DE L'HYPERÉMIE SURVENUE APRES LA MORT
Non-seulement, comme on vient de le voir dans l'article précédent , une partie du corps peut être trouvée rouge sur le cadavre , par suite d'un obstacle tout mécanique à la circulation veineuse , survenu plus ou moins long-temps avant la mort ; mais encore , après que la vie a cessé , diverses nuances de coloration rouge , brune ou verdatre, peuvent se former par le seul fait de l'accomplissement des lois physiques et chimiques, qui, suspendues ou modifiées chez l'être doué de vie , tendent à reprendre leur empire dès que la vie a cessé.
11 est facile de s'assurer d'abord de 1 existence réelle de ces colorations cadavériques sur l'enveloppe cutanée ; on peut assister à leur formation , apprécier les causes qui favorisent leur apparition. Sur la plupart des cadavres des individus qui onl succombé à une maladie aiguë, et chez lesquels, au moment où ils ont cessé de vivre , beaucoup de sang était encore contenu dans les vaisseaux , on trouve la peau des parties déclives, en particulier celle du dos et des mollets, teinte en un rouge livide uni- \ forme, ou disposé soit par bandes, soit par plaques. Sur d'autres cadavres , on observe encore sur la peau une autre espèce de coloration ; elle ne se montre plus seulement, comme la précédente, dans les parties déclives ; mais en un grand nombre de points de l'enveloppe cutanée, sur les bras, les avant-bras, les cuisses, sur les parties antérieures ou latérales du tronc , apparaissent des vergetures rougeâtres, qui suivent différentes directions, affectent entre elles une direction parallèle ou s'entre-croisent. Si Ton dissèque les portions de peau colorées de l'une des manières que je viens d'indiquer, on y reconnaît les dispositions suivantes : i°. dans les parties déclives, on trouve le derme rempli de sang; un réseau veineux tapisse sa surface adhérente ; le tissu adipeux qui occupe ses aréoles est teint en rouge ; et dans le iissu cellulaire sous-cutané rampent de grosses veines distendues par un sang d'un rouge brun ou noir; on trouve|surlout de ces veines remarquables par leur volume au-dessous de la peau de l'occiput ; enfin , dans ce même tissu cellulaire , subjacent aux portions rouges du derme peuvent se montrer de petits
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épauchemens sanguins ; 2°. dans les parties de la peau non déclives , mais vergetées , on observe que les vergetures "suivent le trajet de veines plus ou moins considérables , et qu elles semblent dues à une véritable suffusion sanguine dans le tissu du derme , suffusion qui paraît résulter elle-même de la transsudation cadavérique du sang à travers les parois vasculaires.
Que si, dans l'enveloppe cutanée, des congestions sanguines peuvent ainsi s'effectuer après la mort , l'analogie doit déjà nous porter à admettre qu'à plus forte raison de semblables congestions peuvent se former dans les tissus intérieurement situés; car, dans les derniers instans de la vie , le sang fuit la périphérie, il s'arrête ; au contraire, il s'accumule dans plusieurs organes internes; dans ces organes peuvent donc se former des congestions sanguines cadavériques 9 non-seulement à la suite des maladies dans lesquelles la masse du sang est restée considérable jusqu'à la mort , mais même à la suite des affections chroniques, où Je peu de sang qui existe encore dans l'économie se trouve en quelque sorte tout entier réfugié après la mort dans les divers réseaux capillaires des organes internes. Ce qu'annonce ici le simple raisonnement, l'expérience le confirme : ouvrez le cadavre d'un animal aussitôt après sa mort, et constatez bien l'état des organes, sous le rapport de la disposition du sang dans leur intérieur et de leur coloration ; examinez de nouveau ces mêmes organes à des époques de plus en plus éloignées de celle où l'animal a succombé, et peu-à-peu vous trouverez que le sang s'accumule en certains points, où
