LÉSIONS DES GANGLIONS LYMPHATIQUES
Deux parties distinctes entrent dans la composition analoniique de ces ganglions: i°. du tissu cellulaire ; 2°. des vaisseaux lymphatiques qui font de nombreuses circonvolutions. Cette composition peut être prouvée soit chez Thomme par les injections, soit chez certains animaux où la trame celluleuse disparaît , et où, à la place d'un parenchyme, on ne trouve plus que des plexus composés d'une infinité de lymphatiques entrelacés les uns avec les autres comme le sont les nerfs dans les plexus nerveux. C'est donc dans ces deux principaux élémens anatomiques qu'il faut chercher le siège des lésions des ganglions lym-
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bliatlques; màîs d'abord remarquons que ces lésions ne sont pas également communes à tous les âges : elles sont plus fréquentes à l'époque de la vie, où normalement les ganglions jouissent d'une nutrition plus active , de telle sorte que ce cas particulier vérifie cette loi générale en vertu de laquelle la fréquence des maladies de tout organe se trouve être en raison directe de son développement de structure ou d'action. C'est donc dans l'enfance que la théorie conduirait à admettre que les maladies des ganglions lymphatiques sont les plus communes, et c'est effectivement ce qui a lieu.
Un anatomiste allemand, le docteur Bœker, s'est occupé plusieurs fois d'injecter avec du mercure des ganglions lymphatiques diversement altérés , et toujours il a vu l'injection traverser librement les vaisseaux lymphatiques ; d'où il a conclu que dans la plupart des états morbides des ganglions le siège principal de la maladie est dans le tissu cellulaire interposé entre les vaisseaux , ou dans les parois de ceuxci , mais qu'il n'y a pas obstruction de leurs cavités.
Quel que soit leur siège , les états morbides des ganglions lymphatiques se réduisent, comme partout^ à des lésions de circulation , de nutrition ou de sécrétion.
L'hyperémie active est fréquente dans les ganglions lymphatiques ; elle est accompagnée d'une remarquable turgescence de leur tissu ; elle peut être aiguë ou chronique; n'affecter qu'un ganglion isolé; s'étendre à plusieurs^ ou les envahir tous simultanément. Ainsi hyperémiés , les ganglions lymphatiques sont rouges, tuméfiés, et ils deviennent Irès-friables. II. 29
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' Au lieu de devoir leur augmentation de volume h une simple congestion sanguine, les ganglions lymphatiques peuvent s'hypertrophier , et alors ils présentent un accroissement de volume et de dureté qui coïncide tantôt avec une couleur rouge grise ou brune de leur tissu , et tantôt avec une décoloration complète de ce même tissu. L'induration blanche des ganglions lymphatiques constitue ce qu'on appelle leur état squirrheux ; on n'y trouve plus alors qu'un tissu homogène, dur, criant sous le scalpel, d'un blanc mat ou resplendissant comme de la nacre. Au milieu de ce tissu apparaissent quelquefois des vaisseaux injectés, qui ne sont pas des vaisseaux de nouvelle formation, comme on l'a dit^ mais qui appartiennent à la structure normale du ganglion ; ils en sont en quelque sorte un débris.
Les ganglions lymphatiques sont fréquemment le siège de diverses sécrétions morbides.
D'abord, sous l'influence d'une hyperémie antécé^ dente plus ou moins appréciable , les ganglions peuvent suppurer. Le pus qui s'y amasse s'y présente de trois manières: i°. infiltrant leur tissu, qui est alors grisâtre et mou , et dont la pression fait suinter un liquide purulent; 2°. disséminé dans ce tissu, sous forme de points isolés, de gouttelettes en quelque sorte , autour ' desquels le tissu peut être ou altéré , ou parfaitement sain en apparence; 5" . rassemblé au milieu du ganglion en un foyer plus ou moins considérable , qui , dans quelques circonstances, occupe tout ce ganglion; alors on ne trouve plus à son intérieur de traces de parenchyme : il ne reste plus que son enveloppe celluleuse qui entoure l'abcès, comme f raient les parois
d'anatomie pathologique. /pi
d«n kyste. Enfin cette enveloppe elle-même peut s'altérer; elle se ramollit, s'ulcère, se perfore; et le pus , rassemblé dans Je ganglion , se fraye une issue au dehors.
Les ganglions lymphatiques sont une des parties du corps où se sécrète le plus souvent de la matière tuberculeuse. Elle y présente les mêmes variétés d'aspect que le pus; comme celui-ci elle peut s'infiltrer, n'occuper que quelques points isolés du ganglion , ou en avoir envahi la totalité. Les ganglions lymphatiques sont une des parties où l'on peut voir le mieux Ja matière tuberculeuse naître à la suite d'un travail d'hyperémie. Souvent, en effet, au sein de ganglions volumineux et rouges dans leur totalité, on aperçoit quelques points tuberculeux, qui semblent s'être déposés dans un tissu préliminairement hyperémié ^ comme chez d'autres individus s'y serait déposé du pus. Mais il faut reconnaître qu'il y a aussi d'autres c^s où l'on trouve des tubercules dans un ganglion, sans que rien démontre dans celui-ci l'existence d'une hyperémié actueîle ou antécédente; et ce n'est plus que par hypothèse ou par analogie que cette hype-* rémie peut être alors admise.
