‹ Précis d'anatomie pathologique (volume 4)Chapitre 9 sur 43 · ANEMIE LOCALE · texte numérisé non relu

ANEMIE LOCALE

Les circonstances au milieu desquelles apparaît surtout l'anémie d'un organe , et qui semblent plus ou moins directement la favoriser, sont les suivantes :

1°. La diminution du calibre de l'artère qui porte le sang à l'organe anémié. Cependant il faut remarquer à cet égard que, clans tous les cas, il n'est pas prouvé que cette diminution dans le volume de l'artère ait précédé l'anémie , et que souvent on peut tout aussi bien admettre que l'artère s'alrophie , parce que l'organe auquel elle se distribue tend lui même à s'atrophier , et a besoin par conséquent d'une moindre quantité de matériaux nutritifs.

2°. Certaines modifications de cette influence nerveuse , que, dans le plus grand nombre des phénomènes organiques , on trouve si souvent présente. Ainsi, consécutivement aune émotion morale , le sang se retire tout-à-coup du réseau capillaire de la peau , soit seulement de celle de la face, soit de celle même de tout le corps; et ce qu'il y a de bien remarquable , c'est que la même impression qui chez un individu repousse le sang de lu peau , l'y lait affluer

chez un au're en quantité insolite : qui ne sait qu'une pâleur ou une rougeur subites sont également le résultat d'une vive frayeur ou d'un mouvement de çolèie. Ces phénomènes, tout triviaux qu'ils sont,^ si je puis ainsi dire, n'en méritent pas moins une sérieuse attention , en raison des inductions que nous pouvons en tirer relativement à l'interprétation de certains phénomènes qui , sous l'influence des mômes causes, viennent à se produire dans d'autres organes^ Qui affirmera , par exemple , que , par suite de semblables émotions morales , l'estomac ne peut pas tantôt pâlir comme la peau, et tantôt rougir comme elle? Dans ces cas, d'ailleurs, l'anémie n'est que momentanée; mais si la cause nerveuse qui l'a produite une fois se répète souvent, cette anémie peut devenir un état habituel, et de là, par exemple, la pâleur de la face que présentent souvent les hommes qui exercent beaucoup leur intelligence , que des passions vives tourmentent, ou qui sont ce qu'on appelle d'un tempérament nerveux , sans que rien jjrouve d'ailleurs que chez eux quelque organe soit souffrant.

5°. L'hyperémie d'un organe. Tandis que dans un grand nombre de cas, comme on l'a vu plus haut, celte hyperémie , produite en un point de l'économ'ie , va se répéter ailleurs , il y a d'autres cas où, en même temps que le sang afflue vers une partie et s'y accumule', il abandonne d'autres parties ; et alors celles-ci peuvent en recevoir moins , soit d'une manière passagère , soit pour toujours. Il y a alors , si l'on peut ainsi dire , une sorte de balancement d'hyperémie et d'anémie qui s'établit entre les organes.

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A l'extérieur, la peau nous en oCTie de conlinuols exemples. A l'intérieur, l'ouverture des cadavres nous montre, par exemple, le cerveau tantôt congestionné, tantôt remarquablement exsangue, en même temps qu'un autre organe se trouve être plus ou moins fortement hyperémié. Dans un très-grand nombre de cas de péritonites aiguës, on observe que la membrane muqueuse gastro-intestinale est d'une notable pâleur.

4". Un état antécédent d'hyperémie dans l'organe même actuellement anémié.

