ESPÈCE TROISIÈME
MATIÈBB OEGAHISABLE DES SLRFACES VASCClAinES,
Toutes les fois que la circulalion cesse de se faire dans un vaisseau, sa surface interne tend à devenir le siège d'une exhalation, dont le produit est cette même matière organisable dont nous avons déjà suivi la formation sur 'es surfaces séreuses, muqueuses et cutanée. Par elle, les divers points de la surface interne des artères ou des veines viennent à adhérer entre eux, et le vaisseau s'oblitère. Nous ne faisons que signaler ici ce fait important , sur lequel nous reviendrons plus lard. ( Maladies de l'appareil circulatoire. )
(.i) 0 ivrage cUù , tom, II, pag. SaS.
r.RrsRE SECOND.
PRODUITS 0KGAN1!<ADLES DÛP0?KS SDR DCS SURFACES ACCIDENTELLES.
Lorsqu'un tissu quelconque a éprouvé une solution de continuité , des deux surfaces de la plaie s'exhale une matière qui , à l'instar des produits que nous venons d'examiner, se solidifie, s'organise, se remplit de vaisseaux, et devient un véritable tissu : tantôt ce nouveau tissu est exactement analogue au tissu divisé , tantôt il ne fait que s'en rapprocher plus ou moins, et tantôt, enfin, il reste à l'état d'une trame cellulo-fibreuse. (j'est dans cette transformation d'une matière plastique en un tissu plus ou moins analogue au tissu divisé que consiste la cicatrisation. Du reste , nous ne pourrions que répéter ce que nous avons dit en parlant des fausses membranes des séreuses, si nous voulions indiquer ici la manière dont s'organise cette matière plastique. Ce sont les mêmes, phénomènes dont nous aurions à reproduire la description. En traitant des maladies de chaque organe, nous signalerons les particularités que présente chacun d'eux, dans les efforts que fait la nature pour réparer les solutions de continuité qu'il a pu éprouver. Disons seulement ici que dans tous le procédé est identique ; dans tous le point de départ est le même : c'est constamment une matière sécrétée qui se solidifie et s'organise. Ce qui est différent , c'est ce qui succède à ce premier travail : une fois formée , la trame cellulo-vasculaire devient le siège de diverses transformations , ([ui varient avec la nature des tissus qui ont une perle à réparer.
d'anatomie pathologique. /|91
C'est encore cette même matière spontanément coagulable et organisable qui se dépose à la surface interne des parois d'im certain nombre de cavités accidentelles. Là, aussi, des vaisseawx se développent, divers tissus se produisent : souvent, par exemple, c'est du tissu fibreux ou séreux; ailleurs , c'est un tissu qui se rapproche plus ou moins du tissu muqueux. Du reste , il peut être difficile de distinguer si, dans ces productions nouvelles, le rôle principal est joué par une matière plastique qui vient à se déposer, ou parle tissu cellulaire qui, dévié de son mode normal de nutrition, se transforme en d'autres tissus. ( Voyez ce que nous avons dit plus haut , dans ce volume , sur les transformations du tissu cellulaire. )
Le dépôt de la matière organisable à l'intérieur des cavités accidentelles est suivi , suivant les cas , de deux résultats différens : i°. elle peut produire une couche niembraniforme , de nature variable, qui tapisse les parois de la cavité ; 2°. elle peut s'arranger de manière à donner lieu à la formation d'adhérences qui tendront à unir les divers points de la surface de la cavité, et à en déterminer peu-à-peu l'oblitération. C'est ainsi qu'un kyste séreux s'élablit d'abord dans le cerveau autour d'un caillot sanguin; la membrane séreuse de nouvelle formation opère la résorption du sang épanché ; une fois ce travail accompli , un peu de sérosité continue à être exhalée dans le kyste pendant un certain temps; puis ses parois se rapprochent, se touchent, s'agglutinent, et toute cavité disparaît.
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ORDRE SECOiND.
PRODCITâ ORCANISABLES DFP0!>£5 DANS LA TBAME DB» PABriES.
Ces produits, infiniment variés sous le rapport de leur apparence physique , pi ésentent tous comme caractère commun une simple tendance à l'organisation ou une organisation déjà existante. Ce qui me semble important à retenir , au milieu de leurs nombreuses variétés de configuration , de volume , de couleur, de consistance, etc. , se réduit à ce qui suit.