J'ai dit qu'il y avait sécrétion de la matière tuber-^ culeuse au sein des ganglions. Dans l'état actuel de la science , c'est ce qui doit être admis. Mais peutêtre un jour les faits conduiront-ils à donner à cette matière une autre origine ; peut-être la regardera-t-on comme susceptible de se former dans l'intérieur même des vaisseaux lymphatiques qui s'entrecroisent dans les ganglions; peut-être, enfin, ne reculera-t-on paj^ devant l'idée que cette matière est
A 5 2 PRÉors
lin simple résultat d'une altération de la lymptie elîe'nieme , altération soit spontanée , soit produite par un état morbide des vaisseaux eux-mêmes , soit résultant du simple fait d'un obstacle mécanique à la libre circulation du sérum dans les plexus lymphatiques. Supposez ce sérum venant à contenir accidentellement de la fibrine : pourquoi ne se coaguleraitil pas dans les lymphatiques, soit isolés , soit réunis en plexus, comme cette même fibrine se coagule dans les vaisseaux sanguins? Rappelons-nous ces cas cités plus hautj où nous avons trouvé remplis de matières tuberculeuse le canal thoracique et plusieurs vaisseaux lymphatiques. Pourquoi cette même matière n'auraitelle pas existé dans les lymphatiques mêmes des ganglions d'où naissaientces canaux, ganglions qui étaient transformés en masses blanchâtres, soit dures, soit plus ou moins ramollies? Rapprochons ces cas de ceux où nous avons vu des masses dites cancéreuses être constituées dans la rate, dans le foie, dans le poumon, par du sang coagulé et plus ou moins alÈéiné, et tirons-en la conséquence, que nous avons encore bien des recherches à faire sur l'origine et sur la nature d'un grand nombre de productions morbides.
Un autre produit de sécrétion morbide, la mélanose, se dépose souvent aussi dans les ganglions lymphatiques. Un grand nombre de tumeurs mêlaniques , décrites par les auteurs soit chez l'homme, soit chez les animaux , ne me paraissent être autre chose que des ganglions lymphatiques colorés en noir. Quelles sont, dans les ganglions lymphatiques, les causes qui favorisent la production de la mélanose? Est-ce l'irritation qui lui donne naissance? Oui, dans
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quelques cas; car, nous le répéterons sans cesse, en modifiant dans les ganglions comme ailleurs les deux grands actes de nutrition et de sécrétion, il n'est aucune altération dont l'irritation ne puisse être la cause occasionelle. Mais certainement personne, je crois , n'oserait soutenir que la teinte noire que présentent si souvent les ganglions bronchiques est une ganglionite.
Des amas de phosphate calcaire s'observent parfois dans les ganglions lymphatiques. La présence de ce sel dans les ganglions y coïncide souvent avec la présence de matière tuberculeuse ; souvent il n'y existe que comme de petits grains de sable mêlés à cette matière ; d'autres fois ce sel y forme des niasses considérables , et il est des cas où tout un ganglion se trouve métamorphosé en un corps comme pierreux, où l'analyse découvre à peine quelques traces de matière animale.
Les ganglions lymphatiques ne se remplissent ordinairement de phosphate calcaire qu'à une époque assez avancée de la vie. Cependant , chez un jeune garçon à peine âgé de seize ans, j'ai trouvé dans les ganglions qui entourent les bronches^ dans ceux du mésentère et du bassin , un grand nombre de concrétions semblables à de la craie, à laquelle était mêlée une matière grasse , comme suifeuse , qui était très-loin d'avoir l'aspect du tubercule ordinaire. Des masses de concrétions crayeuses existaient aussi dans les poumons de ce jeune homme ; mais chez lui existai t de plus une circonstance digne de remarque : c'était un vaste foyer purulent dans Tune des fosses
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iliaques, avec déperdition e^sse?. considérable de la fcubstance de l'os des îles.
Ces amas de phosphate calcaire dans les ganglions, lymphatiques et dans les poumons étaient-ils liés à l'état de l'os des îles? Le phosphate calcaire qui ne se déposait plus en quantité convenahie dans une partie de cet os était-il déposé dans les ganglions et dans, le poumon? Je n'oserais pas raiïirmer, et cependant , en rapprochant ce fait du suivant, il me semble que c'est là au moins une question à agiter.
Une femme, âgée de trente-trois ans seulement, meurt a la Charité d'une pleurésie aiguë , qui se déclare chez elle pendant le cours d'une affection chronique de l'appareil respiratoire. A l'ouverture du cadavre , on trouve complètement détruit le corps de six vertèbres ( la dernière dorsale, et les cinq lombaires ). On trouve en même tenips des concrétions calculeuses , i"*. dans les ganglions lymphatiques du cou; 2°. dans ceux qui existent soit entre la trachée et l'œsophage, soit entre l'œsophage et la colonne vertébrale ; 5°. dans les ganglions bronchiques; 4"' dans ceux qui occupent la scissure du foie et de la rate ; 5". dans ceux du bassin , où ils forment des chapelets considérables ; 6°. dans \qs ganglions axillaires ; •^°. dans les ganglions inguinaux. De plus, au milieu d'une des excavations ulcéreuses qui remplissaient les poumons, existait une concrétion calculeuî>e Irèsdure 5 du volume d'une grosse noisette. De semblables concrétions étaient enchatonnées en beaucoup d'autres points du poumon; on y voyait Irès-peu de tu- ^je roules proprement dits.
