MALADIES DES VEINES
On n*a long-temps connu d'autre maladie des veines que les varices , et encore la nature de ces varices avait été souvent bien mal appréciée. Vers la fin du siècle dernier , Hunter trouva sur des chevaux les veines ronges, épaissies, remplies de pus; dès lors l'attention fut éveillée sur les affections des veines , et aujourd'hui les anatomistes reconnaissent dans ces vaisseaux les mêmes états morbides que ceux qui ont été constatés dans toutes les autres parties du corps.
Enfin, dans ces derniers temps, un savant observateur, M. Cruveilhier , a entrepris d'ingénieuses expériences, qui l'ont porté à penser que, lorsque l'irritation fixée sur une partie y déterminait une congestion sanguine et tous les phénomènes dits inflammatoires , le tissu veineux était le siège principal de ces divers phénomènes.
Les maladies des veines ressemblent, à plusieurs égards , aux maladies des artères ; elles s'en éloiejnent à d'autres égards. Ainsi, dans les veines on n'observe pas l'état morbide connu sous le nom d'anévrysme , parce que les tuniques qui en composent les parois cèdent toutes également à la pression ^à la-
d'anATOMîE PATHOLOGIQIE. 3ç)3
quelle elles peuvent être soumises, tandis que dans les artères il n'y a que la tunique extérieure qui est susceptible de céder ainsi. Les parois des veines n'éprouvent pas, d'ailleurs, comme celles des artères, un choc continuel de la part de la colonne sanguine. Supposez une veine soumise à ce choc; elle se distendra indéfiniment, comme cela arrive à la gaîne celluleuse des artères. La différence de texture des artères et des veines explique-t-elle pourquoi les concrétions calcaires sont si communes dans les unes , et si rares dans les autres? Je ne pense pas qu'ici la différence de texture soit la seule cause de la différence de maladie : car l'artère pulmonaire a la même texture que l'aorte ; le cœur droit est organisé comme le cœur gauche , et cependant dans l'artère pulmonaire et dans le cœur droit les ossifications sont beaucoup plus rares que dans le cœur gauche et que dans l'aorte. Si l'on trouve plus souvent du sang coagulé et organisé dans les veines que dans les artères , il faut très- vraisemblablement en chercher la raison dans la différence même que présentent ces deux ordres de vaisseaux dans leur mode de circulation. Si enfin l'on trouve plus souvent du pus dans les veines que dans les artères, cela ne dépend-il pas de la différence des fonctions des veines et des artères? Le pus que l'on rencontre dans les artères doit être considéré , dans la très-grande majorité des cas, comme y ayant pris naissance. Au contraire, le pus qui remplit les veines peut bien y être né ; mais il peut aussi y avoir été introduit par absorption.
CHAPITllE PREMIER.
LÉSIONS DE CIRCULATION
Les veines, comme les artères, présentent deux espèces de rongeur: l'une, toute cadavérique, est produite par l'imbibition du sang; c'est la plus commune. Elle présente le même aspect uniforme que dans les artères , seulem^ent la teinte est différente , ce qui dépend de la nature difïerente du sang. Cette différence dans la nuance de la coloration des artères et des veines ne peut-elle pas encore servir à démontrer la nature de cette coloration?
La rougeur des veines, par imbibition sanguine de leurs parois, s'observe plus fréquemment que celle des artères , due à la même cause ; ce qui paraît dépendre de ce qu'elle se forme plus promptement après la mort. Ouvrez comparativement sur les mêmes cadavres l'aorte et la veine cave inférieure , vous trouverez celle-ci très-rouge dans beaucoup de cas où l'aorte n'offrira aucune altération de couleur. La rougeur des veines diffère encore de celle des artères en ce que dans les veines elle envahit toute l'épaisseur du vaisseau, tandis que dans les artères elle est presque toujours bornée à la membrane interne.
L'on peut établir en principe que, dans les veines encore plus que dans les artères, la seule existence de la rougeur ne peut être donnée cojume une preuve de l'état morbide de ces vaisseaux.
M. Gcndrin a répété sur des veines d'animaux \ivans les mêmes expériences que sur les artères, et
D*AN\TOMIE PVfHOLOGIQUE. Og'S
il a obtenu les mêmes résultats que pour ces dernievs yaisseaux.