‹ Précis d'anatomie pathologique (volume 4)Chapitre 21 sur 43 · SECTION TROISIÈME. LÉSIONS DE SÉCRÉTION · texte numérisé non relu

SECTION TROISIÈME. LÉSIONS DE SÉCRÉTION

Le sang qui traverse un organe peul y être soumis à trois espèces d'élaboration. Par la première , se séparent de sa masse des molécules qui, travaillées , si l'on peut ainsi dire , par cette force plastique en vertu de laquelle chaque tissu est ce qu'il est j sont destinées à faire partie de l'organe lui-même, à réparer ses pertes. C'est là la nutrition proprement dite. Par la seconde élaboration, se produit sans cesse, en tout point de l'économie, une matière de nature alburaineuse , à l'état de liquide ou de vapeur; ce genre de sécrétion ne semble pas moins nécessaire à l'état vivant que ne l'est la sécrétion nutritive. Elle est principalement évidente , i'. dans les aréoles du tissu cellulaire libre ou combiné avec les organes; 2°. dans les cavités séreuses qui ressemblent à des aréoles cellulaires agrandies ; 5°. à la surface des membranes tégumentaires, où il faut la distinguer de l'humeur sébacée et du mucus; 4*- ^ ^^ surface interne des vaisseaux. AiVisi, partout où un organe nous présente une surface , nous le voyons transpirer par cette surface. Nul doute, d'ailleurs, que cette matière perspirable ne soit fournie directement par le sang; car,

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en mêlant à ce sang diverses substances, on les reconnaît tiès-promptenient dans cette matière. Injectez , par exemple , du prussiate de potasse dans la veine d'un animal vivant : le sulfate de fer en démontrera très-rapidement l'existence dans le liquide des membranes sérenses. Du camphre, de l'huile phospborée , introduits dans le sang , se reconnaîtront non moins facilement dans la vapeur qui s'échappe des poumons de l'animal à chaque expiration. J'ai cru devoir rappeler ici ces faits de physiologie, parce que, sous le rapport des applications à l'état morbide , il est important que l'on sache bien quelle est l'origine de cette matière perspirable , dont l'altération paraît jouer un grand rôle dans plus d'une production accidentelle. Enfin , la troisième espèce d'élaboration éprouvée par le sang, beaucoup moins générale que les deux précédentes, n'a lieu, du moins normalement , que dans certains organes d'une texture spéciale , dont la complication de structure varie depuis celle du simple follicule jusqu'à celle du foie.

Dans la section précédente j'ai décrit les diverses lésions organiques qui résultent d'une modification morbide de la première des trois espèces d élaboralion du sang qui viennent d'être signalées. Dans toutes ces lésions , nous n'avons vu effectivement autre chose que des altérations de nutrition des tissus , c'est-àdire des changemens dans la quantité ou dans la qualité des molécules par lesquelles sont constitués ces tissus. Ce sont maintenant les deux autres espèces d'élaboration du sang dont nous devons étudier les modifications morbides, et celles-ci sont nombreuses. Partout, en effet, où l'on trouve dans l'économie

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tles produits solides , liquides ou gazeux , qui n'ont |>.'>s d'analogues dans l'état sain , l'esprit ne peut en concevoir autrement la formation qu'en supposant qu'elles sont duesà un travail organique plus ou moins analogue à celui qui, dans l'état sain, élimine du sang, soit les matériaux de réparation des tissus, soit les matériaux des diverses sécrétions. Ce point de vue, sous lequel peuvent être envisagées les productions accidentelles, n'est pas sans utilité, car à priori W conduit à admettre que les mômes conditions qui , dans l'état physiologique, exercent sur les sécrétions une influence non douteuse, doivent aussi présider à la formation des productions accidentelles , si ces productions ne sont que des sécrétions morbides. Or, dans l'état sain, les sécrétions sont influencées, i°. par les qualités mêmes du sang , ainsi que le démontrent les modifications que l'on peut faire subir, en changeant la composition du sang, aux diverses sérosités, à la bile , à l'urine , au lait , etc. ; 2°. par la disposition physique de chaque organe sécréteur ; 3°. par l'état de l'innervation. Qui ne sait qu'un trouble léger, apporté aux fonctions du système nerveux, modifie notablement la sécrétion des larmes, du mucus, de la bile, du lait, de la sueur, de l'urine , de la salive? De même , dans toute sécrétion morbide, le rôle principal ou secondaire peut être joué, 1°. par le sang; 2°. par les solides où la sécrétion a lieu ; 3°. par le système nerveux.

Trois grandes classes de sécrétions morbides se présentent à étudier.

Dans la première classe . il y a conservation des qvialités des matières normalement sécrétées; mais celle sécrélion est seulement beaucoup plus abon-»

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d.inle que de coutume ; taiifôt, d'aiîloui's . ces matières restent dans la cavité môme où elles ont pris naissance; de là les divers épancliemens. Tantôt, à mesure qu'elles sont formées ^ elles sont conduites aiidehors ; de là les jlux.

Dans la seconde classe , il y a également conservalion des qualités normales des matières sécrétées ; mais, soit en nature, soit seulement dans quelquesuns de leurs élémens , on les trouve dans un autre lieu que celui où elles sont ordinairement, soit formées, soit déposées. Elles peuvent, d'ailleurs, ou avoir pris naissance dans ce lieu insolite, ou y avoir été apportées par diverses voies.

La troisième classe comprend les cas où à la place du produit de sécrétion normale existent d'autres produits, qui tantôt ne paraissent être que la sécrétion normale modifiée , du moins s'en rapprochent-ils encore plus ou moins , el qui tantôt semblent être des produits tout-à-fait nouveaux. Ces produits morbides peuvent se former en tout tissu ; car la seule condition de leur existence est une puissance de sécrétion : or tout tissu a cette puissance; tout tissu, dans l'état physiologique, doit être le siège d'une élimination, soit de solides, soit de liquides, soit de gaz. Ces produits de sécrétion morbide peuvent être identiques , bien que fournis par les tissus les plus différens ; car partout ils semblent principalement dus à une modification de cette matière perspirable , qui , sous forme de liquide ou de vapeur, est exhalée par tout tissu , et qui, dans tous, est identique. Si le sang lui-même vient à s'organiser, dans le s^ng naîtra en même temps une force de sécrétion; car,

dans toute la nature vivante, le premier de ces faits entraîne le second ; et ce second fait à son tour doit nous porter à admettre, couime possible, l'existence des sécrétions morbides dans le sang , une fois qu'il est en voie d'organisation. Ainsi , dans le sang liquide , tel qu'il circule à travers les vaisseaux de l'être vivant , peuvent se former les matériaux des sécrétions morbides, et dans le sang coagulé peuvent avoir lieu ces sécrétions morbides elles-mêmes.

Dans une quatrième et dernière classe je tracerai l'histoire des sécrétions morbides de gaz, dont l'histoire a plus d'un trait de commun avec celle des produits de la classe précédente , mais qui , cependant, s'en éloignent trop à d'autres égards , pour qu'il ne soit pas convenable de les décrire à part.

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