DANATOMIE rATllOLOGlQUE. 4^^^
Ainsi, dans ce cas, comme dans le précédent, existe une coïncidence entre l'absence d'une certaine quantité de la matière osseuse dans la trame destinée à la recevoir, et de nombreux dépôts de phosphate calcaire à un âge où on ne les rencontre pas ordinairement. Dans ces deux cas ce sont les mômes parties ( ganglions lymphatiques et poumon ) dans lesquelles se retrouve le phosphate calcaire ; enfin , c'est dans celui de ces deux cas où la déperdition de matière osseuse a été la plus considérable , que les dépotai calcaires sont les plus nombreux. M. Reynaud m'a ditavoir observé à la Charité un autre cas analogue aux, précédens.
Devant de tels faits qui n'hésiterait pas à regarder, au moins comme incertaine et ébranlable, l'opinion qui admet que tout dépôt calcaire dans les ganglions , comme tout dépôt tuberculeux, mélanique, etc» ,^ dans ces ganglions, est le résultat tout local de leur irritation nutritive , sécrétoire , ou autre ? D'une part , dans cette opinion , on suppose un fait qui n'est pasdémontré , et d'une autre part on néglige et on laisse en quelque sorte en dehors de l'observation , parce qu'ils sont en dehors de la théorie , d'autres faits dont l'examen et la discussion conduiraient à de tout autres conséquences.
Du reste, parmi les états morbides des ganglions lymphatiques, il en est peu dont il faille chercher la cause unique ou constante dans le ganglion lui-môme. Je ne parle pas des cas où les gangliojis ne s'affectent que par suite de l'irritation des parties d'où naissent k's vaisseaux lymphatiques qui y aboutissent, ces cas sont généralement connus, et tout le monde sait au-'
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jourd'huî que l'engorgement des ganglions mésenlëriqiies , par exemple , n'est le plus souvent que la suite d'une irritation primitivement fixée sur la membrane muqueuse intestinale. Mais j'appellerai ici l'attention sur ces cas, au moins aussi communs que les précédens, où l'affection des ganglions lymphatiques n'est qu'un des effets d'une cause qui exerce simultané^ ment son influence sur vingt autres points de l'économie , et dont l'existence se manifeste par 1 apparition de cet ensemble de symptômes qui caractérisent l'état scrophuleux. Alors la simple hyperémie d'un ganglion lymphatique, sa suppuration, ou sa tuberculisation , ne nous apparaissent plus comme des phénomènes isolés; la raison de leur existence se trouve dans l'état du reste de l'économie. Croirezvous les détruire en cherchant à combattre la Gan-^ gUonite par des émissions sanguines ? mais ne voyezvous pas qu'en pareil cas l'irritation n'est elle-même qu'un effet? ne voyez-vous pas que , derrière tous ces désordres, il y a une cause qui en est le lieu commun et le point de départ? Cette cause, sans doute on ne la voit ni on ne la touche ; mais , à mon avis , c'est précisément une d^s plus grandes erreurs où l'on ait pu tomber, que de ne vouloir admettre, comme cause des phénomènes de l'état sain ou morbide, que ce qui est saisissable par nos sens.
Une fois altérés , les ganglions lymphatiques peuvent déranger la structure ou l'action des parties qui les environnent, soit par la compression qu'ils peuvent exercer sur elles en se développant , soit par l'irritation qu'ils déterminent en elles. Ainsi, dans la poitrine , on voit quelquefois les ganglions bronchi-
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ques comprimer assez fortement les bronches pour s'opposer à la libre entrée de l'air dans les poumons. M. Reynaud m'a fait voir sur un singe un cas de ce genre bien remarquable : un ganglion très - volumineux, et plein de matière tuberculeuse, pressait de telle sorte sur la bronche principale d'un des poumons, que sa cavité était à-peu-près complètement effacée , et que le poumon auquel cette bronche distribuait l'air avait subi une atrophie notable; il était d'un tiers moins volumineux que l'autre poumon. Du côté du poumon atrophié les parois thoraciques s'étaient affaissées, comme dans le cas de résorption d'un épanchement pleurétique. 11 n'y avait d'ailleurs dans la plèvre aucune trace de maladie ancienne ou récente.
Au lieu de comprimer les bronches, les ganglions malades qui en entourent l'origine peuvent les irriter de telle sorte qu'il en résulte une perforation de ces conduits, et qu'une libre communication s'établisse entre la cavité bronchique et l'intérieur du ganglion. Si celui-ci est en suppuration , le pus qu'il contient pourra ainsi trouver une route au dehors , et la guérison survenir ; il en sera de même si, au lieu de pus, c'est du tubercule qu'a sécrété le ganglion. Seulement, dans ce dernier cas, la guérison sera beaucoup plus rare, parce que , dans la très-grande majorité des cas, il ne se forme de tubercules dans les ganglions bronchiques , que lorsqu'il y en a dans le poumon ; cependant le contraire a été observé, et pour ma part j'ai vu plus d'une fois des tubercules dans les ganglions bronchiques, sans qu'il y en eut la
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moindre î^pparence dans les poumons (i). M. Reynaud m'a montré une pièce dans laqueUe on voyait im ganglion bronchique , rempli de concrétions calcaires, qui communiquait avec l'intérieur d'unebronche. L'orifice de communication était arrondi , â. bords lisses et noirs. L'individu chez lequel fut trouvé ce cas élait une. femme âgée, qui toussait depuis, long-temps. Cette femme aurait pu expectorer des. calculs qui ne seraient pas venues du poumon.