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il n'y en avait pas plus que dans d'autres à l'instant de la mort ou peu de temps après la mort; peu-àpeu vous verrez des parties blanches rougir 9 des vaisseaux se dessiner là où l'on n'en observait pas auparavant ; vous verrez se développer , soit des injections, des arborisations vasculaires , soit une coloration rouge, uniforme ,. disposée par taches isolées, par longues bandes, par larges plaques; vous verrez le sang sortir de ses vaisseaux, former autour d'eux des épanchemens plus ou moins étendus , ou bien imbiber les tissus environnant, et les teindre en se combinant avee eux; vous verrez , enfin, la matière colorante du sang se mêler, dans diverses cavités séreuses ou dans divers points du tissu cellulaire , au liquide albumineux incolore qui déjà y était épanché , ou bien transsuder des vaisseaux avec la sérosité , si elle n'en était pas d'abord sortie seule. Enfin, à mesure que, sous l'empire des lois physiques et chimiques, l'organisation sans vie tend à se détruire, des gaz se développent, et, traversant les parois des petits vaisseaux, ils vont donner au sang une teinte insolite, de même que, placés autour d'une vessie remplie de sang , ils modifient la couleur du sang que contient cette vessie. Ainsi se produisent ces diverses colorations livides, brunes ou verdâtres , que présente le cadavre dont la putréfaction s'est emparée. La partie où l'on observe le plus promptement l'une de ces dernières colorations est la surface concave du foie ; la raison en est facile à donner : d'une part, en effet, les gaz qui donnent lieu à ces colorations existent normalement, chez le plus grand nombre des individus , dans la portion du tube di-
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gestif (colon ) , qui se trouve en contact avec le foie ; d'autre part, le foie contient , après la mort , dans ses capillaires, une quantité de sang beaucoup plus condérable qu'aucune autre partie environnante ; ce n'est qu'après qu'il se sera ainsi coloré , que l'on verra se colorer également , sous l'influence de la môme cause , les muscles des parois abdominales , puis la peau de ces parois. La théorie aurait pu facilement prévoir ces résultats de l'observation.
En résumant les causes qui, après la mort, peuvent produire l'hyperémie , on est conduit à reconnaître dans celle-ci plusieurs genres et espèces, qui peuvent être désignés ainsi qu'elles le sont dans le tableau suivant.
Premier genre.
Hyperémie produite à l'instant de la mort. Cause: persistance de la contractilité de tissu des petites artères, après que le cœur a cessé de battre.
Deuxième genre.
Hyperémie produite au bout d'un certain temps après la mort.
Ce genre comprend les espèces suivantes.
Première espèce.
Hyperémie par byposlase.
(>2 PRÉCfê
Deuxième espèce.
Hyperémie par transsudation du sang ou de quelques-uns de ses élémens à travers les parois vasculaires.
Troisième espèce.
Hyperémie par affinités chimiques.
Je vais entrer dans quelques détails sur chacun de ces genres et de ces espèces.
Premier genre. Hyperémie produite à [Instant de la mort.
La vie cesse pour nous lorsque la respiration et l'action du cœur sont définitivement anéanties. Cependant, après que le cœur a cessé de battre, la contractilité de tissu des artères continue encore à s'exercer pendant un certain temps; en revenant sur elles-mêmes , les artères poussent vers les systèmes capillaires le sang qu'elles contiennent , et , à mesure qu'elles s'en débarrassent, à mesure aussi il s'accumule dans ces systèmes , d'où aucune force ne le chasse dans les veines. De là il suit que sur le cadavre de tous les individus qui sont morts ayant encore beaucoup de sang , on doit trouver dans les divers réseaux capillaires des congestions sanguines, qui dépendent uniquement de la manière dont s'est anéantie la circulation au moment où la vie a cessé, congestions que l'on comprend devoir être plus ou
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moins considérables, i°. suivant la quantité du sang; 2°. suivant les divers modes d'après lesquels a pu s'éteindre la circulation , soit dans les deux côtés du cœur, soit dans les gros troncs artériels et veineux, soit dans les capillaires du poumon , soit dans les capillaires des autres parties du corps. Entre certaines hyperémies asthéniques , qui s'établissent lorsque le cœur bat encore, et ce premier genre d'hyperémie cadavérique , établie au moment où cessent d'exister les phénomènes apparens de la vie , il y a souvent une grande analogie.
