‹ Précis d'anatomie pathologiqueChapitre 109 sur 175 · DÇS ALTÉRATIONS DE LA RATE · texte numérisé non relu

DÇS ALTÉRATIONS DE LA RATE

Il y a eu une époque où la plupart des étals morbides de la rate, tels que les avaient fait connaître l’examen des cadavres ou l’élude des symptômes, étaient désignés sous le terme générique d 'obstructions. Aujourd’hui on les rassemble sous l’expression de splénite. La seconde de ces dénominations, comme la première, n’est que le reflet d’une théorie; toutes deux, comme chacune des théories qui les ont créées, rappellent des faits incontestables ; mais tou tes deux sont devenues inexactes et ont perdu toute leur valeur, parce qu’on les a employées à désigner un grand nombre de phénomènes, dont la cause n’est pas plus constamment un obstacle à la circulation qu’une irritation. Laissons donc là ces vagues dénominations, et étudions les circonstances sous l’influence desquelles paraissent se produire les divers états morbides de la rate précédemment étudiés. Sous ce rapport, ils peuvent être divisés en plusieurs séries.

Une première série comprend les états morbides de la rate, qui reconnaissent pour point de départ évident une irritation de cet organe; ce sont

les moins nombreux. Le cas de M. Huguier, cité plus haut, nous en fournit un exemple.

Dans une seconde série on peulranger les états morbides qui dépendent d’une simple modification dans la nutrition soit des parties contenantes, soit des parties contenues. Est-ce l’irritation qui a présidé à la transformation de la rate en cette espèce de coque osseuse décrite plus haut? l’admettre, c’est se placer dans l’hypothèse. Est-ce l’irritation qui détermine le ramollissement de la rate ? ce ramollissement est-il une splénite ? rien ne le prouve. N’est-il pas plutôt, dans un grand nombre de cas du moins, l’image de l’altération générale qu’a subie lamasse totale du sang? Voyez, en effet, dans quelles circonstances apparaît surtout ce ramollissement : d’abord il se montre dans le scorbut, où l’altération du sang n’est niée par personne. Il est très-fréquent dans ces fièvres graves, dites adynamiques ou putrides, que Bordeu comparait à un scorbut aigu, et où, indépendamment des irritations locales, variables par leursiége et par leur intensité, un grand rôle est indubitablement joué par le sang et par le système nerveux. Ce ramollissement a encore été observé dans plusieurs cas de fièvres intermittentes pernicieuses observées par M. Baillie dans la campagne de Rome. Quelle/ est la cause de ces fièvres? est-ce une splénite? n’est-ce pas plutôt un empoisonnement miasmatique, qui, en altérant la masse du sang, doit aussi modifier les qualités de celui qui est contenu dans la rate ?

La rate est-elle irritée, ou l’a-t-elle été, parce qu’elle est augmentée de volume ou indurée? mettez la rate à découvert sur un animal vivant, puis gênez de diverses manières la circulation et la respiration, vous verrez la rate changer singulièrement dans sa forme ; vous la verrez se gonfler, se contracter, s’endurcir : ces expériences ont-elles donc produit une splénite? non sans doute, elles ont troublé la circulation veineuse, et la rate, participant à ce trouble, s’est modifiée dans sa forme, dans son volume, dans sa consistance. Ces expériences n’offrent-elles pas une image de ce qui doit se passer pendant chaque accès des fièvres intermittentes? Aussi à la suite de ces fièvres la rate reste souvent volumineuse. Chez beaucoup d’individus atteints d’affection organique du cœur, avec trouble considérable de la circulation veineuse, je crois avoir constaté que la rate était d’une densité remarquable, sans être d’ailleurs augmentée de volume; mais ce fait a besoin d’être vérifié par de nouvelles recherches. C’eslaussi tt’une manière toute mécanique que la rate s’engorge, augmente de volume et s’endurcit chez plusieurs individus dont le foie atrophié ne livre plus que difficilement passage à tout le sang de la veine porte.

Est-ce l’irritation qui est la cause constante de' la plupart des productions morbides dont la rate peut être le siège? qui pourrait le soutenir? Il y a certainement bien autre chose qu’un travail d’irritation dans ces portions de rate décolorées et sans consistance, qu’on a appelées des cancers

spléniques. Admettra-t-on qu’il y a splénite, lorsque des tubercules se sont déposés dans la rate en même temps qu’ils existent dans vingt autres parties; ou lorsque le pus infiltrant en même temps la rate et cinq ou six autres parenchymes, semble avoir été simplement apporté dans la rate avec le sang, et déposé avec ce sang dansles cellules spléniques? Enfin, cene serait bien évidemment que par hypothèse qu’on admettrait que c’est l’irritation qui a présidé au développement de ces masses fibro-celluleuses, de ces kystes séreux, de ces tumeurs graisseuses ou poilues, de ceshydatides, qui peuvent naître au sein du parenchyme splénique.

Ainsi donc les divers états morbides de la rate sont dus à plusieurs causes qui sont loin de se résoudre toutes dans l’irritation, et l’expression de splénite non-seulement ne nous apprend rien, mais encore elle doit nécessairement nous conduire à l’erreur.

Page 1