Dans l'abdomen, les ganglions lymphatiques peuvent être., d'une manière toute mécanique ,^ la cause> de plusieurs maladies. Ainsi, développés en énormes chapelets autour du pylore,, ils compriment; cet orifice, et donnent lieu à tous les accidens qui caracté^ risent ordinairement le squirrhe de cette portion de, l'estomac. Accumulés autour des canaux biliaires, ils en rapprochent les parois, la bile ne coule plus que difficilement dans le duodénum, et un ictère en est le résultat. J'en ai vu d'autres occuper la place de la vésicule biliaire, qu'ils avaient vidée, aplatie et atrophiée. D'autres fois , ce sont les uretères qui se trou-, vent comprimées par ces ganglions; d'autres fois enfin ils passent sur la veine cave, et l'oblilèrent au point, de donner naissance à un œdème des membres infé-\ rieurs par la gêne qu'ils apportent dans la circulatior^, du sang à travers cette veine.
(i) Clinique Midicale.
d'anatomie pathologique. 465
ne change pas de nature , parce qu'elle s'est produite dans ces dernières au lieu d'avoir envahi l'organe de la voix; seulement, dans ces deux cas, les symptômes diffèrent.
ARTICLE PREMIER
LESIONS DE ClRCrLàTION.
La membrane muqueuse des voies aériennes est souvent frappée d'une hyperémie , dont les caractères anatomiques se rapprochent, à beaucoup d'égards, de ceux qui appartiennent à l'hyperémie de la membrane muqueuse gastro-intestinale. Seulement, orx n'y trouve pas les formes de congestion sanguine , qui , dans l'intestin , résultent de l'injection des villosités.
L'hyperémie de la membrane muqueuse du larynx, de la trachée et des grosses bronches , appartient le plus souvent à une irritation ; mais il n'en est plus de même dans les bronches plus petites : là , elle est fréquemment le produit d'une slase toute mécanique du sang, soit que cette stase survienne après la mort par l'accomplissement des lois de la pesanteur, soit qu'elle ait lieu pendant l'agonie ou même plus longtemps avant la mort chez les individus dont les forces circulatoires sont affaiblies , soit enfin qu'elle soit causée pendant la vie par un obstacle mécanique au libre retour du sang vers les cavités gauches du cœur.
Il faut distinguer ces différentes espèces d'hyperémies de la couleur rouge ou brune que la putréfac- IL 5o
lion produit très-facilement et Irès-promplemenl dans la membrane muqueuse des bronches. Il ne faut pas non plus oublier que , dans les petites bronches, dont les parois sont minces et transparentes , la teinte rouge des parties subjacentes pourrait aisément en imposer pour une hyperémie de la membrane muqueuse.
L'hyperémie de la membrane muqueuse des voies aériennes peut être générale ou partielle.
L'hyperémie générale s'établit quelquefois toutà-coup, et elle peut être accompagnée de tous les accidens de l'asphyxie. On a rapporté plusieurs observations d'individus qui, sans cause connue, ont été pris brusquement d'une dyspnée dont l'intensité toujours croissante les a rapidement entraînés au tombeau. A l'ouverture de leurs cadavres , on n'a trouvé d'autre lésion qu'une rougeur générale trèsprononcée de la membrane muqueuse des bronches dans toute son étendue. Pourquoi une simple congestion pulmonaire ne tuerait-elle pas aussi bien qu'une simple congestion cérébrale? Cependant n'oublions pas que nous ignorons la cause sous l'influence de laquelle vient ainsi à s'hyperémier le poumon ou le cerveau. N'oublions pas^ en outre, que les mêmes accidens, soit vers la poitrine, soit vers l'encéphale, peuvent survenir, sans qu'à la nécropsie il soit toujours possible de les expliquer par l'existence môme d'une simple congestion sanguine.
L'hyperémie générale s'établit plus souvent d'une manière moins aiguc que dans le cas précédent, et alors il en résulte des symptômes beaucoup moins graves. La rougeole est constamment accompagnée d'une hyperémie de ce genre , el dans les fièvres cojq-
d'anatomie pathologique. 4^7
lîniies une des lésions les plus fréquentes qu'on observe , c'est aussi une hyperémie générale de la membrane muqueuse des bronches. Dans la rougeole , elle <^xiste également dans le larynx et dans la tracliée.
L'hyperémie générale de la muqueuse des voies aériennes exivSte rarement à l'état chronique.
L'hyperémie partielle de cette membrane est beaucoup plus commune que son hyperémie générale. Elle présente , sous le rapport de son siège , les variétés suivantes, qui ont de l'importance sous le rapport de la différence de symptômes qui en résultent.
1°. Le larynx et la trachée-artère peuvent être rouges, tandis que les bronches sont blanches, et tice versa. Dans la trachée , on observe quelquefois une singulière disposition de l'hyperémie : la trachée n'est rouge que d'un côté , et cette teinte insolite cesse brusquement sur la ligne médiane, comme certains érysipèles de la face dont cette ligne forme aussi la limite rigoureuse. J'ai trouvé cette disposition dans plusieurs cas où il n'y avait qu'un jwumon affecté, et c'était du côté correspondant à celui-ci qu'existait la rougeur de la trachée. La maladie ne semble-t-elle pas, dans ce cas, établir dans la trachée unique de l'homme la division en deux conduits qui existe normalement chez d'autres animaux?