Parmi ces produits , les uns ont une texture homogène. En les incisant, on ne découvre rien autre chose, à leur intérieur comme vers leur périphérie, qu'une substance partout identique. Tantôt celle substance est semblable à un morceau de fibrine depuis long-tempscoagulée , et plus ou moins complètement privée de sa matière colorante; tantôt elle est d'une dureté plus grande, elle a la consistance du lissu fibreux ou du cartilage ; son aspect rappelle assez bien celui du navet. D'autres fois, cette même substance présente une consistance beaucoup moindre : elle n'est plus solide , à proprement parler ; et cependant elle n'est pas encore liquide ; elle ressemble à un fragment de pulpe cérébrale , ramollie par la putréfaction ou par une trituration prolongée.
Dans d'autres produits on trouve une texture hétérogène ; en d'autres termes, les diverses molécules qui les composcnl n'ont pas toutes la même nature ,
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OU au moins le môme arrangement. Ils prosentent tantôt une structure filamenteuse; tantôt une structure aréoiaire ; tantôt des lobules ou des cellules; tantôt, enfin, des espèces de voies qui livrent passage à des liquides. Dans presque tous , en effet , on trouve un mélange de parties solides et de parties liquides. Lesliquides qui entrent dans leurcomposition peuvent être blancs , incolores , plus ou moins semblables au sérum du sang. D'autres fois ils sont colorés ; c'est du sang en nature qui vient à se former au sein de ces produits, comme nous l'avons vu se former au sein des fausses membranes. A la surface ou à l'intérieur de ces produits (quelle que soit la trame solide qui les forme, dans celui qu'on a comparé à un fragment de navel ou de cartilage , comme dans celui qui ressemble à la pulpe cérébrale) , il n'est pas rare de trouver un certain nombre de points rouges, isolés les uns des autres, semblables à des taches de sang, qu'y aurait déposés l'extrémité d'un pinceau. D'autres fois , l'on observe des stries rouges irrégulières , où le sang ne semble être encore contenu dans aucun canal. Ces stries s'entrecroisent fréquemment les unes avec les autres, laissant entre elles des aréoles de grandeur et de forme variables. Enfin, apparaissent de véritables vaisseaux , qu'on peut parvenir à isoler de la masse qu'ils parcourent, en soumettant le tout à une trituration très-légère ou à un lavage peu prolongé. Ainsi séparés, ils ressemblent parfois à un lacis de cheveux très-fins teints en rouge. 11 est des cas où on les voit s'aboucher avec les vaisseaux des parties environnantes ; mais, ailleurs , on ne peut plus saisir cet abouchement : on voit des vaisseaux bien formés, à
parois bien distinctes, perdre peu-à-peu leur caractère de vaisseau, et peu-à-peu se confondre, soit avec ces stries rougeâtres, soit avec ces taches irrégulières ci-dessus décrites.
Soit avant , soit après la formation de ces vaisseaux , il peut arriver qu'au sein du produit morbide le sang vienne à se déposer en quantité assez considérable pour qu'il en résulte dans ce produit une véritable hémorrhagie. On observe alors à son intérieur une ou plusieurs collections sanguines, semblables à celles, par exemple, qu'on trouve dans le cerveau après une attaque d'apoplexie. Le sang épanché peut être liquide ou coagulé ; au lieu d'être rassemblé dans des foyers circonscrits, il peut infiltrer tous les points de la masse morbide. Alors celle-ci présente partout une teinte rougeâtre plus ou moins foncée; souvent elle ne constitue plus, soit en plusieurs de ses points, soit dans sa totalité , qu'une sorte de pulpe ou de bouillie assez semblable à la matière rouge qui remplit les cellules de certaines rates remarquables par leur extrême mollesse.
Les produits morbides dont nous traçons l'histoire jouissent donc de la vie , puisqu'ils ont le pouvoir de former du sang, puisque dans leur intérieur des voies s'ouvrent pour livrer passage à ce sang. S'ils jouissent de la vie, ils doivent absorber et sécréter; ils doivent enfin s'accroître , non plus par juxta-position , comme le tubercule, mais par une véritable inius-susception. Enfin, organisés et vivans comme les pseudo-membranes des séreuses, ils doivent, comme elles , être susceptibles de s'irriter , de se congestionner; comme elles, ils doivent devenir le siège
d'anatomie rATTioLooToinî. 495
d« diverses sécrétions morbides; ils peuvent, du sang qui les parcourt, séparer du pus, du tubercule, des matières salines ou colorantes, etc.