Deuxième Genre. Hyperêmie produite au bout d'un certain temps après la mort.
En plaçant divers organes dans une position telle qu'une de leurs parties se trouve dans une situation déclive, on voit le sang se précipiter des parties voisines vers la partie la plus inclinée , et la colorer. On peut ainsi rougir à volonté les parties postérieure , antérieure ou latérale du poumon , suivant qu'on laisse le cadavre sur le dos, ou qu'on le couche soit en avant , soit de côté ; on peut également à volonté gorger de sang diverses anses intestinales en leur donnant une position déclive, et les y laissant pendant un temps plus ou moins long.
Les parties dans lesquelles on trouve le plus souvent sur le cadavre cet engorgement sanguin hypostatique (c'est ainsi qu'on peut l'appeler) , sont d'abord . à l'extérieur, comme on l'a déjà vu, la peau de l'occiput et celle du dos; puis à l'intérieur 3 In portion des méninges qui répond à la région occipitale , ainsi que celle qui tapisse les lames vertébrales, les lobes du
cervelet et la partie postérieure des lobes du cerveau , la portion de parenchyme pulmonaire comprise en arrière dans l'excavation des côtes , le grand cul-desac de l'estomac dans ceux de ses points qui sont déclives par rapport au reste de l'organe , le cadavre étant supposé couché sur le dos, et , parmi les anses intestinales, celles qui sont également le plus déclives, et vers lesquelles le sang des anses voisines et du mésentère doit mécaniquement se précipiter. Dans ces diverses parties, ainsi congestionnées après la mort, peuvent d'ailleurs exister toutes les nuances de rougeur, depuis celle qui n'est constituée que par quelques vaisseaux injectés, jusqu'à celle où l'injection devenant de plus en plus considérable, ne laisse plus voir qu'une teinte informe.
Après Thyperémie par hypostase, se présente à étudier une autre espèce d'hyperémie , également effectuée après la mort, et qui est le résultat de la transsudation du sang ou de quelques-uns de ses élémens à travers les parois vasculaires.
Tant que la vie subsiste , les liquides contenus dans les diverses cavités ne peuvent pas s'échapper à travers les parois membraneuses de ces cavités; mais cette imperméabilité ne dépend pas de leur texture , elle est due toute entière aux forces vitales qui les animent. Dès que ces forces ont en effet cessé , il y a possibilité à ce que certaines substances transsudent à travers les membranes qui les emprisonnaient durant la vie. Dans le tube digestif , cela a manifestement lieu pour les gaz qui traversent alors les parois du colon, et annoncent leur présence dans plusieurs parties voisines par la coloration qu'ils y pro-
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(luisent en se combinant avec le sang de ces parties. La bile, contenue dans la vésicule du fiel, en sort également et va teindre les tissus environnant Le liquide contenu dans les vaisseaux artériels ou veineux peut-il également s'en échapper en partie en imbibant et traversant leurs parois ? Renfermez sur le cadavre , dans un de ces vaisseaux , du prussiate de potasse; déposez à l'extérieur de ce même vaisseau du sulfate de fer> et vous trouverez qu'au bout d'un certain temps la surface externe du vaisseau est colorée en bleu ; donc, dans ce cas, il y a eu évidemment transsudation du sel de potasse à travers les parois vasculaires. Or, ce qui a lieu pour le prussiate de potasse doit aussi avoir lieu pour le sang. De récentes expériences de M. Dutrochet ont d'ailleurs démontré que la transsudation d'un liquide à travers le tissu membraneux qui l'entoure de toutes parts est un fait constant.