2". Les grosses bronches peuvent être rouges , et les petites blanches.
5°. Les petites bronches peuvent être seules hyperémiées , tandis que dans celles d'un plus grand calibre on ne découvre aucune trace de congestion. L'hyperémie des petites bronches, pour peu qu'elle soit étendue , donne lieu à des symptômes graves , tel*
que dyspnt^e intense, fièvre, etc. Avec ces symptômes il est des cas où la toux est très-peu considérable.
4". En comparant en truelles les bronches des différens lobes sous le rapport de la fréquence respective de leur irritation , M. Broussais a été conduit à admettre que ce sont les lobes supérieurs dont les bronches sont le plus souvent frappées d'hyperémie.
Si l'on examine l'hyperémie des conduits aérifères dans ses rapports avec les maladies du parenchyme pulmonaire, on trouve qu'elle n'est liée nécessairemeni à aucune de ces maladies. Ainsi il n'est pas trèsrare de trouver, dans la pneumonie aiguë , la trachéeartère et les bronches d'une blancheur parfaite. Cela est encore plus commun dans les cas de pneumonie chronique. Lorsque de nombreux tubercules parsèment le parenchyme pulmonaire , il arrive souvent qu'on ne trouve dans les bronches aucune trace de rougeur ; d'autres fois les grosses bronches sont pâles , mais celles d'un moindre calibre présentent une rougeur plus ou moins vive. Lorsque ces tubercules sont ramollis ou transformés en cavernes, il est beaucoup plus rare de ne pas observer de rougeur dans les bronches. L'on a constaté qu'en pareil cas les bronches les plus rouges étaient celles quittaient situées le plus près des excavations tuberculeuses ; mais celles qui en sont le plus éloignées peuvent aussi participer h cette rougeur, quisouvent alors s'étend également à la trachée et enfin au larynx. Du reste, dans ces différens cas , tantôt l'hyperémie marche de l'extérieur à l'intérieur; commençant par le larynx, elle se propage successivement à la trachée, aux grosses
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bronches, aux petites bronches, et atteignant enfin ceux des conduits aérifères que le scalpel ne peut plus suivre , elle gagne îe parenchyme pulnaonaire proprement dit; tantôt, au contraire, existant d'abord dans les derniers rameaux bronchiques , elle gagne lentement ou rapidement les bronches plus volumineuses, puis la trachée-artère et le larynx.
ARTICLE II
LESIONS DE NUTRITION.
La plus remarquable de C06 lésions , en raison des accidens qui en résultent et des divers groupes des symptômes spéciaux qu'elle produit , c'est l'augmentation d'épaisseur.
L'épaississeraent de la membrane muqueuse des voies aériennes est de deux espèces : ou il dépend principalement d'un engorgement sanguin de la membrane ( épaississement par hyperémie , et dans ce cas il n'y a qu'une apparence d'hypertrophie] ; ou il résulf d'une activité réellementplusgrandede la nutrition a. tissu membraneux (épaississement par hypertrophie).
La première espèce d'épaississement peut av( lieu dans toute l'étendue de la membrane laryn^ bronchique ; m ais elle est surtout remarquable en deux points , savoir, dans le larynx et dans les pettie bronches.
La tuméfaction de la porlion de muqueuse qui la pisse les lèvres de la glotte peut ôtre assez considé
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icible , surtout chez les cnfans , ou cette ouvei ture est très-petite 5 pour l'obstruer à-peu-près comploteraeut , apporter obstacle à la libre entrée de Tair dans le larynX; et produire tous les symptômes de croup , . sauf l'expectoration membranitbrme. Les cas du croup où l'on ne trouve après la mort d'autre lésion dans le larynx qu'une semblable tuméfaction , sont peul-etre mèuie les cas les plus communs. Par elle ^ d'ailleurs , on explique mieux que par la seule présence d'une pseudo-membrane, d'une part la dyspnée , et d'autre part la modiûcation que présentent dans le croup kv toux et la voix , ainsi que le bruit particulier que fait entendre la colonne d'air, chaque fois qu'elle traverse le larynx.
La membrane muqueuse dés petites bronches peut se tuméûer d'une manière aiguë, comme celle dit larynx, de telle sorte qu'il en résulte, comme dans celui-ci , une obstruction complète ou incomplète des conduits aérifères d^un certain nombre de lobules. Cette tuméfaction peut avoir son siège soit dans le corps même de la membrane, soit dans les lames qui s'élèvent de sa surface. Il en résulte une dyspnée considérable, et la transformation subite d'une maladie légère en une affection des plus graves.
L'épaississement de la membrane laryngo -bronchique, par hypertrophie de son tissu, est très-fréquent chez les individus qui ont une toux ancienne. Chez eux , cet épaississement peut exister en divers points ([ui méritent d'être notés, en raison des variétés de phénomènes qui peuvent en résulter. Ainsi dans le larynx l'épaississement de la membrane muqueuse peut en occuper la totalité, ou être borné, i". à l'ou-
d'aNATOMIE l'ATliOLOGÎQUK. i^ J »
trée du larynx ; 2^ aux cordes vocales ; j*'. aux cavités ventriculaires; 4"- aux deux faces de lepiglolle. Dans la trachée, cette hypertrophie de la muqueuse n'offre rien de particulier à noter ; mais dans les bronches elle doit être distinguée en celle qui occupe la muqueuse des grosses bronches, et en celle qui est bornée à la muqueuse des petites bronches. Dans ces deux cas l'hypertrophie peut avoir spécialement lieu , i°. dans le trajet même d'une bronche ; 2". à ses points de division ou à son orifice. Dans ces bronches, enfin, le corps même de la muqueuse ou ses lames peuvent en être particulièrement le siège.
