Des productions cartilagineuses libres dans
des cavités.
On les a particulièrement observées dans les cavités des membranes séreuses et synoviales. Tantôt elles
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y sont isolées de toutes parts ; tantôt elles adhèrent par tin prolongement membraneux à l'un des points des parois de la cavité où elles existent. Leur forme peut être régulièrement spbérique , ou ovale , ou aplatie, ou plus ou moins irrégnlière. Leur volume est ordinairement peu considérable ; il y en a qui égalent à peine la grosseur d'une petite tête d'épingle ; on n'en a pas vu , à ma connaissance , qui surpassassent les dimensions d'un gros pois , d'un noyau de cerise ou d'une fève ordinaire. Ces corps sont composés d'une substance homogène d'aspect cartilagineux ; ils rebondissent lorsqu'on les jette sur le carreau; il n'est pas rare d'observer quelques points osseux disséminés dans leur intérieur. Il m'est arrivé une fois de trouver au centre de l'un de ces corps une cavité que remplissait une matière comme sébacée. Ce corps existait dans le péritoine , où il flottait libre de toute adhérence. Laennec a vu de ces corps divisés en plusieurs lobules , que réunissait du tissu cellulaire ou fibreux. L'articulation du genou est celle où ces concrétions cartilagineuses ont été le plus souvent rencontrées; on en a trouvé encore dans les articulations de la mâchoire inférieure , du pied avec la jambe, de la tête du péroné avec le tibia , de l'os pisiforme avec le pyramidal. Dans les membranes séreuses, ils n'ont été rencontrés par Laennec que dans la tunique vaginale ; mais il dit avoir vu une semblable concrétion, à la face externe de la portion de l'arachnoïde qui tapisse les ventricules du cerveau. Pour ma part, j'ai vu trois corpuscules de ce genre dans la séreuse cérébrale ; un d'entre eux flottait, libre de toute adhérence, dans la grande cavité de l'arachnoïde de la convexité des
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hémisphères ; les deux autres étaient en contact avec les plexus choroïdes, et leur adhéraient par un petit prolongement cellulo -vasculaire. Je n'en ai jamais rencontré ni dans les plèvres ni dans le péricarde ; mais il m'est arrivé plusieurs fois d'en trouver dans le péritoine , tantôt isolés de toutes parts , et tantôt appendus à ua prolongement insolite de la membrane séreuse. Un corps cartilagineux libre a été également vu par Littre dans la cavité péritonéahe.
Quelle est l'origine de ces concrétions? Long- temps on a cru qu'elles étaient constituées par des fragmens de cartilages qui se détachaient des surfaces articulaires ; mais , outre que leur forme et leur texture éloignent cette idée , elle ne peut plus être admise , puisque de semblables concrétions ont été trouvées dans les séreuses. Naissent-elles au milieu du liquide exhalé tant par ces séreuses que par les synoviales? Cette manière de concevoir leur origine ne serait certaine-» ment pas absurde ; elle aurait pour elle plus d'une analogie. Cependant il est une autre origine assignée à ces concrétions par Laennec et par Béclard, et qui paraît être la plus probable. On a pensé que ces corps n'étaient pas nés dans la cavité où on les trouvait; que, formés primitivement à la surface externe de la membrane séreuse ou synoviale, ils poussaient peu-à-peu au-devant d'eux une portion de cette membrane , de manière à la transformer en un prolongement dans lequel le corpuscule se trouvait enveloppé. De là l'une des variétés de ces concrétions , celle dans laquelle elles sont comme pédiculées. Plus tard, dit-on, une solution de continuité a lieu; la concrétion se détache de la membrane séreuse, et
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elle tombe libre dans sa cavité. Lacnnec a suivi dans la tunique vaginale tous les degrés de déplacement de ces concrétions , depuis le degré où elles commencent à faire une légère saillie derrière la lame séreuse qui les recouvre , jusqu'au degré où elles deviennent des corps isolés.
Je ne nie pas que telle ne puisse être plus ou moins fréquemment l'origine des corps cartilagineux isolés dont l'histoire nous occupe en ce moment; mais il faut bien reconnaître que ce n'est pas la seule.