La transsudation cadavérique du sang à travers les parois vasculaires produit trois phénomènes :
i°. A mesure que le sang arrive à la surface externe du vaisseau , il imbibe les tissus qui touchent ou avoisinent ce vaisseau, et il les colore en rouge; il produit alors ce que produit la bile , qui teint en jaune ou en vert les parties qui entourent la vésicule du fiel. 2°. Le sang forme , en s'épanchant dans le tissu cellulaire qui l'entoure, des taches rouges plus ou moins larges; on trouve souvent de semblables taches à la face interne du cuir chevelu et du grand cul-de-sac de l'estomac ; elles y sont disséminées le long du trajet des vaisseaux. 5°. Le sang qui a ainsi transsudé peut constituer des collections rouges I. 5
dans les membranes séreuses : presque toutes les fois , en effet, qu'on ouvre un cadavre plus de trente à trente-six heures après la mort, on trouve de ces épanchemens rougeâtres dans l'arachnoïde cérébrale et rachidienne , dans la plèvre, dans le péricarde et dans le péritoine. D'ailleurs , toutes les fois que le sang sort ainsi de ses vaisseaux par transsudation , il ne paraît pas qu'il sorte composé de tous ses élémens; s'il en était ainsi, le sang se coagulerait dans le tissu cellulaire , dans les membranes séreuses , dans les divers points où il se dépose. Le sérum et la matière colorante sortent des vaisseaux; la fibrine y reste, liquide ou coagulée.
Plusieurs circonstances favorisent la transsudation plus ou moins prompte du sang ou de quelques-uns de ses élémens à travers les parois vasculaires. Parmi ces circonstances , les unes sont relatives à l'état même du sang ; il est certaines maladies dans lesquelles, après la mort, le sang conserve une remarquable liquidité ; il semble alors que ses molécules n'ont plus entre elles leur force normale d'aggrégation. On conçoit qu'en pareil cas le sang doit tendre à s'échapper plus facilement à travers les parois des vaisseaux. D'autres circonstances sont relatives à l'état même de ces parois. Leur grande épaisseur met un obstacle à la transsudation sanguine ; aussi ne voiton guère les effets de cette transsudation se manifester autour des gros troncs artériels ou veineux. Cette transsudation devient d'autant plus abondante , que les parois vasculaires sont dans un état de putréfaction plus avancé. Or, comme la rapidité de la putréfaction est très-variable , il s'ensuit qu'il y a des cas
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où, au bout de plus de vingt-quatre heures, on ne trouve encore autour des vaisseaux que des traces très peu apparentes de transsudation sanguine , tandis que dans d'autres cadavres on les observe beaucoup plus tôt. Enfin, suivant que le cadavre aura été soumis à une température basse ou élevée, suivant qu'il aura été déposé dans un lieu sec ou humide , l'hyperémie par transsudalion s'effectuera lentement ou rapidement. Presque toujours, par exemple, on en trouve des traces dans le tube digestif ou ailleurs sur les cadavres ouverts en ville , parce que le plus ordinairement ils sont conservés, jusqu'au moment de la nécroscopie, dans des endroits où la température est beaucoup plus élevée que dans les amphithéâtres des hôpitaux. 11 est d'ailleurs bien évident que ces circonstances ne rendent plus considérable et plus prompte l'hyperémie par transsudation , qu'en accélérant la putréfaction, et peut-être en contribuant à maintenir le sang dans un état de liquidité.