5°. Il y a enfin des cas où, aucune des circonstances qui viennent d'être énumérées n'ayant existé , et sans que l'on puisse en assigner quelque cause appréciable, la nécroscopie découvre dans certains organes un état fort singulier d'anémie, portée à un tel degré, qu'on ne trouve véritablement pas une goutte de sang dans leurs petits vaisseaux, et que, par la pression, l'incision , la déchirure, etc. , on n'en fait pas sortir. Cependant comme il est alors vraisemblable qu'un liquide nutritif a dû continuer à être apporté à ces organes ainsi anémiés , on est porté à penser que le sang traverse leurs réseaux capillaires , non plus en nature , mais privé de sa matière colorante , et , sous le rapport de leur circulation , ces organes deviennent alors semblables à quelques tissus qui se nourrissent sans recevoir de sang rouge. N'estce pas là , d'ailleurs , le cas dans lequel se trouvent tous les organes chez les animaux dits à sang blanc ? Plus d'une fois, dans le cours de cet ouvrage, nous aurons occasion de démontrer que l'état morbide d'un organe de l'homme se trouve être souvent un

^S t>RÉCIS

L'tat physiologique pour ce môme organe consicîéi*c cliez d'autres animaux. Les organes dans lesquels J'ai surtout constaté ce remarquable état d'anémie sont le cerveau , le cœur, le foie, l'estomac et quelques autres portions du tube digestif, certains muscles de la Yie animale.

11 peut arriver que dans un organe anémié on ne trouve d'autre altération que son changement de couleur : il est pâle, complètement décoloré. Ailleurs il est simultanément le siège d'autres lésions. Ainsi on peut le trouver diminué de volume , et il est tout simple que, ne recevant plus de sang comme dans l'état physiologique , sa nutrition doive diminuer d'activité. Sa consistance peut être aussi modifiée , et l'observation apprend que, dans plus d'un cas, l'état d'anémie d'un tissu ou d'un organe coïncide avec son ramollissement. En même temps que certains tissus membraneux sont ainsi exsangues, la sécrétion dont ils sont habituellement le siège peut contraster par son augmentation d'activité avec la très- petite quantité de sang qne ces tissus continuent à recevoir. On trouve des exemples de ce remarquable contraste dans les membranes séreuses , muqueuses et cutanées. Retenons de ces faits que toute altération de nutrition ou de sécrétion ne suppose pas toujours l'existence d'une congestion sanguine dans l'organe où elle a lieu.

Enfin lorsqu'un organe cesse brusquement de recevoir du sang, comme cela arrive par suite de l'interruptloR subite de la circulation dans l'artère qui s'v distribue (ligature, compression de cette artère , mercure injecté par M. Cruveilhier dans son inté-

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rîciir, etc), tout !e monde sait que si , par les voles collatérales, la circulation ne se rétablit pas plus ou moins promptement , l'organe , privé du sang qui doit le nourrir, tombe en gangrène et meurt. Ainsi donc nous voyons un même efietse produire, savoir, la gangrène , et par l'interruption de l'arrivée du sang dans une partie ( anémie par oblitération brusque d'artère), et par un afflux insolite de sang (hyperémie active à un certain degré), et par la seule stase sanguine dans les réseaux capillaires (certaines nuances de l'hyperémie asthénlque). Mais dans tous ces cas, en apparence sî différens, la cause déterminante de la gangrène est la môme ; c'est toujours l'absence du sang artériel , soit qu'une ligature l'empêche d'arriver, soit qu'il trouve un obstacle dans le sang même en stagnation qui déjà remplit les capillaires.

Parmi les désordres fonctionnels auxquels donne lieu l'anémie d'un organe, il en est qui lui sont propres , et qui peuvent servir à la faire reconnaître pendant la vie. Mais il en est d'autres, soit locaux, soit généraux , qui sont absolument semblables aux désordres fonctionnels que produirait l'hyperémie de ce même organe. Ainsi , des convulsions , du délire et mille autres symptômes nerveux peuvent également se manifester, soit que le cerveau reçoive plus de sang, soit qu'il en reçoive moins que dans son état normal ; ainsi des troubles identiques de la digestion peuvent résulter, et de l'hyperémie de l'estomac , et de son anémie plus ou moins complète. De là, quelle conséquence tirerons-nous .'^ c'est que les symptômes peuvent souvent nous donner le change sur la véritable nature d'une maladie, et qtie

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pour les applications ihérapeuliques , ils ne doivent pas seuls nous servir de guide. Il est bien certain que le praticien qui ne s éclaire que par eux s'expose à combattre un état anémique par les émissions sanguines , une hyperémie sthénique par les excitaus, et une hyperémie asthénique par les débilitans.