Plus ou moins long-temps après qu'ils ont pris naissance , ces produits tendent à subir la loi en vertu de laquelle l'économie doit faire effort pour se débarrasser de toute matière étrangère qui lui est nuisible. Les parties environnantes s'irritent, ainsi que la masse morbide elle-même ; alors commence un travail d'élimination, qui a pour effet la destruction du produit morbide ; une fois qu'il a été ou résorbé , ou expulsé , l'ulcération qui en occupe la place se cicatrise quelquefois plus ou moins promptement ; mais trop souvent elle persiste ou elle s'étend de plus en plus; trop souvent aussi la même disposition , qui une première fois avait créé le produit morbide , n'est pas éteinte après sa destruction ; et de nouveau elle le recrée, soit dans le lieu môme d'où il vient à peine de disparaître, soit en d'autres points de l'économie. Ce n'est pas, en effet, un des traits les moins remarquables de l'histoire de ces produits, que la tendance qu'a chacun d'eux à prendre naissance à-la-fois dans un grand nombre d'organes. C'est bien souvent à l'époque même où commence pour l'un d'eux le travail d'élimination, que des produits semblables commencent à se déposer ailleurs. D'autres fois, c'est seulement après que l'ablation en a été faite par la main du chirurgien, que commence cette singulière multiplication du même produit en une foule de points.
Considérés dans ce qu'ils ont de général et de commun, les symptômes qui accompagnent les produits
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morbides de celte classe peuvent se ranger dans les
séries suivantes.
Une première série de symptômes dépend du seul fait du développement du produit morbide au milieu d'un tissu vivant, et de la somme d'activité vitale que consume ce développement. De là, tantôt quelques symptômes locaux, comme une douleur variable en nature et en intensité; tantôt absence complète de symptômes locaux, et seulement altération du mouvement nutritif généra], diminution graduelle de l'embonpoint et des forces, quelques accès de fièvre erratiques. Quelquefois il est impossible de reconnaître le point de départ de ce dérangement de la santé.
Une seconde série reconnaît pour cause les divers états pathologiques dont le produit morbide peut devenir lui-même le siège. Vient-il , par exemple , à s'irriter, à se congestionner : on observera pendant la durée de cette irritation , soit une douleur insolite , soit une réaction fébrile , soit divers désordres nerveux. Une troisième série se rattache à l'état des parties qui entourent le produit morbide. Suivant que ces parties sont restées saines ou devenues malades, suivant le degré et la nature de leur affection, suivant qu'elle est aiguë ou chronique , continue ou intev'mittente, on voit apparaître divers groupes de symptômes, qui n'appartiennent point au produit morbide lui-même. Il importe de ne pas perdre cette circons-» tance de vue , puisqu'on peut en tirer la conséquence pratique, que, lorsqu 'apparaissent ces symptômes, on peut essayer de les combattre, sans chercher à modifier directement le produit morbide lui-même. Une quatrième série de symptômes se manifeste à
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l'époque où s'accomplit le travail d'élimination , et où par coïiséquent le produit morbide tend à se détruire. C'est alors que la douleur locale apparaît ou s'exaspère ; c'est alors qu'un mouvement fébrile continu s'établit, qu'un dépérissement considérable a lieu; c'est alors, enfm , que le sang, modifié dans sa composition, donne à la peau celte teinte particulière , dhejatme-pail/e y que l'on a regardée comme caractérisant cet état que les auteurs ont appelé ca^chexie cancéreuse.
Enfin, une cinquième et dernière série de symptômes coïncide avec l'ulcération qui suit la destruction du produit morbide. Ces symptômes varient, suivant que l'ulcération marché vers la cicatrisation , suivant qu'elle s'étend de plus en plus, ou suivant qu'il y a repullulatîon du produit morbide , soit dans le lieu même où il existait, soit ailleurs.
J'ai déjà dit qu'il me paraissait futile, dans l'état actuel de la science , de chercher à désigner jkudes noms spéciaux les variétés infinies d'aspect que peuvent présenter les produits morbides organisables déposés dans la trame des parties. Toutefois je dois rappeler ici quelques-uns de ces noms, et indiquer ce qu'ils désignent.