Enfin, à mesure que s'éloigne l'instant de la mort , entrent en jeu les affinités chimiques suspendues pendant la vie , et de là peuvent résulter encore certaines apparences d'hyperémie. Ainsi exposez à l'air une portion de poumon ou d'intestin, qui paraît ne contenir que peu de sang , et bientôt vous y remarquerez une rougeur assez vive, résultat non douteux de l'oxigénation du sang; le sang paraît alors plus abondant, mais il n'est que plus coloré. Substituez à l'air d'autres gaz, tels que les gaz qui, dans le corps, naissent pendant que s'opère la putréfaction, et vous obtiendrez d'autres espèces de colorations. Alors vous trouverez à la surface interne du tube digestif une teinte
d'un rouge livide , ou verdâtre, qui peut occuper toute l'épaisseur des parois. Alors aussi le poumon se colore en vert ou en noir, il s'en écoule par l'incision un liquide brunâtre , qui ressemble à du sang putréfié, et son tissu est en même temps très-facilement déchirable. Souvent un pareil état a été pris pour une inflammation gangreneuse du poumon, tandis que ce n'est qu'un pur effet cadavérique, qu'il n'est pas rare d'observer, même assez peu de temps après la mort, pendant les grandes chaleurs de l'été. Je ne ferai qu'indiquer ici en passant (devant en parler ailleurs avec détail) la teinte rouge uniforme que présente assez souvent la surface interne des vaisseaux, et qui, dans un grand nombre de cas du moins, n'est autre chose qu'un résultat d'une sorte de combinaison de la matière colorante du sang avec la membrane qu'il baigne. [Voy, sur ce sujet, dans le tome II, le chapitre destiné à la description des lésions de l'appareil circulatoire. )
Telles sont les différentes classes d'hyperémies, survenuespendant la vie ou après la mort, dont une ricoureuse observation me semble démontrer l'existence ; et , s'il est vrai , comme je t'ai établi, qu'elles ne se distinguent pas toujours les unes des autres par des caractères anatomiques bien tranchés , il devient manifeste que , dans un grand nombre de cas, il ne suffira pas de la simple inspection pour décider quelle cause a produit les congestions sanguines trouvées sur un cadavre.
11 est un grand phénomène que l'on peut voir surtenir à la suite de toutes ces hyperémies, c'est la sortie du sang hors de ses vaisseaux, et son épanche-
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nient , soit à la surface libre des membranes , soit dans les mailles du tissu cellulaire , soit dans l'épaisseur des parenchymes, dont il écarte les molécules en s'y déposant.
D'abord il est certain que les hyperémies par cause mécanique, et les hyperémies qui se forment après la mort , peuvent donner lieu à des épanchemens de sang: il y déjà long-temps qu'en liant la veine porte d'un animal vivant Boerrhaave avait vu une hémorrhagie se produire dans le tube digestif, et il est vraisemblable que certaines hémoptysies , qui surviennent chez des individus atteints d'anévrysme du cœur, reconnaissent pour cause la gêne toute mécanique de la circulation pulmonaire. Quant aux hyperémies qui ont lieu après la mort, la sortie du sang hors des vaisseaux a lieu dans les hyperémies par transsudation et par hypostase. En plaçant une anse intestinale dans une situation déclive , MM. Rigot et Trousseau ont vu plusieurs fois du sang ruisseler à sa surface interne.
Dans l'article consacré à la description de l'hyperémie que j'ai appelée asthénîque, on a vu que l'hémorrhagie est aussi un des résultats de cette hyperémie , et , comme cette hyperémie , l'hémorrhagie est alors asthénîque ou passive.