ARTICLE II

ANEKIIE GENERALE.

Prise dans son acception rigoureuse , cette expression est inexacte ; et elle serait plus convenablement remplacée par celle d'hypémie , car on n'a jamais constaté dans l'économie une absence totale et complète dé sang; alors le cœur cesserait de battre, et la vie ne continuerait pas. Mais le sang peut être tellement diminué dans sa quantité normale, que, pendant la vie, il ne semble plus pénétrer la périphérie cutanée : ce n'est plus qu'une sorte de sérosité qui y arrive ; et , après la mort, on est étonné de ne pas trouver de sang, non-seulement dans les troncs artériels , dans les grosses veines et dans les cavités droites du cœur, mais encore dans les divers réseaux capillaires , qui sont tous remarquablement décolorés. Alors sont très-pâles , complètement exsangues tous les tissus membraneux et parenchymateux, tels que le cerveau, les poumons, le foie, les reins, le tube digestif, le parenchyme du cœur et des muscles.

Cet état d'anémie générale peut survenir sans le concours d'aucune cause appréciable ; j'en ai cons-

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taté l'existence sur le cadavre de quelques individus morts hydropiques, el chez lesquels, d'ailleurs, n'exiscait aucune altération des solides , reconnaissable par nos moyens d'investigation. (^Clinique médicale, tom. III, pag, 558 et suiv. ) L'usage 'd'aliinens non suffisamment réparateurs , la respiration habituelle d'un air impur, humide, privé de soleil , et qui ne permet pas aux fonctions élaboratrices du poumon et de la peau de bien s'exercer ; une lésion organique qui frappe les instrumens directs ou indirects de l'hématose ; voilà autant de circonslances que la physiologie indique comme devant produire un état d'anémie général plus ou moins complet, et qui en effet le produisent. De plus, par cela seul qu'un organe quelconque est frappé d'une affection chronique, il y a concentration de la vitalité sur cet organe , et, bien qu'il ne contribue en aucune manière à la formation du sang , on voit cependant la masse du sang diminuer d'une manière notable.

De même qn un sang trop riche ou trop abondant cause un certain nombre de phénomènes morbides qui ont été indiqués plus haut, de même un sang trop pauvre ou trop rare produit divers désordres fonctionnels , sur lesquels l'attention des observateurs ne me paraît pas, dans ces derniers temps, s'être suffisamment arrêtée.

Lorsque l'économie vient à perdre , en un court espace de temps, une très-grande quantité de sang, l'action de plusieurs organes est singulièrement troublée : ainsi l'on observe de graves désordres dans le système nerveux i non-seulement il y a dos lipothymies, des défaillances; mais, au milieu de lu L . 6

diminution réelle des forces qu'a produite la soustraction du sang , apparaissent des phénomènes qui sembleraient ne devoir résulter que de la sur-excitalion des centres nerveux : du délire survient , des convulsions se manifestent ; le cœur devient le siège de palpitations; la respiration est difficile, comme dans les cas de congestion pulmonaire; dans ce dernier cas, il y a dyspnée, parce qu'il y a trop de sang relativement à l'air qui entre dans les bronches : dans le cas d'anémie, il y a aussi dyspnée, mais par une cause contraire; parce qu'il y a trop d'air relativement au sang que l'air doit vivifier ; c'est comme lorsqu'on place uii animal sous une cloche remplie d'oxigène pur. La digestion est aussi troublée : car, pour son accomplissement normal, il faut que l'estomac, qui a reçu l'aliment, devienne le siège d'un certain degré de congestion sanguine, qui, chez les individus anémiques, ne peut plus avoir lieu. A mesure que le sang se refait ^ ces différens phénomènes morbides disparaissent.