En effet , ce n'est pas seulement dans les membranes séreuses et dans les articulations qu'apparaissent les corps cartilagineux isolés. Une fois j'en ai trouvé un , gros comme un pois , au milieu du tissu adipeux de l'orbite. Un autre a été rencontré par le professeur Fizeau dans l'intérieur du globe oculaire, entre la capsule cristalline et la lame de la tunique hyaloïde qui l'enveloppe en arrière. J'ai trouvé sur deux cadavres des kystes à parois séreuses, qui dans leur intérieur contenaient plusieurs de ces concrétions cartilagineuses libres de toutes parts, et comme suspendues au milieu d'une sérosité limpide et incolore dans un cas , trouble et d'un gris sale dans l'autre cas. Le premier de ces kystes, du volume d'une noix, était situé sur le trajet d'un des cordons testiculaires; il renfermait cinq corpuscules cartilagineux, dont le plus gros égalait à peine le volume d'un petit pois. Le second de ces kystes, trouvé dans l'excavation du petit bassin d'une vieille femme , adhérait par l'un de ses côtés avec le morceau frangé de l'une des trompes. 11 était de la grosseur d'un œuf de poule, et contenait huit petites concrétions cartilagineuses arrondies.
En cas pareil , ces concrétions ne semblent-elles pas être nées au milieu du liquide où on les trouve?
IV. Productions cartilagineuses remplaçant les cartilages naturels détruits.
Dans un assez grand nombre de cas , on n'observe aucun travail de réparation , là où un cartilage a subi une solution de continuité ; ailleurs il est remplacé par une substance osseuse, ainsi qu'on l'a plus d'une fois observé dans la fracture des cartilages costaux. Ailleurs, enfin, un nouveau cartilage se produit pour réparer la perte que l'ancien a subie. Ce travail de réparation a été surtout signalé par Laennec pour les cartilages des surfaces articulaires. « Plus minces , » dit-il, que l'ancien cartilage, avec lequel elles s'unis- » sent cependant par continuité de tissu , ces nou- » velles productions cartilagineuses paraissent par con- » séquent déprimées, et souvent même leur ténuité » est telle qu'à raison de leur transparence l'os qu elles » recouvrent leur donne une teinte violette. Assez » souvent des prolongemens frangés du cartilage an- » cien recouvrent le nouveau sans y adhérer. » [Dict. des Sciences médicales, art. Cartilage accidentel.)
Il me semble que rien ne démontre que ce que Laennec regarde comme une production de cartilage le soit effectivement; pourquoi ces plaques minces dont il parle ne seraient-elles pas aussi bien l'ancien cartilage partiellement diminué d'épaisseur, et comme atropbié , qu'un cartilage reproduit? Du reste , selon Laennec , cette espèce d'altération des cartilages , qu'il appelle une cicatrice, es! très-commune ; il en conclut
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que les érosions auxquelles elle succède ne sont pas toujours une affection très- grave. Je pourrais demander ce qui prouve que ces érosions ont jamais existé. Il a vu , d'ailleurs , presque toujours, plusieurs articulations en être affectées à-la-fois.
Les productions cartilagineuses accidentelles présentent dans leur forme plusieurs variétés , qui sont en rapport avec les variétés mêmes de leur siège. Ainsi, sont-elles développées autour d'une tête d'os sortie de sa cavité? elles revêtent la forme des cartilages articulaires. Prennent-elles naissance autour de certaines cavités accidentelles? elles offrent deux aspects : tantôt elles représentent une enveloppe complète, semblable à l'enveloppe cartilagineuse du larynx ou de la. trompe d'Eustacbi ; tantôt elles ne s'offrent que comme des grains épars, disséminés à la surface ou dans l'épaisseur de tissus cellulaire, fibreux ou autres; ces grains cartilagineux, de forme irrégulière et de grandeur variable, ont plus d'un trait de ressemblance, par leur texture, par leur position, par leurs rapports, par leur aspect, avec les granulations qui, dans les dernières divisions bronchiques, succèdent aux cerceaux cartilagineux de bronches plus considérables. Les cartilages accidentels prennent encore un aspect membraniforme , dans le cas où ils se développent entre des tissus étendus en membranes ; c'est ce qui a lieu au-dessous des membranes séreuses ou dans l'épaisseur des artères.