11 est des cas où le produit morbide organisable consiste dans une tumeur rougeâtre , comme charnue, parcourue par des vaisseaux plus ou moins nombreux. On ne saurait mieux la comparer qu'à un morceau de fibrine qui s'est coagulé dans ses vaisseaux , et qui s'organise. Cette tumeur a été appelée par Abernethy, sarcome commun ^ charnu ou vasculaire. Cette sorte de produit morbide se creuse quelquefois I. 5a
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de cellules clonl les parois sont très-vascnlaires , et dont la cavité contient un lluide séreux. Abernelhy a donné à ce produit morbide îe nom de sarcome cystique. Il a vu d'autres sarcomes, où, au lieu de présenter une masse conlinue, la substance de nouvelle formation était composée de granulations , qui par leur disposition rappelaient la structure du pancréas. De là le nom de sarcome pancréatique , par lequel il a désigné cette variété (i).
Lorsque le produit morbide organisable se présente sous forme d'une substance grisâtre ou blanchAlrc, sans trace de vaisseaux ni de sang, divisée souvent en lobules réguliers par des intersections comme fd^reuses , assez dures pour crier sous le scalpel, on l'appelle 6Vjfw/r?7«r. J'ai dit ailleurs que le squirrhe ne me semblait soiivent être autre chose qu'une hypertrophie, une induration du tissu cellulaire ; mais il n'en est pas moins vrai que, dans plus d'un cas, là où l on observe du squirrhe, il y a autre chose que cette simple induration ; il y a surtout dépôt d'une matière morbide qui se solidifie et tend à s'organiser. Ainsi, pour moi, le squirrhe est une tumeur reconnaissable à des caractères physiques bieti tranchés, et qui peut dépendre de deux sortes d'altérations : i". d'une simple altération de nutrition du tissu cellulaire; 2". d'une sécrétion morbide.
La tumeur dite squirrheuse prend-elle une teinte d'un blanc de plus en plus mat , des vaisseaux viennent-ils à s'y dessiner , au lieu de l'appeler squirrhe Laennec lui a imposé le nom de tissu encéphaloide à
(1) Mélanges dt chirurgie élran^ire , publiéi a Geuère , tom. II.
d'Ax\atomie pathologique. 4qQ
i état de crudité, expression impropre, puisqn'à cet état il n'y a aucune ressemblance entre cette matière et la pulpe cérébrale. Rien ne prouve, d'ailleurs, que la matière demi-liquide , comparée très-exactemejit par j^aennec à la substance du cerveau , qu'il a appelée tissu encephaloïde à l'état de ramoUissenunt , et à laquelle il me semble convenable de conserver le nom de matière encéphaloide, ne puisse exister qu'après avoir été précédée par un autre état dans lequel cette matière encephaloïde serait d'un blanc mat et dure.
La matière encephaloïde est effectivement une des variétés les plus tranchées des produits morbides organisables. Elle est caractérisée par sa ressemblance parfaite avec la pulpe cérébrale qui commence à se ramollir ; elle contient le plus ordinairement des vaisseaux ou au moins du sang. Tantôt elle existe seule ; tantôt elle se forme au sein des tumeurs précédentes; mais je ne connais aucun fait qui démontre qu'elle en soit une transformation. C'est une matière qui vient à être déposée au milieu d'une autre; mais ce n'est pas le même produit qui passe, comme on l'a dit. d'un prétendu état de crudité à un état de lamoflissement.
C'est cette même matière encephaloïde que quelques auteurs ont désignée sous le nom de sarcome médullaire.
Qu'est-ce que le fungus hémalode? A mon avis, c'est encore là un terme générique qui comprend plusieurs altérations de nature différente. Ainsi nous avons déjà vu (pag. 177 de ce volume) qu'on a donné souvent le nom de fungus hématode à uii développement de tissu érectile accidentel. Mais, de plus, on
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a aussi imposé celte dénomination à des tumeurs constituées par de la matière sarcomateuse, squirrheuse et surtotit encéphaloïde , avec développement considérable de vaisseaux , et épanchement ou infiltration de sang à leur intérieur. Ce sont ces mêmes tumeurs qu'on a aussi désignées quelquefois sous le nom de sarcome vasculaire. Pour prouver l'identité de nature de ces diverses tumeurs, je me contenterai de transcrire ici la description qui a été donnée du iungus hématode , par M. Wardrop ( i).