On voit encore ces mômes phénomènes survenir dans d'autres circonstances, où il n'y a pas eu , comme dans la précédente, soustraction subite d'une grande quantité de sang; mais où , sous l'influence de l'une des causes que j'ai déjà indiquées, la masse du sang , dépensée pour les besoins de l'organisation sans se reformer à mesure , a peu-à-peu diminué. Ainsi , par exemple , on observe les divers troubles de fonctions qui viennent d'être indiqués chez des convalescens , que l'on maintient à une diète trop sévère et trop prolongée ; alors doivent se manifester des désordres fonctionnels , qui ressem-

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blent beaucoup à ceux f[ni seraient dus à la pcr- ^islance d'un travail phleguaasique , et qui néanmoins reconnaissent bien certainement une autre cause, puisqu'on voit ces désordres disparaître à mesure qu'en donnant des alimens on reforme du sang. De ces faits ne convient -il pas de rapprocher ceux qui ont été cités par le docteur Gaspard? (Journal de physiologie expérimentale.) Cet habile observateur rapporte qae , dans une contrée désolée par la famine, où l'herbe des champs fut pendant quelque temps la nourriture à-peu-près unique d'un grand nombre d'habitans, beaucoup de ces habitans ^devinrent hydropiques.

Nous avons reconnu plus haut comme causes d'anémie générale la privation prolongée de l'insolation, la respiration habituelle, dans un lieu obscur, d'un air dont les principes constituans cessent d'être aptes à élaborer convenablement le sang. Dans de semblables circonstances se trouvaient placés des individus qui , travaillant à une mine de charbon de terre , furent tous frappés peu-à-peu d'un remarquable état d'anémie. Les phénomènes qui l'accompagnèrent me semblent tellement importans à bien faire ressortir, en raison des inductions qui peuvent en être tirées , qu'il ne me paraît pas hors de propos de transcrire ici le passage suivant, que j'extrais de l'article Anémie ^ du Dictionnaire de Médecine :

« Tous les ouvriers employés dans une des paieries de la mine de charbon de terre d'Auzain tombèrent malades dans l'été de l'an 1 1 pour la première fois bien que cette galerie fût déjà depuis long-temps en exploitation. La maladie n'attaqua point les ouvriers

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employés dans les galeries voisines , qui ne différaient sensiblement de la première que par une longueur moins considérable , et un renouvellement un peu plus facile de l'air. Elle débutait sous la forme de coliques violentes, avec météorisme, déjections noires et vertes, auxquelles se joignaient la gêne de la respiration , les palpitations , et une grande faiblesse. Ces accidens se dissipaient peu-à-peu après une durée do dix à douze jours, et c'était alors que se montraient les symptômes de l'anémie : la face décolorée prenait une teinte analogue à celle de la cire que le temps a jaunie ; les vaisseaux sanguins s'effaçaient au point, qu'aucufifi veine n'était sensible à la vue ou au toucher dans l'épaisseur de la peau , dans les régions même où ces vaisseaux sont ordinairement plus manifestes. Aucune ramification capillaire ne paraissait sur les conjonctives oculaire et palpébrale, ni sur la membrane muqueuse de la bouche ; les pulsations artérielles étaient faibles , et ces divers symptômes persistaient même au milieu des phénomènes fébriles qui survinrent accidentellement chez quelques sujets. Du reste, ces individus étaient dans une extrême faiblesse ; ils se plaignaient d'une grande anxiété; ils offraient un peu d'œdématie au visage, éprouvaient de fréquentes palpitations , et de l'essoufllement par le moindre exercice ; ils avaient des sueurs habituelles; l'appétit était conservé, mais les digestions étaient imparfaites, et le dépérissement faisait des progrès continuels. Cet état se prolongeait quelquefois pendant six mois ou un an , et dans quelques cas il se terminait par la mort, qui était précédée souvent de la réapparition des premiers symp-