Enfin , l'hémorrhagie n'est , en quelque sorte , qu'une des formes par lesquelles se traduit l'hyperémie sthénique. Mais pourquoi deux hyperémies sthéniques, dont l'intensité et la durée sont semblables, nous offrent-elles cette différence, que dans l'une il y a écoulement du sang, et que dans l'autre le sang n'abandonne passes vaisseaux? Tout ce que nous savons à cet égard se réduit à ce qui suit,
^O PRliClS
i°. Il est des cas où, en même temps qu'apparaissent sur un organe les signes d'une congestion sanguine, le sang qui afflue vers cet organe s'écoule à mesure au-dehors. Les signes de la congestion cessent avec l'hémorrhagie , et la santé n'est en aucune façon dérangée , pourvu que l'hémorrhagie ait lieu dans un organe peu important , ou qu'elle soit le résultat d'un travail physiologique , tel que l'hémorrhagie utérine. La santé est troublée , si les fonctions de l'organe ne peuvent pas être impunément modifiées ; c'est ce qui arrive dans le cas d'hémoptysie ; le sang s'écoule-t-il tout entier au-dehors, la santi peut se rétablir, comme on le voit dans beaucoup de cas d'hémorrhagies pulmonaires. Que si , au contraire, le sang ne sort qu'en partie de l'organe, ou s'il y reste entièrement épanché , le trouble de la santé sera permanent, comme on le voit dans les cas d'apoplexie pulmonaire ou cérébrale.
Lorsqu'on ouvre les cadavres d'individus morts pendant la durée de ces hémorrhagies , on trouve les organes qui en ont été le siège tantôt congestionnés et rouges; tantôt, au contraire, ils sont d'une remarquable pâleur , et on n'y découvre d'autre lésion appréciable que l'épanchement de gang. C'est ce qui a lieu, par exemple, dans un certain nombre de cas d'hémorrhagies cérébrales, bronchiques, gastriques et intestinales. Cet état sain du tissu d'où est sorti le sang ne prouve pas qu'il n'y ait pas eu congestion avant et pendant l'écoulement de sang; il indique seulement la simultanéité de l'aHlux du sang dans le tissu, et de son écoulement au-dehors.
2°. Le sang peut s'accumuler d'abord daus un tissu
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sans en sortir; par suite de celte accumulation insolite, l'on voit s'y produire différens désordres, soit organiques, soit fonctionnels, et ce n'est que plus tard, lorsque se sont déjà développés tous les signes de ce qu'on appelle une inflammation , que du sang vient à s'écouler; mais, dans ce cas, l'écoulement de sang est ordinairement beaucoup moins considérable que dans le cas précédent, ainsi qu'on peut s'en assurer en mettant en parallèle la pneumonie et l'hémoptysie , la dysenterie et le mélœna.
5°. Lorsqu'un organe vient à être irrité , il peut encore arriver que le sang qui y afflue par suite de l'irritation, s'en échappe d'abord en grande quantité; puis il cesse de couler, et c'est au moment où l'hémorrhagie s'arrête, que les accidens deviennent plus graves. En pareil cas, la congestion persiste; elle n'a fait que changer de forme : tantôt affectant une marche aiguë, et se terminant prompte méat ou par le retour à la santé ou par la mort ; tantôt continuant à exister sourdement, et préparant, dans l'organe où elle est établie , les plus variables altérations de nutrition. C'est ainsi qu'on voit quelquefois une hémoptysie se transformer en pneumonie , une hématémèse en gastrite , une métrorrhagie en métrite. C'est encore ainsi qu'après s'être renouvelées plus ou moins souvent, et laissant chaque fois après elles quelque reste d'hyperémie dans l'organe , ces diverses hémorrhagies sont plus d'une fois le véritable point de départ de la tuberculisation des poumons , de la dégénération dite cancéreuse de l'estomac ou de l'utérus.
l\\ L'hémonhagie, que nous venons de voir être
le point de départ d'un grand nombre d'altérations chroniques de nutrition, en est, d'autres fois, la suite. Autour de ces altérations de nutrition , telles qu'induration de tissu , ulcérations, productions accidentelles, etc. , il s'établit par intervalles des congestions qui ont souvent une remarquable tendance à se terminer par hémorrhagie.
5°. Enfin , il y a des hyperémies actives , soit simples, soit accompagnées d'autres désordres organiques, qui naissent , marchent , et se terminent sans avoir jamais été accompagnées d'aucun écoulement de sang.
