‹ Précis d'anatomie pathologique (volume 5)Chapitre 36 sur 57 · PRECÎ · texte numérisé non relu

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petits amas de sang, disséminés à l'intérieur ou à la surface d'une masse blanchâtre , voilà souvent tout ce qu'on observe. D'autres fois^ au lieu de points, l'on observe des lignes, des sillons rougeâtres, variables en longueur et en direction : tantôt ces premiers linéamens des vaisseaux restent isolés les uns des autres ; tantôt ils s'abouchent, s'anastomosent, et, en s'entre-croisant en sens divers, ils forment un réseau à mailles plus ou moins fines. D'autres fois, enfin, ce sont de véritables vaisseaux que l'on observe ; on peut les séparer de la masse qu'ils parcourent , ce qu'il était impossible de faire dans le cas précédent ; ordinairement ils sont remarquables par leur extrême finesse. En se fléveloppant, quelques branches de ce système circulatoire particulier, isolé à son origine comme l'est celui de la membrane du jaune , finissent par s'aboucher avec les vaisseaux des tissus environnans.

Il peut arriver qu'au lieu de trouver dans le produit de sécrétion morbide du sang contenu dans des vaisseaux à développement plus ou moins parfait, ces vaisseaux manquent , et qu'au sein du produit pathologique soit épanché du sang liquide qui s'y est rassemblé en foyer, comme nous avons vu déjà que peut s'y rassembler de la sérosité ou du pus. De pareils épanchemens de sang sont en effet loin d'être rares; ainsi , dans ce cas, il y a du sang sans qu'il y ait des vaisseaux. Il y a d'autres cas où une hémorrhagie véritable a lieu : c'est-à-dire que le sang s'échappe de vaisseaux dont l'inspection démontre l'existence. On comprend que leurs parois très- minces doivent se rompre avec une grande facilité.

Une fois que des vaisseaux se soni développés au

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.sein du produit morbide, ou que, sanjs vaisseaux, des courans saoguîhs y ont pris naissance (1). cette masse amorphe tend à perdre son homogénéité et à revêtir une texture. Les élémens an atomiques qui la composent s'arrangent en libres, en lames, en cel- Jules ou en réseaux ; on les voit prendre l'apparence de tous les tissus de l'état normal, à l'exception de deux de ces tissus, le musculaire et le nerveux.

Les produclions morbides, aptes à s'organiser et à

(1) Les recherches récentes faites en Allemagne par le docteur t>ollingcr confirment pleinement les résultats obtenus déjà par d'autres observateurs : il me paraît démontré maintenant que dans une matière animale en voie de formation , des courans liquides peuvent s'établir , sans que des conduits particuliers leur livrent passage. Chez beaucoup d'animaux inférieurs, le sang ou le liquide qui le remplace n'est non plus renfermé dans aucun vaisseau; il se trace des voies à travers les solides. Enfin il y a aussi des courans sanguins., sans vaisseaux, dans les diverses trames organiques, chez les animaux supérieurs. C'est un curieux spectacle que de voir au sein de ces trames des globules de sang se séparer, soit de la matière solide , soit d'autres globules en mouvement , et après avoir cheminé dans des directions diverses , soit seuls , soit unis à d'autres globules, tantôt aller se perdre dans d'autrescourans , tantôt se fixer dans la matière solide; de telle sorte qu'entre celle-ci et le sang il n'y a d'autre différence que l'état de repos ou de mouvement. Un tissu quelconque, c'est la matière animale en repos; le sang, c'est la matière animale en mouvement. Quelle est la force qui produit celle-ci et donne naissance aux courans ? Nous l'ignorons ; car il est bien clair que ce n'est rien dire du tout aue d'attribuer ce mouvement à la vie. Autant vaudrait dire que les corps célestes vivent aussi parce qu'ils se meuvent. S'il me fallait faire une hypothèse, je serais porté à admettre que dans ce passage de la matière animale de l'état de repos à l'état de mouvement, l'électricité joue un rôle ; remarquez en effet que dans le corps de l'électricité doit tendre sans cesse à se produire , soit parce que dans le corps des frottemens continuels ont lieu, soit parce que des substances hétérogènes s'y trouvent partout en [ iésence , etc.