Envisagés sous le rapport de leur texture , les cartilages accidentels peuvent être divisés en trois classes : ceux de la première classe participent à-la-fois de la I. 19
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nature du tissu fibreux et du tissu cartilagineux ; ils représentent les fibro- cartilages de l'étal normal ; tantôt le tissu Gbreux y prédomine; j'en ai vu, par exemple , dans lesquels le tissu fibreux était disposé en lames parallèles ou concentriques, entre lesquelles était comme déposé du tissu cartilagineux. Tantôt, au contraire , la texture devient de plus en plus homogène; c'est le cartilage qui prédomine , et l'on n'observe plus que quelques traces de tissu fibreux à la périphérie de la masse cartilagineuse, à son centre, ou disséminé dans son épaisseur.
Le tissu fibro- cartilagineux accidentel a été rencontré, i°. dans un certain nombre de fausses articulations ou d'articulations contre nature; 20. à l'extrémité d'os anciennement amputés; 5°. à la place des ligamens d'articulations ankvlosées; 4°- dans plusieurs cicatrices , soit de la peau , soit de parenchymes ; 5°. dans les tumeurs composées du corps thyroïde . de l'utérus ou des ovaires; 6°. enfin, dans les cavités mêmes des séreuses . où ce tissu accidentel formait des masses isolées de toutes parts. Eéclard a vu une tumeur de ce genre, du volume d'une noix, contenue dans la cavité du péritoine. Celte tumeur, fibreuse à l'intérieur, était molle comme les ligamens intervertébraux vers le centre, et contenait là un os gros comme un petit pois.
Du reste, dans l'état normal, le tissu fibreux présente en quelques points une remarquable tendance ii la cartilaginiûcation : ainsi, là où le tendon du long péronier latéral frotte contre les os, on le voit avec les progrès de l'âge se transformer en cartilage ; ainsi,
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chez plusieurs animaux , le tissu fibreux de la sclérotique est remplacé en plusieurs points de son étendue par du tissu cartilagineux.
Les cartilages accidentels de la seconde classe n'offrent aucune apparence de fibres; mais ils ne ressemblent pas encore entièrement au tissu cartilagineux de l'état normal observé chez l'adulte ; ils se rapprochent beaucoup , au contraire , de ce môme tissu cartilagineux, tel qu'il existe chez le fœtus, lorsque son développement n'est pas encore achevé. On peut désigner cette seconde classe de cartilages accidentels, sous le nom de cartilages imparfaits ou demi-cartilages. Ils sont assez flexibles, d'une grande mollesse; souvent leur consistance égale à peine celle du blanc d'œuf cuit. Leur couleur est d'un blanc jaunâtre un peu terne , d'un blanc laiteux ou d'un gris de perle brillant. Des dépôts ossiiormes se font assez souvent au milieu de ce tissu, sans qu'il ait préliminairement acquis une plus grande consistance. Laeniiec a remarqué que c'est surtout celui qui a une teinte jaunâtre , qui paraît être le plus susceptible de s'ossifier. Le tissu cartilagineux imparfait a été observé, 1 °. sous forme d'incrustations, de plaques irrégulières, dans l'épaisseur des parois artérielles; 2°. sous forme de kystes dans certains parenchymes; 5°. dans ces derniers également en masses amorphes, soit seules, soit mêlées à d'autres productions morbides ; 4*. dans l'intérieur de quelques articulations. Laennec dît effectivement avoir trouvé dans l'articulation scapulonumérale et fémoro-tibiale des corps demi-cartilagineux , tantôt arrondis , tantôt aplatis et allongés comme des rubans. Ils étaient libres et floltans au-de-
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dans de ces articulations. Il en a trouvé aussi qui adhéraient dans toute leur étendue à la membrane synoviale d'une articulation dans laquelle il y en avait en même temps de libres; il ne put s'assurer s'ils existaient à la surface interne ou externe de la membrane.
Les cartilages accidentels que nous rangeons dans la troisième classe , sont ceux dont la texture est analogue à celle des cartilages de l'état normal. Ils ont une belle couleur d'un blanc argenté , nacré ou légèrement bleuâtre; ils sont parfaitement homogènes, ne se laissent diviser ni en fibres , ni en lames; ne sont creusés ni de canaux , ni de cellules , ni d'aréoles ; ils jouissent d'une grande élasticité. Comme dans les cartilages naturels , on n'y trouve de vaisseaux que dans un seul cas, c'est lorsqu'ils s'ossifient (î).
ARTICLE VI