J'ai cherché ailleurs ( 1) à démontrer qu'une grande partie des variétés infinies qu'est susceptible de présenter le raie bronchique dépend des variétés d'épaississement que peut ofl'rir la membrane muqueuse des voies aériennes ; un très-léger changement dans l'épaisseur normale de cette membrane produit souvent les plus grandes modifications dans le bruit d'expansion pulmonaire , de telle sorte qu'en pareil cas il n'y a le plus ordinairement aucun rapport entre l'inlensité du désordre fonctionnel et celle du désordre organique.
L'hypertrophie n'a pas seulement pour effet d'augmenter le nombre des molécules qui doivent normalement entrer dans la composition d'un tissu; elle peut encore changer le mode même d'arrangement de ces molécules, et transformer le tissu qu'elle a frappé en un autre tissu, d'après les lois que j'ai posées
(i) CUt.iquc Mcdlca'c.
ailleurs (i); ou bien , sans produire cette transformation, l'hypertrophie peut donner au tissu où elle a son siège une organisation plus compliquée. On a observé ce dernier cas pour la membrane muqueuse des bronches. Chez un individu qui présentait depuis long-lemps tous les signes d'un catarrhe chronique, M. Reynaud a trouvé une bien remarquable modification dans la membrane muqueuse bronchique : elle était devenue semblable h la membrane muqueuse gastro-intestinale, et, comme celle-ci, elle était hérissée de vilîosités nombreuses; on eût été tenté de penser qu'en déposant des alimens sur cette membrane villeuse , elle les aurait digérés.
L'hypertrophie de la membrane muqueuse des voies aériennes peut encore se présenter sous d'autres formes que celles qui viennentd'être décrites. Bornée a un point circonscrit , elle peut dans ce point donner naissance à des tumeurs qui font, au-dessus du niveau du reste de la muqueuse , une saillie plus ou moins considérable. Ces tumeurs ont été plus souvent observées dans le larynx que dans les autres parïies du tube aérien. J'ai vu, il y a quelques années, à laCharité, un larynx dont l'ouverture supérieure était en grande partie obstruée par une végétation blanchâtre, mamelonnée, ayant la plus exacte ressem- Ijlance avec une tête de choufleur, et se continuant intimement par une large base avec la membrane muqueuse. M. Ferrus a montré une pièce à-peu-prés semblable à l'Académie Royale de Médecine.
(i) Toni. î de CCI ouvrage.
d'anatomie pathologique. 47^
L'byperlrophie se présente encore av^c ime autre forme, lorsqu'elle attaque isolément les nombreux follicules qui parsèment la membrane muqueuse laryngo-bronchique. Alors apparaissent à la surface interne de celte membrane des corps granuleux, arrondis, blancs, rouges, ou d'un brun plus au moins foncé, présentant souvent deux cercles colorés, l'un à leur centre , l'autre à leur circonférence , et entourés d'une membrane muqueuse saine ou malade. On a pris souvent soit pour des tubercules, soit pour le produit d'une éruption spéciale , tt surtout de l'éruption variolique , de simples follicules qui étaient seulement plus développés que de coutume.
L'atrophie de la membrane muqueuse des voies aériennes doit avoir lieu quelquefois; mais elle n'a pas encore été observée : très-fréquemment on la trouve ramollie, mais ce ramollissement n'a rien de spécial, et tout ce que j'ai dit sur le ramollissement de la membrane muqueuse gastro-intestinale lui est à-peu-près applicable. C'est surtout dans le larynx qu'a été étudié ce ramollissement. Dans cet organe, on le voit souvent exister au niveau des cordes vocales ou au fond des ventricules. En pareil cas, le ligament thyro-aryténoïdien montre à-peu-près à nu ses fibres resplendissantes; elles ne sont plus recouvertes que par une pulpe blanche ou rouge, d'inégale épaisseur , et dont , en plusieurs points , on ne trouve plus même de vestige. Le ramollissement de cette portion de la muqueuse du larynx se lie constamment à une altération de la voix. Chez' des individus qui depuis long-temps ont la voix éteinte ou enrouée, on est étonné de ne trouver parfois dans le larynx
474 riiÉcis
d'autre lésion qno co raiiioHis.seaicul partiel de la
muqueuse.
La membrane muqueuse des voies aériennes est susceptible de s'ulcérer comme la membrane des voies digestives. Ces ulcérations peuvent avoir leur siège dans le larynx , dans la trachée ou di^qs les bronches. Etudions- les tour-à-toiir dans ces trois parties.
Les ulcérations du larynx sont plus fréquentes que celles de la trachée et des bronches. Presque toutes les fois , d'ailleurs , qu'on trouve sur un cadavre des ulcérations dans le larynx , on en retrouve aussi dans le parenchyme pulmonaire. Il est donc très-rare de pouvoir observer isolément l'influence que les ulcérations du larynx sont susceptibles d'exercer par elles seules sur l'économie. La plupart du temps la maladie que l'on désigne sous le nom de phthisle laryngée n'est autre chose qu'une affection pulmonaire accompagnée d'un état morbide du larynx, et dans laquelle les symptômes de la maladie du larynx sont prédominans et masquent les autres, bien que ce soit surtout de l'affection du poumon que dépendent le dé^ périssement, la fièvre hectique , les sueurs, etc.