L'apparition de courans sanguins au sein d'un grand nombre de productions morbides, avant qu'on n'y découvre de vaisseaux, devrait donc être admise comme un fait qui rentre dans un autre fait très-général . quand même par l'obsrrvation on ne l'aurait pas directement démontrée,

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vivre, peuvent se montrer partout où il y a du sang ; dans leurs apparences variées, ces productions ne sontelles autre chose que des modifications de l'élément fibrineux, seule partie qui dans le sang soit susceptible de se coaguler spontanément, et de présenter, une fois coagulée, des phénomènes d'organisation? Ces productions morbides ont été trouvées dans les vaisseaux eux-mêmes, dans les plus gros comme dans les plus petits, et c'est là surtout qu'on a pu suivre par degrés toutes les transformations de la fibrine, depuis son simple état de coagulation jusqu'à sa vascularisation , et l'accomplissement de sécrétions morbides dans son intérieur. Plus d'une fois on a vu du sang sorti d'un vaisseau blessé se coaguler dans le tissu cellulaire environnant, et y revêtir des caractères distincts d'organisation ; ainsi Hunier a injecté des vaisseaux formés au sein d'un caillot , et plus récemment une injection semblable a été pratiquée par Éverard Home- Mais ce n'est pas seulement lorsqu'un vaisseau a éprouvé une solution de continuité que la fibrine peut ainsi s'en échapper pour venir se déposer et s'organiser [autour de son conduit naturel; il peut arriver que, sous l'influence de causes plus ou moins appréciables , cette fibrine abandonne , seule ou avec une quantité variable de matière colorante , les autres élémens du sang, et que , sortant des vaisseaux par un travail morbide , elle vienne prendre place au sein des différens tissus. Cela est de toute évidence dans les cavités des membranes séreuses ; nous verrons plus bas qu*il a été démontré par l'analyse chimique, que la matière organisable , exhalée à la surface

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libre de ces membranes dans les cas de pleurésie, de péritonite , etc. , n'est autre chose que de la fibrine, La matière plastique, qui se forme partout où a eu lieu une solution de continuité (lymphe coagulabîe des Anglais) , est également de la fibrine. L'analogie me porterait à penser que c'est ce même principe, qui , dans la trame même des divers tissus , soit membraneux, soit parenchymateux , constitue la base de tout produit morbide, lorsque ce produit manifeste quelque caractère d'organisation. Du reste , dans l'état actuel des connaissances chimiques, l'albumine et la fibrine ne se présentent pas toujours avec des caractères qui permettent de distinguer facilement ces deux principes l'un de l'autre. N'y a-t-il pas des cas où l'albumine, en se solidifiant, se modifie de telle sorte qu'elle devient peu-à-peu fibrine? iYa-t-on pas dit que l'albumine du chyle se rapprochait d'autant plus de la fibrine , qu'on l'examinait plus près du canal thoracique? Ici donc notre science anatomique reste vague , parce que la chimie l'est elle-même.

Les produits morbides qui viennent d'être passés en revue vivent tous de la vie du reste du corps; ils lui adhèrent et communiquent avec lui, soit par des vaisseaux, soit par d'autres liens. Mais il n'en est pas toujours ainsi : d'autres produits morbides n'ont plus avec les tissus qui les entourent aucune sorte de connexion; et d'abord à cette classe pourraient se rapporter quelques concrétions fibrineuses , qui, nageant au milieu du liquide d'une cavité séreuse, présentent déjà un travail de vascularisation. Béclard montrait dans ses cours des pièces de ce genre, et j'en ai vu moi-même plus d'un exemple. Au lieu de