a L'excroissance morbifique, dit-il , présente l'apparence de la substance médullaire ; elle est principalement formée d'une matière opaque , blanchâtre , homogène , oûVanl la consistance du cerveau ; elle devient ensuite une pulpe diffluerite, lorsqu'elle a été exposée pendant peu de temps à l'air libre.... La consistance de la ttimeUr n'est pas la même dans toutes ses parties; quelquefois la matière qu'elle Contient ressemble à de la bouillie , et d'autres fois elle est plus ferme que la partie résistante d'un cerveau frais ; la coloration de la tumeur présente également des difiFérences. Très- communément elle possède et Fà teinte et la consistance de la matière encéphalique; dans quelques cas, une de ses parties est plus rouge v et ressemble davantage à de la chair; d'autres fois, enfin , on prendrait cette substance morbide pour un caillot de sang. »
N'existe-t-il pas la plus grande ressemblance entré cette description du fungus hématode et celle qui a
(i) DieiUmnaire des Sciences Médicales , article Fungus hématode, pat" M. BrescUet.
d'anatomie pathologique. 5oi
<îlé donnée de la matière encépbaloidc, pai Laennec ; du sarcome médullaire , par Abernethy et autres, auteurs?
Je viens de passer en revue les principales variétés d'aspect des produits morbides organisables , et parmi eux je n'ai pas nommé le cancer. Je ne l'ai pas davantage placé parmi les autres altérations de nutrition oude sécrétion précédemment étudiées. Où est donc sa place, et qu'est-ce que le cancer? A mon avis, le cancer n'est pas une altération à part. Toules les lésions, soit de nutrition , soit de sécrétion , anivées à ce terme où on les voit se terminer par une ulcération qui étend de plus en plus ses i-avages , soit en superficie , soit en profondeur ; voilà le cancer, Cette expression toute métapborique, qui appartient à l'enfance de la science, comme celle d'inflammation , n'indique que la terminaison commune d'altérations trè.s-différentes les unes des autres. Je ne crois pas que l'on puisse maintenant répéter avec Bayle et Laennec que le cancer est une altération sut generis , caractérisée par la présence des tissus squirrheux et encéphaloïde , soit isolés, soit combinés. D'une part, en effet, il n'est nullement rare de constater sur le cadavre l'existence de ces deux productions, bien qu'on n'ait observé pen<lant la vie aucun des accidens qui, d'après les auteurs, accompagnent le canner; de telle sorte qu'en pareil cas on a les caractères anatomiques de la maladie , sans en avoir eu les symptômes. D'une autre part, on rencontre ces symptômes dans plus d'un cas où par l'anatomie on ne peut découvrir ni squirrhe , ni encéphaloïde. En eflet , l^ simple développement d'un réseau capillaire in-
5o2 raiicis
solite à la surface on dans la trame de la membrane teiriuiieulaire interne ou externe, une ancienne fluxion vers une portion de membrane muqueuse, sans qu'il y ail changement réel dans sa texture , l'hypertrophie d'un point de cette membrane ou du derme , un bouton , une excroissance, qui s'élèvent des surfaces muqueuse ou cutanée , et qui ne sont formés que par une simple expansion du tissu propre des membranes sans trace de formation nouvelle, l'épaississement du tissu cellulaire , l'infiltration de ses mailles par une ma- \ ière albumineuse ou gélatineuse , l'induration rou^e ou blanche des ganglions lymphatiques, induration dans laquelle il n'y a pas plus de tissu accidentel qu'il n'y en a dans le poumon en hépatisalion rouge ou grise ; voilà autant de lésions qui , aussi bien que la matière encéphaloïde et le squirrhe , peuvent toutes se terminer par la destruction de la partie oîi elles se sont développées, et par la production d'une ulcération qui tend sans cesse à s'agrandir en tout sens; toutes ces lésions, qui n'ont aucun caractère anatomique commun, peuvent avoir de commun ce mode de terminaison ; toutes, dans la dernière période de leur existence, deviennent ce qu'on a appelé un cancer. De quoi s'agit-il donc dans l'état actuel de la science? il s'agit pour le praticien de déterminer, d'après ce que lui a appris l'expérience, si telle lésion, par son mode de développement, par sa marche, par les symptômes locaux ou généraux qui l'accompagnent, lui paraît devoir se terminer par une ulcération qui, au lieu de se cicatriser, tendra à s'agrandir en tout sens, à détruire lentement ou rapidement tous les tissus environnans. Cette lésion , il l'appellera cancer ^ non
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parce qu'elle est constituëe par telle ou telle production morbide , mais parce qu'elle tend vers la terminaison indiquée, en produisant dans toute l'économie un trouble général en rapport avec la gravité do raffeclion locale..