Les ulcérations du larynx occupent, dans cet organe , divers points qui ne sont pas indifférens à noter, puisqu'il en résulte pour la voix des modilications diverses. Ainsi elles peuvent avoir pour siège, 1°. l'épiglotte, dont elles envahissent l'une ou l'autre face; 2^ les cordes vocales; 5°. les ventricules; Zj". l'angle rentrant que forment par leur union en avant les deux pièces du cartilage thyroïde ; 5°. en arrière la portion de muqueuse située entre les deux carti-
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Ia"^es aryténoïdes; G"*, les diiïcrentes parties de la luuqueuse située hors de ces points, dans chacun desquels il faut d'abord s'occuper de chercher les ulcérations toutes les fois qu'on ouvre un larynx que Ton croit malade.
Le nombre et la grandeur des ulcérations du larynx varient à l'infini. Quelquefois on n'en trouve qu'une seule très- petite dans un larynx qui paraît d'ailleurs sain. D'autres fois la surface interne du larynx est comme criblée d'ulcérations , et en pareil cas elles peuvent être ou égales ou inégales en forme comme en étendue. Enfin il est des cas où l'on ne découvre à l'intérieur du larynx qu'une seule, mais vaste ulcération, qui occupe la moitié ou les trois quarts de l'organe ; il est des cas où dans tout un côté du larynx on ne trouve plus aucune trace de muqueuse.
Les ulcérations de la trachée artère sont plus communes à sa partie postérieure que dans les autres points de sa périphérie. Comme ces ulcérations s'observent à-peu-près exclusivement chez les phthisiques, l'on avait pensé que cette sorte de lieu d'élection des ulcérations vers la partie postérieure de la trachée dépendait du séjour plus prolongé ou plus fréquent des crachats sur cette partie; mais il s'en faut que cette assertion soit prouvée. Dans quelques cas on a vu les ulcérations de la trachée n'occuper exactement qu'un des côtés de ce conduit , et ce côtc^ malade correspondre au poumon le plus gravement afi'cclé.
Dans les bronches, les ulcérations sont moins communes que dans le larynx , mais moins rares que dans la trachée. Elles ne présentent d'autres parti-
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ciilarltés à noter que leur seule exislence. Elles sont d'ailleurs assez rares pour iju'on ait pu ouvrir un assez £!:ran(l nombre de cadavres sans les rencontrer une <eule fois.
Les ulcérations de la membrane muqueuse des voies aériennes ont ordinairement pour fond les tissus f[ui , dans les diverses parties du conduit, lui sont siibjacens. Quelquefois la couche mince de tissu cellulaire interposée entre la muqueuse et les autres tissus acquiert une grande épaisseur et forme le f :)nd de l'ulcération ; mais dans d'autres cas l'ulcération , qui d'abord n'avait envahi que la muqueuse y s'étend en profondeur ; les tissus subjacens sont t<;ur-à-tour détruits, et il peut enfin en résulter une perforation du conduit aérifère. Cette perforation donne lieu à des phénomènes diflerens, suivant le point où elle a lieu. Ainsi elle peut faire communiquer directement l'intérieur du conduit avec l'extérieur: on a vu, par exemple, quelques cas de fistules s' tuées 'à l'angle de réunion des deux pièces du cartilage thyroïde. En pareil cas, la voix ne peut se produire que lorsqu'on place un obturateur au-devant de l'orifice fistuleux. L'existence de celte fistule ne s'oppose pas d'ailleurs à ce que des efforls soient produits , comme on pourrait le croire d'après la théorie de l'effort proposée par M. Bourdon. A l'appui de cette assertion , Je rappellerai ici un fait que citait souvent Béclard : il a vu un cheval corneur qui ne respirait qu'au moyen d'une ouverture pratiquée à la trachée, et qui néanmoins traînait seul des charriots pesamment chargés.
Au lieu d'établir une communication directe avec
d'à NATO MIE PATHOLOGIQUE. /jyj
l'air extérieur 5 la perforation du cnnduit acrii'èrc peut faire communiquer ce conduit avec un autre organe, soit naturellement creux, comme l'œsophage ou l'aorte , ou la plèvre , soit accidentellement creusé d'une cavité, comme les ganglions bronchiques , ou le parenchyme même du poumon. Toutes les fois qu'on trouve , dans ce dernier, une excavation qui communique avec une bronche, on est porté à admettre que l'excavation pulmonaire a précédé la perforation de la bronche : il en est ainsi dans le plus grand nombre des cas, mais non pas dans tous, et parfois il m'a semblé, en examinant avec soin les dispositions de certaines ulcérations du poumon, qu'elles avaient eu leur point de départ dans une bronche ulcérée et perforée. Aujourd'hui, dès qu'on trouve une cavité dans le poumon , l'on admet presque toujours qu'elle a succédé à la fonte d'une masse tuberculeuse ; mais il s'en faut qu'on en ait la preuve dans tous les cas.