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ces masses comme floconneuses qui ont une organisation avant d'avoir une forme , on trouve quelquefois, également libres au sein d'un amas de sérosité, des kystes «à parois transparentes, et qui contiennent dans leur intérieur un liquide semblable à celui au milieu duquel ils nagent. Dans ce produit, il y a, de plus que dans îe précédent, une forme bien déterminée. Le cas le plus remarquable de ce genre que j'aie eu occasion d'observer est le suivant : sur un singe dont je ûs l'ouverture avec M. Magendie en 1818 , je trouvai l'une des plèvres remplie d'une grande quantité de sérosité , au milieu de laquelle nageaient une quarantaine de petits corps, exactement sphériques, ayant, terme moyen, la grandeur d'une noisette, doués dune grande élasticité qui les faisait rebondir sans se déchirer, lorsqu'on les jetait à terre. Chacun de ces corps représentait un kyste, dont les parois incolores et transparentes étaient constituées par un tissu homogène dans tous ses points, semblable à du tissu séreux, lisse à ses deux faces, sans apparence de bourgeons ou de granulations. Le liquide qu'il contenait était d'une limpidité parfaite. On rencontre plus fréquemment des kystes de ce genre dans les cavités séreuses accidentelles , et souvent alors il v en a plusieurs contenus les uns dans les autres. La texture de leurs parois n'a pas toujours la fermeté, la densité , la résistance du tissu séreux naturel : ces parois semblent parfois n'être constituées que par une sorte de matière gélatineuse, qui s'écrase sous le doigt comme de la glu, ou bien encore qui ressemble assez bien au tissu de la cornée transparente, ramolli par une macération prolongée. Cette

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matière ne se trouve pas toujours arrondie en kyste; on la rencontre quelquefois sous l'apparence de filamens ou de toile informe suspendue au milieu d'un liquide séreux ou autre ; c'est donc au milieu de ce liquide qu'elle se forme, d'abord amorphe, pour s'arranger plus tard en kyste , comme s'y forme le flocon fihrineux, qui d'abord également amorphe et sans texture , plus tard se vascularisera, et deviendra le siège des sécrétions et des nutritions les plus diverses. Ce n'est pas tout : au lieu de ces simples kystes, on peut trouver, au sein des divers liquides naturels ou accidentels, des corps plus compliqués, qui , outre une vessie remplie d'un fluide aqueux, présentent des parties qui , par leur forme et leur situation , donnent à ces corps vésiculeux l'apparence d'un animal : ainsi c'est un appendice semblable à une tête , qui surmonte la vessie dans laquelle elle rentre , et d'où elle sort alternativement. Cette tête peut être simple ou multiple; elle présente des orifices, qui semblent être tantôt des suçoirs, tantôt des organes de progression. Peu-à-peu la forme vésiculaire se change en une forme aplatie ou cylindrique ; les caractères d'animalité se prononcent dès-lors de plus en plus , soit par la manifestation de mouvemens bien dessinés , soit par l'apparition d'organes aussi distincts, aussi complets que ceux d'un vertébré. Nous nous élevons donc peu-à-peu et par degrés du simple flocon de fibrine déposé au sein d'une cavité séreuse jusqu'au strongle ou à l'ascaride lombricoïde ; ainsi dans la formation de l'embryon , nous le voyons s'élever de l'état où il n'est qu'une masse sans forme et sans texture , jusqu'à celui où il a acquis tous les organes d'un vertébré ; ainsi , dans

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l'échelle des êtres, nous voyons la vie se développer avec l'organisation depuis la matière verte jusqu'à l'homme. Dans cette série de transformations qui se passent au sein du corps, comme elles ont lieu partout où il y a de la matière , il me semble oiseux de rechercher le point où commence ce qu'on appelle un animal. Si on donne ce nom au kyste séreux contenu dans une cavité au sein de laquelle il nage libre (acéphalocyste de Laennec), pourquoi le refuserait-on au flocon librineux qui nage libre aussi , et pourvu de vaisseaux, dans un liquide? Mais alors où s'arrêtera-t-on? si l'on donne le nom d'animal h tout agrégat matériel qui, développé au sein d'un autre être, se nourrit, se conserve et s'accroît sans avoir aucune connexion de tissu avec cet être , les kystes séreux dont il vient d'être question devront être rangés au nombre des animaux , et c'est ce qu'avait fait Laennec. Que si, au contraire, on ne reconnaît l'animalité que là où l'on observe quelque trace de sensibilité et de motilité (i), ces kystes ne seront point regardés comme des animaux. Ce n'est donc là , selon moi, qu'une dispute de mots , qui ne se terminera que lorsqu'on aura bien déterminé ce que c'est qu'un animal , et à quel degré ou à quel mode d'arrangement de matière il faut ou com-

(i) Frappés des mouvemens remarquables qu'exécutent les globules .sanguins , quelques auteurs ont été jusqu'à en faire des animalcules infusoires ; mais à cela , il y a à dire que ces mouvemens ne sont pas vraisemblablement spontanés, bien que par fois ils en ayent toute l'apparence; ils sont le produit d'une force étrangère, électrique ou autre. Rendez cette force inhérente au globule lui-même , et il deviendra un animal. C'est donc la spontanéité d'action qui semble plus particulièrement caractériser l'animal ; ce n'est pas telle forme ou telle structure.