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tomes. La longueur et l'opiniâtreté de celle affèclion en^ao-èrent à consulter la Société de l'Ecole de médccine sur les moyens à employer pour la combattre : quatre malades furent conduits à Paris et placés dans l'hôpital de la Faculté ; le professeur Halle fut chargé de diriger leur traitement. On eut d'abord recours à Tusase d'alimens réparateurs et aux infusions amères de houblon et de gentiane, au vin antiscorbutique , moyens auxquels on Joignit , plutôt en manière d'essai que d'après des indications précises, les frictions mercurielles. Pendant ce traitement un des malades succomba : à l'ouverture de son corps , on trouva tous les vaisseaux artériels et veineux vides de sang coloré,et ne contenant qu'un peu de liquide séreux; l'incision des chairs ne donna lieu à aucun écoulement de sang, si ce n'est à la cuisse, où il en sorfit un pfu. Cette absence de sang, qui était d'accord avec les phénomènes observés, porta à renoncer aux frictions mercurielles, et à les remplacer par l'usage intérieur du fer (limaille porphyrisée) , à la dose d'un gros chaque jour, combiné sous forme d'opiat avec quelques toniques. Au bout de huit à dix jours, on observait déjà une amélioration dans l'état des malades soumis à ce mode de traitement; quelques veines commençaient à se montrer sous la peau de l'avantbras ; les digestions étaient plus régulières ; l'essoufflement avait diminué. Chacun des jours suivans, les malades montraient, comme une découverte, de nouveaux vaisseaux qu'ils n'avaient pas aperçus la veille : tous les symptômes continuèrent à s'amender, et le rétablissement de ces individus était complet lorsqu'ils furent renvoyés dans leur pays..

» Des lésions semblables lurent observées , sur les lieux mêmes, chez plusieurs individus qui succombèrent; et le même mode de traitement fut employé avec un égal succès à Dunkerque , où quelques malades avaient été envoyés , et à Anzain môme. On remarqua de plus que les rechutes étaient faciles (i). »

Dans cette sorte d'épidémie, l'étude des circonstances au milieu desquelles se développa la maladie , celle de ses symptômes, l'ouverture des cadavres , cafin la méthode de traitement qui fut employée avec succès , tout concourt à démontrer que le point de départ et la cause des divers accidens étaient le défaut d'hématose. Piemarquez, d'ailleurs, qu'au début de la maladie se montrait une diarrhée, qui coïncidait avec des phénomènes déjà fort graves, disparaissait après plusieurs jours de durée , et était remplacée par un état d'anémie , qui se prononçait de plus eu plus. Ici , comme dans bien d'autres circonstances où les causes des maladies agissent principalement sur le sang, sur les centres nerveux, les phénomènes morbides qui apparaissent dans divers ororanes semblent bien évidemment liés à l'affection primitive et dominante des deux grands mobiles de la vie. D'ailleurs, dans le cas particulier dont il s'agit ici , de même qu'il y avait d'abondantes sueurs sans inflammation de la peau , une infiltration séreuse du tissu cellulaire sans phleguiasie de ce tissu; de même , sans irritation, sans congestion sanguine préalable,, l'exhalation ne pouvait-elle pas aussi augmenter à la surface muqueuse de l'intestin ? Au besoin , l'ana-

(l) Du- l'wnnaivc de Médecine , par MM. Adelon , Andral, Béclard , etc., toni. Il , aiticlc Anàmic , par Chomtl.

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loiiiie pathologique pourrait coufirmer cette opinion, que je ne fonds i(^ que sur des analogies : je pourrais rappeler que chez plusieurs individus qui , entraînés au tombeau par une maladie chronique , dans un état complet d'anémie , avaient été pris d une diarrhée séreuse abondante plus ou moins de temps avant la mort , l'ouverture du cadavre ne me montra pas plus d'altération appréciable dans leur intestin que n'en avait offert , pendant la vie, leur peau couverte de sueurs.

