies , qui avaient résisté aux antiphlogistic[ues , céder à d'autres moyens qui ne sotit rien moins que débilitans. Dans ces cas, l'irritation gas-, trique a-t-elle cédé à des irritans? Cela pourrait être arrivé quelquefois; mais fréquemment, on ne sau-
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rait l'admettre. Ce n'est pas tout : chez des individus qui depuis long- temps avaient de mauvaises digestions, l'anatomie n'a fait découvrir plus d'une fois^ dans l'estomac aucune lésion qui pût rendre raison de cette dyspepsie; d'autres fois il y avait bien des lésions, mais il n'était rien moins que démontré que ces lésions fussent le produit d'une irritation. Quant aux symptômes, il en est un certain nombre qui, lorsqu'ils sont réunis et bien tranchés , paraissent elre si peu le résultat d'une irritation , qu'ils ne sont combattus avec avantage, et surtout enlevés avec facilité, que par des moyens qui sont eux-mêmes irritans.
Ainsi , dans l'état actuel de la science , en ayant recours à-la-fois aux lumières fournies par l'anatomie pathologique, par les symptômes, par les succès divers des méthodes thérapeutiques, nous sommes autorisés à admettre plusieurs genres de dyspepsies, dont chacun indique une nature particulière de maladie et réclame un traitement spécial.
T' GENRE. — Dyspepsie par irritation gastrique j soit
aiguë ^ soit chronique.
C'est, sans contredit, de toutes les dyspepsies celle qu'on rencontre le plus ordinairement.
IP GENRE. — Dyspepsie par asthénie de r estomac.
On la voit survenir, 1°. sous l'influence de causes tout-à-fait inconnues; 2°. à la suite d'un certain nombre de modificalions de l'économie que nous pouvons apprécier. Ainsi il arrive quelquefois qu'après
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avoir été plus ou moins irrité , lestomac tombe dans un état contraire, et Tient à être frappé d'une téritabie atonie. 11 en est de même pendant certaines convalescences. Cette atonie survient également chea des individus épuisés par des excès vénériens et suï^ tout par la masturbation. Ce serait une grave erreur de penser que» dans ce dernier cas, toute dyspepsie e. t le résultat d'une irritation gastrique ; car on lui opposerait une médication émolliente qui bien souvent l'aggraverait. En pareille circonstance , J'ai ru des dyspepsies céder rapidement à un régime tonique,^ qui n'aurait pu manquer d'exaspérer l'irritation gastrique, si elle avait existé. Pourquoi^ en pareil cas , n'y aurait-il pas faiblesse de Testomac comme il y a faiblesse musculaire?
La dyspepsie par asthénie de l'estomac est accompagnée le plus ordinairement d'une absence complète de soif et d'une grande pâleur de la langue. Les malades éprouvent, après l'ingestion des alimens, de la pesanteur à l'épigastre et souvent une tension de cette région. L'eau de gomme produit ces accidens d'une manière plus marquée qu'une infusion de tilleul ou de camomille. Cet état peut d'ailleurs donner lieu à une certaine fréquence dans le pouls ; mais, comme nous l'avons déjà vu plus d'une fois , la fréquence du pouls n'est pas liée nécessairement à un état d'irritation.
DANATOMIli PATIiOLOGIQUE. 1 99
m* (iE:sRB. — Dyspepsie par altération de la secret ion
folliculaire de C estomac,
I! est un éïal morbide qui depuis long-temps a été désigné par les praticiens sous le nom dUmbarras gastrique , dont la nature est loin d'être bien connue, et qui , reconnaissable à un certain ensemble de symptômes soit locaux, soit généraux, résiste aux émissions sanguines, se guérit lentement par la diète , et cède prouiptement à l'emploi des vomitifs et des purgatifs. Que les symptômes de l'embarras gastrique soient souvent liés à une irritation de l'estomac, et qu'en pareil cas le tartre stibié les exaspère, c'est ce qu'a démontré l'observation; mais que cet embarras gastrique ne soit autre chose , dans tous les cas , , qu'une gastrite; qu'il ne soit pas une maladie d'une autre nature, et qui exige un mode de traitement aussi spécial que le sont les symptômes qui l'annoncent, c'est ce que l'observation ne permet pas d'admeltre.
On peut présumer qu'une des causes de l'embarras gastrique est une altération de la sécrétion muqueuse dont l'estomac est le siège , et je ne vois pas pourquoi l'on regarderait cette altération comme le produit nécessaire d'une irritation, à moins que l'on en vienne à admettre que l'enduit muqueux qui recouvre parfois la langue annonce nécessairement une î»lossite. .