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mcncer , ou cesser d'imposer cette dénomination.

Je viens d'indiquer les principales variétés de forme,

de texture, de situation, que sont susceptibles de

prendre les produits morbides organisables. Développés sur les surfaces libres des membranes, ils constituent les pseudo-membranes; développés dans le tissu cellulaire, soit libre, soit combiné aux parenchymes des organes, ils constituent des productions qui diffèrent de la matière des pseudo -membranes beaucoup moins par leur nature que par la forme à laquelle les assujétit leur lieu de développement ; leur apparence est variable comme celle des pseudo-membranes : ces variétés d'apparences portent principalement sur leur consistance , sur leur couleur, sur leurs divers degrés de vascularisation. Ici , autant qu'on voudrait , on créerait , on multiplierait les espèces de productions morbides, si à chacune des variétés d apparences on croyait nécessaire d'imposer un nom particulier. C'est ce que Laennec avait fait pour Tune d'elles en l'appelant matière encéphaloïde. Mais, dans cette création d'espèces, il n'y aurait à mon avis rien de philosophique , rien de profitable pour la science. Qu'importent ici les apparences? ce qui importe, c'est de voir, à travers les apparences diverses de ces productions, la nature identique de toutes; c'est de savoir que dans toutes il y a tendance au développement d'une organisation ; c'est de ne pas oublier que dans toutes peuvent s'accomplir les phénomènes essentiels à toute vie : la nutrition , la sécrétion et l'absorption ; que dans toutes, enfin, s'il y a du sang, il peut se former des hyperémies ; s'il y a une sécrétion . il peut se former du pus, des tubercules, etc. I. 2b

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Pour ces produits morbides susceptibles de s organiser et de vivre, il me semble que deux seules classes doivent être admises.

La première classe comprend ceux de ces produits qui vivent d'une vie commune avec le reste du corps. Ils dépendent de celui-ci comme en dépend un organe ; ils se continuent avec lui comme se continue cet organe ; les divers rapports matériels qu'a celui-ci avec le corps, ils les ont également. "Tantôt ils sont déposés sur une surface ; tantôt ils naissent et s'accroissent dans une trame organique.

La seconde classe comprend les entozoaires, c'està-dire les divers produits morbides qui, au sein de l'être où ils ont pris naissance , ont une vie tout individuelle, comme serait celle d'un animal. Et, en effet, la plupart sont des animaux aussi parfaits que ceux qui occupent certains degrés de l'échelle zoologique.

En définitive, il m'a semblé que la classification la plus philosophique des produits de sécrétion morbide, la plus en rapport avec la marche actuelle de la science, classification provisoire, toutefois, comme les autres, était la suivante.

Première Classe.

Produits de sécrétion morbide non organisâmes.

Premier Genre.

Matières d'apparence albumincuse. \ '",

il f Tubercule.

Deuxième Genre.

Matières d'apparence gélatineuse. Type : Substance colloïde de Laennec.

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Troisième Genre. Matières grasses.

Quatrième Genre.

Matières salines.

Cinquième Genre.

Matières colorantes.

Deuxième Classe.

Produits de sécrétion morbide organisables.

Premier Genre.

Matière organisable déposée à la surface des organes. Élément chimique démontré : Fibrine.

Terme générique : Pseudo-membranes.

Deuxième Genre.

Matière organisable déposée dans la trame des organes.

Élément chimique présumable : Fibrine.

iSquirrhe.

Sarcome simple.

Sarcome charnu.

Sarcome Tabulaire.

Sarcome médullaire.

Encéphaloide.

Fongus hématode.

Troisième Classe.

Produits organisés jouissant dune vie Individuelle. Élémens chimiques : multiples comme dans tout

animal.

Terme générique : Entczoaires.

C'est dans cet ordre que je vais décrire ces divers

produits de sécrétion. H en est quelques-uns que je ne ferai qu'indiquer, soit en raison de leur peu d'importance, soit parce que sur eux on ne sait encore que très-peu de chose, et qu'à leur égard il y a dans la science des lacunes à remplir.

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