Que se passe-t-il dans certains cas de chlorose où surviennent encore plusieurs des désordres fonctionnels précédemment indiqués? S'il est vrai que la chlorose n'est souvent que le résultat d'un défaut de sanguiGcation convenable , défaut dont la cause peut ne résider que dans le seul système nerveux, sera-t-on fondé à rapporter ces désordres fonctionnels si variés, tels qu'accès épileptiformes , convulsions, chorée , dyspnée, palpitations, vomissemens, etc. , à des irritations, à des congestions sanguines? Ne sera-t-on pas, au contraire , plus près de la vérité en rapportant souvent ces divers phénomènes morbides à la même cause qui leur donne naissance chez des individus devenus anémiques par privation d'alimens, de soleil ou d'un air convenable? Combien alors les émissions sanguines , employées pour combattre une irritation qui n'exisie pas, n'aggraveront-elles pas un mal qu'elles ont pour but de détruire! Chez plusieurs de ces filles chloroliques, stimulez au contraire le système nerveux par les* émotions physiques et morales du mariage : une meilleure coloration de la peau annoncera le réta-

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blissemeiit normal de l'hématose, et à mesure que, sous l'influence de la nouvelle modification du système nerveux, disparaîtra l'anémie, à mesure aussi disparaîtront ces dilTicultés de respirer, ce malaise constant , ces fatigues spontanées, ces digestions laborieuses, ces gastralgies, ces vomissemens, ces tyiapanites , ces urines décolorées , ces nombreuses et bizarres névroses, qui semblaient plus ou moins liées à de véritables altérations organiques.

Enfin , comme conséquence d'une anémie générale prolongée, apparaissent encore d'autres désordres: recevant moins de sang que de coutume, les organes sont modifiés dans leur mouvement nutritif; de là, l'atrophie, l'amincissement, la diminution de consistance d'un grand nombre de tissus, peut-être même la destruction de quelques-uns, pendant le cours de toute maladie chronique. En pareil cas, les organes, d ' jà formés, tendent à se détruire, parce que le sang ne les répare plus ; de même que chez le fœtus ces organes ne se forment pas, si assez de sang n'y est pas porté ; de même encore qu'on les atrophie chez l'adulte, en y diminuant mécaniquement l'afflux du sang.

Tels sont les principaux phénomènes qui peuvent , être considérés comme étant l'effet primitif, immédiat, de l'anémie générale. Que si maintenant l'on suppose l'existence d'une inflammation chez un individu qui est dans cet état d'anémie, que doit-il arriver? Chez lui tous les organes se trouvent placés dans des conditions spéciales de nutrition et de vitalité. Tous les organes vivent réellement moins , puisqu'ils ne reçoivent plus en quantité suffisante le liquide sans

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lequel il ne saurait y avoir de vie pour eux. Mais ce n'est pas impunément qu'existera une pareille disposition. Alors on verra la phlegmasie la plus légère avoir les plus graves conséquencesj, produire rapidement les plus fâcheux. symptômes : elle trouvera, si je puis ainsi dire , l'économie sans défense. On observera une grande irrégularité dans l'accomplissement des différens actes de l'innervation, une prostration subite, une facilité extrême à la production des hémorrhagies, une tendance remarquable à la mortification là où se seront opérées des congestions sanguines; et puisque partout il y a vie moins active, partout les lois physiques reprendront plus aisément leur empire , et quelques-uns des phénomènes dits de putridité pourront en résulter. Sous le rapport des indications thérapeutiques comme sous le rapport de l'interprétation de la nature de la maladie, l'affection locale n'est pas alors ce qu'il faudra seulement considérer; ce n'est pas parce que cette affection ellemême est légère ou grave , qu'elle produit ou non ces symptômes ; elle les produit , parce qu'elle a trouvé l'économie dans de certaines conditions d'innervation et de nutrition; elle en est la cause occasionelle; mais leur source réelle est dans ces conditions préexistantes.

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