Le paragraphe précédent vient de nous montrer un cas dans lequel, au lieu de s'opérer de dedans en dehors, la perforation des conduits aérifères s'est accomplie de dehors en dedans; c'est à l'extérieur du conduit qu'a commencé l'ulcération , qui , en dernier lieu seulement , a envahi la membrane muqueuse. Mais ce cas n'est pas le seul. Ainsi l'aorte malade s'ouvre beaucoup plus souvent dans la trachée ou dans les bronches, queces conduits ne s'ouvrentdans l'aorte. ï.m double perforation qui fait communiquer l'œsophage et la trachée, commence aussi souvent parle pren:îier de ces canaux que par le second. Un état de suppuration ou de tuberculisation des ganglions bronchiques paraît cîre souvent le point de départ de !a perforation
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des bronches qu'ils entourent, et à travers lesquelles s évacue le produit de sécrétion morbide dont ils ont été le siège. J'ai rencontré une fois un abcès du corps thyroïde , qui coïncidait avec une destruction complète des tisâus fibreux et cartilagineux de la trachée ; le pus n'était plus séparé de la cavité même de la trachée que par la membrane muqueuse de ce conduit; il est Irès-vraisemblable que si l'individu eût vécu plus long-temps, cette membrane se serait détruite à son tour , et l'abcès du corps thyroïde se serait vidé dans les voies aériennes. M. Portai a cité , dans son Traité de la Phthlsie pulmonaire ( i ) , un exemple de perforation de la trachée , qui livra passage à des hydatides formées dans le corps thyroïde. Une mort prompte par asphyxie en fut la suite.
ARTICLE III
LÉSIONS DE SECRETION.
Ces lésions peuvent porter i°. sur la sécrétion gazeuse ; 2°. sur la sécrétion perspiratoire ; 3°. sur la sécrétian muqueuse.
Les altérations de la sécrétion gazeuse sont encore inconnues. On peut toutefois soupçonner que , dans certaines maladies, il y a changement dans la proportion des divers gaz qui normalement sont exhalés par la membrane muqueuse des voies aériennes. On peut d'autant mieux le soupçonner, que sous l'in-
(i) Tom. II , pag. 357.
d'anatoiiîe pathologique. 479
fluence d'autres conditions, telles que celles de l'âge ou de la température extérieure, on voit varier dans ses proportions la quantité d'azote qui sort du poumon à chaque expiration.
Les altérations de la sécrétion perspiratoire ne sont guère mieux connues que celles de la sécrétion gazeuse. Peut-être son augmentation donne-t-elle lieu à quelques-uns de ces flux séreux dont la membrane muqueuse des voies aériennes est quelquefois le siège. Alors le sérum , exhalé ordinairement à l'état de vapeur, sortirait liquide en raison de son extrême abondance. J'ai cité ailleurs (i) ^^ ^^^ d'un individu chez lequel une énorme quantité de sérosité fut rendue tout-à-coup par les bronches , en même temps qu'eut lieu chez lui la résorption d'un hydrothorax. On a dit que , dans quelques cas de suppression totale de la transpiration cutanée par suite de certaines maladies de la peau , la vapeur pulmonaire était augmentée de telle sorte , qu'elle sortait communément de la poitrine comme un nuage, qui, s'élevant jusqu'au ciel du lit , en retombait sous forme d'abondante rosée (2).
La sécrétion muqueuse des voies aériennes est celle dont les altérations sont jusqu'à présent les mieux connues.
Le mucus fourni par la membrane laryngo-bronchique peut être modifié dans sa quantité ou dans ses qualités.
Son augmentation de quantité peut avoir lieu de
(1) Clinique Médicale.
(s) Alibert, Prieis das maladies de tu peau, article ichtyosc.
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deux manières, soit chroniquement, soît d'une manière aiguë. Rejeté en dehors, il constitue la matière de l'expectoration; et c'est alors à la séméiologie à la décrire sous ses aspects infîniuuent variés. Nous ne devons ici nous occuper que des cas où , retenu dans les bronches et trouvé après la mort dans ces conduits, be mucus peut rendre compte des accidens observés et même de la mort. Le cas le plus remarquable de ce genre est celui où tout-à-coup une telle quantité de mucus vient à être sécrétée par les bronches , la trachée et le larynx, qu'il les remplit; le conduit aérifère s'oppose à la libre entrée de l'air , et produit rapidement ainsi la mort par asphyxie. Cela a été observé chez les adultes , et surtout chez les enfans. On a décrit, sous le nom de croup , quelques états morbides où l'on observait elTeclivement quelquesuns des étals morbides qui le caractérisent, et où, à l'ouverture des cadavres , on ne trouvait autre chose qu'une accumulation considérable de mucosités dans toute l'étendue des voies aériennes (ij.
INous ne décrirons point toutes les modifications de qualités que peut présenter le mucus laryngobronchique ; cette description est du ressort du séméiologiste. Nous dirons seulement que ce mucus peut tantôt se fluidifier beaucoup, et devenir semblable à du sérum , tantôt acquérir une viscosité telle qu'il adhère aux parois des bronches , s'accumuler en
(i) M. Blaud qui a fort bien vu que le mot croup devait plutôt exprimer un ensenjble de symptômes identiques qu'une lésion anatomique constante, a établi trois variétés de cette maladie d'après la nature des produits fournis par la membrane muqueuse irritée. Il a désigné celle dont il est question dans ce paragrapbe , sous le nom de croup myxogcne , et les deux autres sous les noms de iroup pao^cne et mcnlngo^^ènc.
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