6°. L'anatomie pathologique ne montre pas de différence entre les lésions, et dans le cas où il y a hémorrhagie , et dans le cas où elle n'a pas lieu.
Nous ne savons pas quelle modification intime subit la trame d'un organe , pour que dans un cas il laisse échapper le sang que l'irritation y a appelé ; pour que dans un autre il forme du pus ou n'exhale que de la sérosité ; pour que dans un troisième cas il s'indure , se ramollisse ou s'ulcère , etc. Mais il y a un lien commun entre ces diverses altérations, et voilà pourquoi , sous l'influence des mêmes causes apparentes , on les voit souvent se produire indifféremment , et souvent aussi se remplacer l'une par l'autre. Ainsi, dans un coryza, on peut observer tour-à-tour une épislaxis au début , plus tard la suppression de toute sécrétion, plus tard encore une exhalation séreuse, puis à une époque plus avancée une exhalation puriforme , puis enfin on peut voir reparaître l'épistaxis par laquelle a débuté la maladie , et par laquelle elle se termine. Or, dans tout cela , qu'existet— il ? i°. Une lésion constante depuis le commence-
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ment jusqu'à la fin de l'irritation, savoir, l'hyperémie; 20. des lésions variables dans l'action organique du tissu lésé, d'où résultent tour-à-tour une hémorrhagie, une suspension de toute sécrétion, une exhalation de sérosité et de pus, et puis de nouveau une hémorrhagie. Je pourrais encore rappeler ici que dans plusieurs cas d'inflammations des membranes séreuses , dont les symptômes semblent annoncer l'identité de nature, d'intensité et de durée, on trouve dans ces membranes tantôt du sang pur , tantôt un simple liquide albumineux , tantôt des pseudo-membranes , etc.
Ainsi donc, soit par l'observation des symptômes, soit par l'inspection même de la partie où aura lieu Técoulement de sang ( cette inspection peut être faite dans les cas d'hémorrhagie cutanée) , on arrive à ce résultat , savoir , que l'hémorrhagie active est précédée, là où elle a lieu, par une congestion sanguine. Mais dans toute hémorrhagie , celle-ci doitelle nécessairement exister? C'est ce qu'il serait impossible d'affirmer. On peut concevoir en effet que certaines hémorrhagies dépendent uniquement d'une modification survenue dans la disposition organique des parois vasculaires , modification en vertu de laquelle elles pourront laisser échapper le sang. On comprend que cette modification puisse exister, sans qu'elle ne consiste pas plus d'ailleurs dans un état de sthénie que dans un état d'asthénie des vaisseaux. N'en est-il pas ainsi dans plusieurs cas où certaines substances dites astringentes arrêtent des hémorrhagies contre lesquelles les saignées ont été vainement employées?
D'autres fois l'hémorrhagie ne semble plus pouvoir être rapportée ni à l'hyperémie sthénique ou asthénique, ni à une modification de la texture des parois des vaisseaux ; mais elle est manifestement liée à un état particulier du liquide sanguin lui-même; c'est ce qui paraît avoir lieu : i°. à k suite même de grandes hémorrhagies ; ainsi j'ai connaissance d'un cas où , après une épistaxis extrêmement abondante , de petits épanchemens de sang apparurent sur toute la surface cutanée ; ils se dissipèrent à mesure que le sang se refit; 2°. vers la fin de maladies chroniques, qui jettent les individus dans un grand état de débilité , et où il n'y a plus dans l'économie qu'un sang peu abondant et éminemment séreux ; 5°. chez d'autres individus chez lesquels cet état de débilité , ce sang séreux sont des dispositions inhérentes à la constitution ; /j°. chez les scorbutiques. Il semble que, dans ces divers cas, le sang , moins consistant que de coutume, peut transsuder plus facilement à travers les parois de ses vaisseaux. J'aurai occasion de revenir plus bas sur ce sujet.